Dear White People

183503.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDear White People place sous les projecteurs quatre étudiants noirs qui tentent de se faire leur place dans l’une des plus prestigieuses facultés américaines. Ambitions, frustration, désir de notoriété, racisme, choc des cultures et faux semblant sont le quotidien de ce campus, qui fonctionne comme le parfait reflet de la société américaine. Jusqu’au jour où la polémique éclate, provoquée par une soirée à la fois populaire et scandaleuse organisée par des étudiants blancs…

Qualifié de « satyre hilarante de la jeunesse sous l’ère Obama », Dear White People surprend par sa tonalité acerbe et inspirée, se jouant des codes traditionnels des « comédies simplettes pour ados ».

Une métisse engagée, un leader formaté par les aspirations paternelles, un étudiant effacé qui a du mal à s’affirmer et une arriviste prête à tout pour « s’intégrer » dans le monde des blancs : tels sont les portraits de la jeune « élite » américaine subtilement brossés par Justin Simien, tantôt révoltée, tantôt résignée, mais avec un sens de l’à-propos qui fait mouche à chaque réplique.

Simien s’explique : « Le racisme n’est plus le même qu’avant […] La nouvelle génération ne connaît pas grand chose de notre histoire ségrégationniste. Ils ont grandi avec Beyonce, Jay-Z, Kobe et Oprah. Et ils ont voté pour Obama. C’est comme si le fait qu’il y ait un noir à la Maison blanche avait réglé tous les problèmes et qu’il n’était plus nécessaire de remettre le débat sur la table. Mais justement, cela peut être bon moyen de le relancer, pour les personnes qui ne se sentent pas à l’aise avec le sujet ».

Servi par un casting en tout point parfait, Dear White People est une comédie virulente qui frôle la caricature sans jamais verser dans le cliché, qui dénonce sans victimiser et qui manie aussi bien l’humour que l’esprit.

Le jury du dernier Festival de Sundance ne s’y est pas trompé en lui décernant son Prix spécial.  Alors, convaincus?

Sortie le 25 mars 2015.

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Anton Tchekhov 1890 – Rencontre avec Nicolas Giraud

214330.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÉté 1890. Pour se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, Anton Tchekhov, médecin modeste, écrit des nouvelles pour des journaux. Remarqué par un éditeur influent, Tchekhov rencontre un succès public et obtient bientôt le prix Pouchkine et l’admiration de Tolstoï. Mais lorsque l’un de ses frères meurt de la tuberculose, Anton le vit comme un échec personnel et veut fuir sa notoriété et ses amours. Il se souvient de sa promesse et décide alors d’aller sur l’Ile de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou, à la rencontre des bagnards…

Une apparente sérénité qui se mue en un volcan d’émotions à l’évocation de son métier d’acteur ; une voix douce et posée qui contraste avec la vivacité du regard ; des mots qui s’illustrent par le geste et des confidences livrées avec une sincérité désarmante. Rencontre avec Nicolas Giraud, l’interprète d’Anton Tchekhov dans le nouveau film de René Féret.

Des Films et des Mots : Comment est née l’envie d’interpréter Tchekhov?
Nicolas Giraud :
Ce fut une évidence ! Je n’ai pas une grande culture théâtrale mais j’ai un goût illimité pour l’émotion. J’ai « rencontré » Tchekhov par le biais de René (Féret), qui m’a donné à lire le scénario du film qu’il souhaitait tourner, et son portrait m’a littéralement saisi. Je suis tombé amoureux de l’homme, de sa vérité, de ses blessures, de sa fragilité, de son abnégation… L’incarner m’a bien sûr effrayé, mais le fait que le film ne soit pas un biopic mais plutôt l’interprétation de la crise existentielle que Tchekhov traverse à un moment de sa vie m’a aidé à dépasser ma peur.

DFDM : Vous aviez déjà collaboré avec René Féret (Comme une étoile dans la nuit, Nannerl, la soeur de Mozart). Qu’aimez-vous dans sa façon de travailler?
N. G :
Avec le temps, René est devenu un ami. J’aime son intelligence, la clarté de ses intentions, sa compréhension des choses, parfois inattendue. Nous sommes complémentaires mais il arrive que nos échanges se fassent parfois dans la violence. Pour Tchekhov, nous avions convenu que nous aborderions le film avec douceur, en rapport avec ce que le personnage dégageait. René m’a alors donné des directives précises mais avec retenue, m’aidant ainsi à canaliser l’énergie dont je fais preuve habituellement.

DFDM : Cela fait une dizaine d’années que vous êtes acteur. Pourquoi ce métier?
N. G :
J’ai grandi sur l’Ile d’Oléron, en face d’un cinéma. Ce lieu m’intriguait et en même temps, je m’y sentais chez moi. J’ai commencé à y faire quelques petits boulots, de vendeurs de confiserie à contrôleur de billets… C’était un lieu magique, où il s’y passait toujours quelque chose. L’exploitant de la salle m’a pris sous son aile et m’a communiqué sa passion pour le 7e art. Puis un été, Bruno Podalydès est venu dans la région tourner Liberté Oléron. Quelque part, on peut dire que le cinéma est venu à moi et que je lui ai répondu! J’aime être dans l’instant, parcourir tout un paysage émotionnel et pouvoir passer rapidement d’un « état » d’émotion à un autre. Et malgré ma petite expérience sur les planches, le plaisir de tourner reste le plus fort, du moins pour le moment.  Au théâtre, le côté « répétitif » me freine encore. Mais l’interaction avec le public est incroyable. Peut-être y reviendrais-je, dès lors que je sentirai un profond besoin de m’exprimer autrement. En général, les projets qui me motivent sont ceux qui éveillent en moi une nécessité.

DFDM : Est-ce cette même nécessité qui vous a poussé derrière la caméra pour Faiblesses, votre moyen métrage?
N. G : En effet. Et c’est également cette urgence qui me fait renouveler l’expérience avec un projet de long métrage cette fois-ci, que j’espère pouvoir filmer cet été. Pourtant, je considère la réalisation comme un travail assez ingrat : on est souvent seul à défendre son projet, on doit multiplier les casquettes lors du tournage puis travailler de nouveau seul pendant plusieurs mois lors de la post-production. Préparer mon long métrage m’a demandé cinq à six ans de travail! Mais j’avais une réelle envie « d’habiter » toutes les étapes de la création d’un film, donner corps à la matière, écrire, diriger, choisir la musique… En fait, je considère le métier de réalisateur comme un chirurgien de l’émotion, qui dissèque ce qui se passe au plus profond de nous. Et ça me plaît beaucoup!

Anton Tchekhov, 1890, de René Féret. Sortie le 18 mars 2015.

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Le Dernier coup de marteau

050571.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxQuand Victor, 13 ans, pousse la porte de l’opéra de Montpellier, il ne connaît rien à la musique. Il ne connaît pas non plus son père venu diriger la 6ème symphonie de Mahler. Il l’observe de loin, découvre l’univers des répétitions… Le jour où Nadia, sa mère, lui annonce qu’ils doivent quitter leur maison sur la plage, Victor s’inquiète. Pour sa mère, dont il sent qu’elle lui cache quelque chose, mais aussi pour sa relation naissante avec Luna, la voisine espagnole. Victor décide alors de se montrer pour la première fois à son père.

Une histoire de rencontres, loin de l’évidence attendue, un enfant que la vie a fait grandir trop vite, une mère qui s’efface peu à peu, et comme fil conducteur, La 6e Symphonie de Gustav Mahler. Intime et délicat, Le Dernier coup de marteau est un film où les sentiments se dévoilent avec retenue, où les gestes valent bien des mots, et où les contradictions déstabilisent les personnages autant qu’elles les nourrissent.

A l’origine du film, Mahler et sa 6e Symphonie : « J’ai découvert l’histoire de cette symphonie avant même de l’écouter », raconte Alix Delaporte, la réalisatrice. « J’étais intriguée par l’aspect fictionnel de ces trois coups de marteau à la fin de la symphonie. Après la mort de sa fille, son éviction de l’opéra de Vienne et le diagnostic d’une maladie au coeur, Mahler aurait relié ces trois coups du destin aux coups de marteau de sa symphonie. Et aurait enlevé le dernier, par superstition ».

Le scénario s’est ainsi brodé au gré des notes, révélant une atmosphère lumineuse qui contraste avec le quotidien du jeune Victor, une rencontre pudique et peu commune entre un père et son fils, une relation inversée entre ce garçon protecteur et sa mère gravement malade.

Et pour incarner ces personnages semblables à des funambules qui évoluent au bord du fil, il fallait bien la grâce d’une Clotilde Hesme, la tendresse rude d’un Grégory Gadebois, ou l’étonnante maturité d’un Romain Paul – jeune talent en pleine éclosion.

Voilà pourquoi l’on ressort du Dernier coup de marteau avec l’envie subite de se passer en boucle la 6e Symphonie de Mahler, histoire de prolonger ces belles émotions ressenties tout au long du film le plus longtemps possible.

Sortie le 11 mars 2015.

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