La Belle et la Meute

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

« N’abandonne pas tes droits ». Cette réplique que Youssef invoque avec vigueur à Mariam résonne encore, une fois passé le générique de fin. Inspiré d’une histoire vraie, La Belle et la meute évoque un sujet d’une intolérable actualité. Mais en abordant des thèmes sociétaux et politiques sous l’angle du thriller, la réalisatrice Kaouther Ben Hania parvient à insuffler une puissance inouïe à son récit écrit avec concision.

Construit en forme de puzzle, le film retrace l’absurde parcours du combattant que la victime doit mener pour faire entendre ses droits. Filmé caméra à l’épaule, le drame gagne en tension, porté par une mise en scène anxiogène à souhait, où les ellipses racontent plus que les mots ou les images. Porté par l’interprétation ciselée de Mariam Al Ferjani, héroïne tragique et courageuse, La Belle et la Meute révolte, émeut, bouleverse.

Un film engagé, militant, d’une absolue nécessité, qui dénonce une odieuse réalité, et qu’il faut voir au plus vite.

Sortie le 18 octobre 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Article rédigé par : Laetitia
  • Twitter
  • RSS

L’Assemblée

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie.
Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

Réalisatrice de documentaires, Mariana Otero ( (Histoire d’un secret, sur la mort de sa mère, Entre nos mains, sur la mobilisation d’employés d’une usine de lingerie en liquidation) définit son « rapport au monde par le désir de filmer ». Au moment où le mouvement « Nuit debout » s’est formé, la cinéaste a décidé de porter sa caméra du côté de la place de la République pour capter l’essence de ce mouvement citoyen spontané, né dans le sillage des manifestations contre la loi travail, en 2016 .

Elle raconte : « Je ne savais pas ce qui était en train de se passer mais je comprenais que c’était extraordinaire et méritait d’être raconté. En plein état d’urgence, plusieurs mois après les attentats, cette place qui avait été un lieu de deuil et de commémoration était transfigurée et devenait un lieu de résistance, de réflexion et d’échanges. Au départ, j’ai pensé que j’allais rendre compte des diverses commissions et initiatives qui se multipliaient chaque jour sur la place, en mettant régulièrement des scènes en ligne sur internet. Mais très vite j’ai compris que ce format serait insuffisant. Pour apporter un regard différent des médias qui, eux se focalisaient plutôt sur le spectaculaire sans avoir le temps de comprendre de l’intérieur ce qui se pensait sur la place, il fallait donner le temps au temps et faire un film qui donne une forme à ce qui se construisait jour après jour. C’était ma façon de participer et de m’engager dans ce que je pressentais comme quelque chose d’historiquement important. Il faut dire aussi que je retrouvais à Nuit debout, une problématique qui m’obsède comme citoyenne et qui fait le coeur de mon cinéma depuis 25 ans : comment construire quelque chose ensemble tout en considérant chacun dans sa singularité? Comment réinventer le collectif ? ».

L’angle choisi est celui des débats, joyeux et passionnés, portés par l’euphorie de cette assemblée générale balbutiante. Le désir d’échanger, de discuter et d’écouter l’autre est manifeste, la parole s’organise et se transmet alors tant bien que mal, le « chronomètre » veille au respect du temps de parole de chaque intervenant… Les  commissions foisonnent, concrètes ou utopistes, les revendications se formulent, les réflexions se précisent, mais peu d’action en découle, au grand dam de certains.

Peu à peu, la caméra se fait oublier et la réalisatrice, au plus près de son sujet, parvient, dans ce brouhaha collectif, à extraire un regard, en proie au doute ou au contraire, exalté, à donner un visage à ce groupe d’anonymes. Sans complaisance, Mariana Otero s’attache à révéler les difficultés rencontrées pour que « Nuit debout » continue : chaque jour, il faut remonter les tentes, subir les éventuels caprices de la météo, affronter les forces de l’ordre… avec cette même énergie  obstinée à réinventer ensemble une démocratie dans laquelle chacun puisse s’y retrouver.

Les mois passent et, face à l’inertie, le vaste chantier s’étiole : l’effervescence du début cède la place au doute et au découragement, le mouvement s’essouffle et la parole s’évanouit. Mais ce que montre avant tout L’Assemblée, c’est bel et bien l’engouement citoyen. Voilà un film essentiel sur la nécessité de reprendre la parole et de se réapproprier le débat politique.

 Sortie le 18 octobre 2017.
Rendez-vous sur Hellocoton !
Article rédigé par : Laetitia
  • Twitter
  • RSS

L’Atelier

 Après avoir porté sa caméra dans une salle de classe, Laurent Cantet, adepte des récits d’apprentissage, fait d’un atelier d’écriture un lieu de réflexion et d’initiation.

En plein cœur de l’été, Olivia (Marina Foïs), écrivain reconnu, mène cet atelier d’écriture, composé d’un petit groupe de jeunes  en réinsertion. Le but recherché est l’élaboration d’un roman noir dont l’intrigue se situe dans l’historique chantier naval de La Ciotat. La recherche pédagogique, tout comme les errements de la création, sont restitués avec un réalisme saisissant.

Au cours des échanges animés, l’un des protagonistes se démarque par des propos provocateurs. Il s’agit d’Antoine (Matthieu Lucci), jeune loup solitaire biberonné aux jeux vidéo et aux images ultra violentes. A la fois effrayée et intriguée par le comportement du jeune homme, Olivia tente d’en savoir davantage à son sujet, puisant ainsi une nouvelle matière à son propre roman.

Dès lors, un jeu du chat et de la souris s’instaure entre le jeune homme en rupture et l’écrivain en manque d’inspiration, les amenant à s’espionner mutuellement. L’intrigue rondement menée place le spectateur sous haute tension et atteint son paroxysme lors d’une scène aux bords de la falaise.

Partisan d’un cinéma du réel, Laurent Cantet réunit une fois encore un casting de non professionnels des plus inspirés pour incarner ces jeunes en réinsertion. Le cinéaste signe là un portrait de groupe d’une belle sensibilité à travers un récit d’une rare intensité dramatique.

En salles le 11 octobre 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Article rédigé par : Mathilde
  • Twitter
  • RSS