Another Happy Day

« La famille est un nid de frelons en pétard », écrivait Madeleine Chapsal dans L’Indivision. Une maxime à valeur universelle qui pourrait avoir inspiré Sam Levinson au point d’en faire l’idée directive de son premier film.

Lynn, mère de quatre enfants, débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux plus jeunes fils, Ben et Elliot. La propension de ce dernier à mélanger alcool, drogues et médicaments ne le prive pas d’une certaine lucidité sur la joie des réunions de famille. Et la réunion, de fait, est joyeuse : grands-parents réac, tantes médisantes, cousins irrémédiablement beauf… Sans compter le premier mari de Lynn qui arrive flanqué de sa nouvelle femme tyrannique. L’occasion idéale à quelques règlements de compte bien sentis entre adultes en guerre et ados en crise. Après tout, on dit bien que le linge sale se lave en famille…

Drôle et souvent mordant, Another Happy Day dresse un constat édifiant sur les relations familiales : les petites phrases assassines font mouche, les reproches fusent tels des missiles savamment aiguisés, les faux-semblants et les non-dits sont de rigueur pour camoufler lesblessures et le mal-être ambiant, les pardons semblent trop polis pour être honnêtes, les trublions sont montrer du doigt sans d’autre forme de procès et l’incompréhension apparaît comme le seul discours collectif possible…

Levinson s’amuse à tordre le cou à la sacro-sainte image de la « famille », et dépeint les personnages qui la composent comme autant de stéréotypes attachants et détestables. Autour de Lynn (Ellen Barkin), la mère larmoyante à la fâcheuse tendance à s’apitoyer sur elle-même, Elliot (Ezra Miller), le fils à la clairvoyance caustique, habitué aux « rehab »,  Alice (Kate Bosworth), jeune étudiante brillante victime de scarification, et Ben (Daniel Yelsky), benjamin rêveur et perspicace, que son frère fait passer pour unautiste. Le seul enfant à avoir été épargné des affres de Lynn est Dylan, heureux jeune marié –si heureux qu’il en devient, au final, inintéressant.

La belle mère hystérique (Demi Moore, brillamment insupportable), le père repenti, la grand-mère taiseuse, le grand-père fugueur, les affreuses tantes aux airs de Javotte et Anastasie viennent compléter ce tableau, certes caricatural, mais tellement jubilatoire.

Pourtant, en dépit d’un casting impeccable –incluant la très grande Ellen Burstyn (Requiem for a dream), hélas bien trop rare sur nos écrans -, Another happy day manque d’insolence. Levinson aurait pu aller bien plus loin dans la pertinence – et l’impertinence – de ses propos et éviter ainsi que le film ne flirte trop souvent avec le mélodrame. Un film teinté d’humour noir qui aurait mérité un peu plus de relief.

Sortie le 1er février 2012.

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Article rédigé par : Laetitia
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