Lou Andreas-Salomé

Lou Andreas-Salomé, égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste, décide d’écrire ses mémoires…
Elle retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg, marquée par le vœu de poursuivre une vie intellectuelle et la certitude que le sexe, donc le mariage, place les femmes dans un rôle subordonné. Elle évoque ses relations mouvementées avec Nietzsche et Freud et la passion qui l’a unie à Rilke. Tous ses souvenirs révèlent une vie marquée par le conflit entre autonomie et intimité, et le désir de vivre sa liberté au lieu de seulement la prêcher comme ses confrères…

Pour son premier long métrage, Cordula Kablitz-Post s’attache à mettre en lumière la fascinante Lou Andreas-Salomé, une intellectuelle allemande, figure importante de l’histoire contemporaine pourtant tombée mystérieusement dans l’oubli.

Avant-gardiste éprise de savoir et de liberté, femme de lettres polyglotte, philosophe et psychanalyste, elle fut la muse du poète Rainer Maria Rilke, amie de Nietzsche, disciple de Freud, se joua des conventions et de sa réputation sulfureuse.

La cinéaste livre un portrait de femme moderne, révolutionnaire, qui se dévoile complexe, passionnée, singulière. On regrette toutefois le traitement formel et conformiste de ce biopic pourtant inspiré, et la frustration ressentie à l’égard de son oeuvre tout juste survolée.

Sortie le 31 mai 2017.

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Paula

440934.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx1900, Nord de l’Allemagne. Paula Becker a 24 ans et veut la liberté, la gloire, le droit de jouir de son corps, et peindre avant tout. Malgré l’amour et l’admiration de son mari, le peintre Otto Modersohn, le manque de reconnaissance la pousse à tout quitter pour Paris, la ville des artistes. Elle entreprend dès lors une aventure qui va bouleverser son destin. Paula Modersohn-Becker devient la première femme peintre à imposer son propre langage pictural.

Christian Schwochow (De l’autre côté du mur, La Fille invisible) aime filmer le destin de femmes libres, spontanées, opiniâtres. A travers Paula, le cinéaste met en lumière une artiste trop méconnue, esquissant un portrait haut en couleurs d’une visionnaire précurseur de l’art moderne.

Motivée par son désir absolu d’émancipation autant que par sa passion pour la peinture – dont elle a fait son mode de vie -, Paula Modersohn-Becker exerce sa patte sans relâche, travaille la lumière de façon non-conventionnelle, s’approprie formes et matières, observe le monde qui l’entoure et se libère du naturalisme ambiant.

La caméra se fait tantôt discrète tantôt virevoltante, capte les regards, précis et absorbés, zoome sur les mains agiles, les coups de pinceaux âpres, les traits heurtés des tableaux, l’épaisseur de la matière, la palette terreuse.

Mais au-delà de l’aspect créatif, le film s’intéresse essentiellement à la personnalité singulière de Paula : son urgence de vie, son insatiable « faim d’art », son  désir de fuir les conventions, -jusque dans son mariage atypique avec Modersohn -, sa curiosité que seules ses envolées parisiennes semblent assouvir, son amitié fidèle au poète Rilke, ses aventures amoureuses, sa poigne, son intelligence, son égoïsme aussi.

« Paula, c’est à la fois la lumière et les ténèbres. Elle nourrissait le désir d’une vie brève, heureuse et intense : elle répétait que la vie devait être une célébration. » explique le réalisateur.

Bien que classique sur le fond, voici un biopic d’une belle sensibilité artistique, de la photographie sublime au cadre tenu, qui doit beaucoup à la prestation fascinante de la merveilleuse Carla Juri.

Sortie le 1er mars 2017.

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Jackie

086055.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Après l’excellent Neruda, le cinéaste chilien Pablo Larraín s’intéresse à une autre figure historique, icône féminine adulée, entourée d’un halo de mystère.

Avec Jackie, Larraín livre un portrait audacieux et sans concession de celle qui fut considérée comme un symbole d’élégance et de dignité, et qui marqua l’histoire des États-Unis par sa finesse d’esprit et son sens de la mise en scène.

Une fois encore, le cinéaste évite les poncifs fastidieux et insipides des traditionnels biopics. Jackie est construit autour d’un action resserrée sur quelques jours – l’interview que la Première Dame a demandé à Life Magazine peu de temps après l’assassinat du Président constitue le point de départ de l’intrigue -, un montage intelligent conçu comme un labyrinthe subtil éclairé par des flashbacks ingénieux, des ellipses qui en disent long, une esthétique glacée qui fait sens… Et surtout, les gros plans implacables sur le visage de « Madame Kennedy », comme pour mieux révéler les failles qui se cachent derrière les multiples masques que celle-ci a appris à manier « en épousant le clan ».

De l’orchestration magistrale des funérailles de JFK à l’embellissement de la maison Blanche à l’arrivée des Kennedy en 1961, de la visite virtuelle des appartements rénovés filmée lors se l’émission télévisée de CBS aux vraies-fausses confidences teintées de mélancolie d’une femme désabusée mais pétrie d’orgueil, la caméra va et vient au gré des souvenirs de la First Lady.

Qu’importe la chronologie, qu’importe la « vérité »… Larraín voit en Jackie une héroïne pleine d’aspérité, incarnée par une Natalie Portman inspirée, qui n’hésite pas à écorcher l’image a priori lisse d’une femme politique qui avait déjà compris le pouvoir des faux-semblants et des médias.

Tout bonnement fascinant.

Sortie le 1er février 2017.

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