La Belle et la Meute

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

« N’abandonne pas tes droits ». Cette réplique que Youssef invoque avec vigueur à Mariam résonne encore, une fois passé le générique de fin. Inspiré d’une histoire vraie, La Belle et la meute évoque un sujet d’une intolérable actualité. Mais en abordant des thèmes sociétaux et politiques sous l’angle du thriller, la réalisatrice Kaouther Ben Hania parvient à insuffler une puissance inouïe à son récit écrit avec concision.

Construit en forme de puzzle, le film retrace l’absurde parcours du combattant que la victime doit mener pour faire entendre ses droits. Filmé caméra à l’épaule, le drame gagne en tension, porté par une mise en scène anxiogène à souhait, où les ellipses racontent plus que les mots ou les images. Porté par l’interprétation ciselée de Mariam Al Ferjani, héroïne tragique et courageuse, La Belle et la Meute révolte, émeut, bouleverse.

Un film engagé, militant, d’une absolue nécessité, qui dénonce une odieuse réalité, et qu’il faut voir au plus vite.

Sortie le 18 octobre 2017.

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L’Atelier

 Après avoir porté sa caméra dans une salle de classe, Laurent Cantet, adepte des récits d’apprentissage, fait d’un atelier d’écriture un lieu de réflexion et d’initiation.

En plein cœur de l’été, Olivia (Marina Foïs), écrivain reconnu, mène cet atelier d’écriture, composé d’un petit groupe de jeunes  en réinsertion. Le but recherché est l’élaboration d’un roman noir dont l’intrigue se situe dans l’historique chantier naval de La Ciotat. La recherche pédagogique, tout comme les errements de la création, sont restitués avec un réalisme saisissant.

Au cours des échanges animés, l’un des protagonistes se démarque par des propos provocateurs. Il s’agit d’Antoine (Matthieu Lucci), jeune loup solitaire biberonné aux jeux vidéo et aux images ultra violentes. A la fois effrayée et intriguée par le comportement du jeune homme, Olivia tente d’en savoir davantage à son sujet, puisant ainsi une nouvelle matière à son propre roman.

Dès lors, un jeu du chat et de la souris s’instaure entre le jeune homme en rupture et l’écrivain en manque d’inspiration, les amenant à s’espionner mutuellement. L’intrigue rondement menée place le spectateur sous haute tension et atteint son paroxysme lors d’une scène aux bords de la falaise.

Partisan d’un cinéma du réel, Laurent Cantet réunit une fois encore un casting de non professionnels des plus inspirés pour incarner ces jeunes en réinsertion. Le cinéaste signe là un portrait de groupe d’une belle sensibilité à travers un récit d’une rare intensité dramatique.

En salles le 11 octobre 2017.

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Le château de verre

Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Élevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier.

« Pourquoi passer l’après-midi à préparer un repas qui sera avalé en une heure, quand dans le même temps, je pourrais peindre un tableau qui durera toujours ? » demande la mère, plus soucieuse de donner libre cours à son inspiration créative que de prendre soin de ses enfants.

Adapté du récit autobiographique de Jeannette Walls, Le château de verre brosse le portrait d’une famille marginale qui a pour credo l’anticonformisme. Destin Daniel Cretton (States of Grace) porte ainsi sur grand écran l’enfance chaotique de l’héroïne et de sa fratrie et ponctue son récit de multiples flash-back, convoquant les souvenirs houleux d’une jeune femme devenue rigide.

Les déménagements improvisés en pleine nuit à chaque fois que le père perdait son nouveau job, les maisons insalubres, les nuits à la belle étoiles au milieu des parcs nationaux peuplés d’animaux sauvages, la privation quotidienne, l’apprentissage « à la dure », la faim qui se faisait sentir plusieurs jours durant, les vaines promesses, l’instabilité permanente, l’alcool ravageur, mais aussi, l’imagination débridée, les échanges intellectuels passionnants, les histoires abracadabrantes racontées avec une infinie tendresse, les moments de complicité privilégiés, les étoiles offertes pour Noël… Le récit – qui s’apparente à un conte initiatique – suit l’évolution d’une enfant dans son rapport à son père, de l’admiration à la colère jusqu’au pardon, évitant subtilement l’écueil du règlement de compte.

Si l’on est rapidement happé par cette histoire peu ordinaire, qui émeut autant qu’elle questionne, la narration finit par traîner en longueur et devient même insipide. Dommage. Un tel sujet aurait mérité une écriture plus pêchue, une mise en scène plus imaginative, à l’image de ses protagonistes singuliers et excentriques.

Sortie le 27 septembre 2017.

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