Dans la forêt

017677.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxTom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d’été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas.
Quand il leur propose d’aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l’endroit est très isolé, au milieu d’une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour…

Après Qui a tué Bambi ? et L’Autre monde, le cinéaste Gilles Marchand continue à brouiller les pistes et nous entraîne dans les méandres d’un récit délicieusement angoissant où la frontière entre cauchemar et réalité semble avoir disparu.

A mi-chemin entre le thriller et le conte fantastique, Dans la forêt plonge le spectateur dans une atmosphère onirique au cœur d’une forêt majestueuse qui se révèle vite oppressante. C’est alors que le film se fait envoûtant et nous happe, portés par le regard de Tom, petit garçon quasi-mutique, sensible et intuitif. Fasciné par ce père mystérieux qu’il craint et qui l’intrigue, Tom voit ses peurs d’enfant se matérialiser et n’a pas d’autre choix que de les affronter.

« Je voulais faire ressentir des choses à travers des yeux d’enfant. Le regard qu’on porte sur [notre entourage] quand on est petit est tellement puissant. On ressent le réel comme une aventure. Avec Dans la forêt, j’avais envie de rouvrir des portes que chacun de nous apprend à fermer en devenant adulte » explique Gilles Marchand.

Si l’histoire met un temps à se mettre en place – le récit devient intéressant dès l’instant où apparaît le père, fragile et inquiétant -, on glisse aisément vers cet univers peu commun, où le « monstre » peut se cacher n’importe où, où la figure paternelle déconcerte autant qu’elle émeut, et où nos peurs enfantines refont surface de façon inopinée, tel un diable en boîte.
Une économie de langage, la puissance de la mise en scène, évanescente et magnétique, sublimée par la photographie de Jeanne Lapoirie, l’écriture finement ciselée du scénario, le suspense continu, la prestation sur le fil de Jérémie Elkaïm, dont le personnage flirte dangereusement avec une forme de folie, la maîtrise de jeu du jeune Timothé Vom Dorp, les différentes grilles de lecture – sur la paternité, la transmission, l’apprentissage par la peur -, libres d’interprétation… Autant d’éléments qui font de ce film singulier une expérience cinématographique à part entière.

Avertissement : interdit aux moins de 12 ans

Sortie le 15 février 2017.

 

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Quelques minutes après minuit

287491_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxConor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Après L’Orphelinat (film d’épouvante) et The Impossible (mélodrame inspiré de faits réels), Juan Antonio Bayona s’intéresse à la littérature enfantine et porte sur grand écran le roman de Patrick Ness, Quelques minutes après minuit.

Inquiétant et onirique, ce conte fantastique aborde les peurs enfantines, le délicat passage à l’adolescence, le rapport de l’enfance à la mort. Mais au lieu de traiter ces questions frontalement, Bayona s’amuse à brouiller les pistes et mêle réel et imaginaire, horreur et merveilleux.

Le récit se fait alors initiatique à travers l’irruption de l’arbre-monstre dans le quotidien du jeune Conor, qui a grandi trop vite pour prendre soin de sa mère malade. Au gré de leurs rendez-vous nocturnes, le monstre, aussi terrifiant que bienveillant, invite le garçon à méditer sur les histoires qu’il vient lui conter chaque soir. Mais l’issue de ces rencontres s’annonce inéluctable pour Conor, amené à affronter sa plus grande peur.

Servi par un casting impeccable (Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones), Quelques minutes après minuit séduit par son esthétique poétique – qui n’est pas sans rappeler celle du Labyrinthe de Pan ou du  Bon gros Géant, alternant prises de vue réelles et séquences animées de toute beauté. S’ajoutent un propos plein de sagesse dénué des traditionnels poncifs moralisateurs, un imaginaire foisonnant, terrible et merveilleux et une atmosphère mystérieuse propice à l’aventure. Le charme opère.

Sortie le 4 janvier 2017.

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Le Secret de Kanwar

551551.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1947. Partition de l’Inde et création du Pakistan. Umber Singh, un père de famille Sikh, est contraint de fuir son village et de tout abandonner derrière lui. Son dernier espoir est d’avoir un fils comme héritier. Mais sa femme donne naissance à une quatrième fille. Umber décide alors de changer la destinée de cet enfant en l’élevant comme un garçon et en « le » mariant à une jeune fille.

Après The Name of the River (inédit en France), son premier long métrage contant le voyage picaresque de deux acteurs à travers les forêts du Bengale qui s’amusent à recréer des scènes de film, Anup Singh nous emmène au Penjab, au moment de la partition des Indes, où se déroule l’histoire d’une famille déracinée et des conséquences funestes provoquées par cet exil.

« En Inde, lorsque l’on vit dans l’itinérance et la pauvreté, avoir une fille est souvent vécu comme une charge et une menace pour l’honneur de sa famille. Afin d’affirmer son identité, Umber se rend compte qu’il a besoin de transformer celle de sa fille. Cette quête d’identité renvoie à des questions que j’avais envie d’explorer » explique le cinéaste.

La première partie du film est consacrée à l’enfance de Kanwar, son apprentissage aux côtés de son père, les railleries de ses soeurs, le culte du secret dont dépend la fierté familiale, et sa soumission aux exigences paternelles, plus fortes que ses propres incompréhensions. Vient le temps du mariage, qui risque de révéler l’imposture. Mais la folie dans laquelle sombre Umber lui fait perdre toute notion de la réalité, qui n’est plus que mensonge et déni.

Alors que Kanwar tente de se libérer du joug paternel, l’histoire bascule brusquement dans le fantastique. Folie communicative? Croyances culturelles? Légendes ancestrales? La tonalité que prend l’histoire a de quoi dérouter fortement et peut laisser le spectateur perplexe.

Servi par un casting brillant (qu’il s’agisse de la jeune Tillotama Shome ou de l’étonnant Irrfan Khan, que l’on a pu voir dans la très belle comédie romantique The Lunchbox) et sublimé par une mise en scène délicate faite d’un jeu incessant entre ombre et lumière, Le Secret de Kanwar est avant tout une fable bouleversante qui interroge sur la condition des femmes, sur le poids de l’héritage familial, sur la quête identitaire.

Sortie le 3 septembre 2014.

 

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