Que Dios nos perdone

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Thriller moite à l’ambiance poisseuse étonnamment envoûtante, Que Dios nos perdone manie les codes du polar avec virtuosité. Des protagonistes complexes et rugueux (interprétés par des acteurs en tout point parfaits), une intrigue menée non sans violence, et pour décor, une Madrid chaotique d’où émane un réalisme teinté de noirceur.

Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen livre une mise en scène épurée, resserre le cadre comme pour mieux exacerber cette sensation de suffocation et joue avec nos nerfs en insufflant une tension permanente qui va grandissante.

Pessimiste, glauque et passionnant.

Interdit aux moins de 12 ans.

Sortie le 9 août 2017.

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Neruda

402140-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

A l’image du célèbre poète chilien, le réalisateur Pablo Larrain (No) semble doté du don d’ubiquité : tandis que Neruda, présenté au 25e Festival Biarritz Amérique latine, vient de sortir en salles, le très attendu Jackie (sortie prévue le 1er février 2017), en lice pour les Golden Globes de ce week-end, fait déjà couler beaucoup d’encre.

Il y a tout autant à dire de Neruda, faux biopic malicieux mais véritable ode jubilatoire au personnage charismatique qui a marqué l’histoire de la littérature chilienne. Ici, point question de récit historique, ni de respect d’une éventuelle vérité, encore moins de chronologie méthodique. Larrain s’affranchit du moindre cadre rigide, s’amuse avec les formes, efface toute frontière entre réel et imaginaire, brouilles les pistes et livre une fantaisie littéraire sans commune mesure.

L’espace d’un instant, voici le spectateur plongé au cœur du processus créatif : épicurien, observateur des plus fins, penseur actif, séducteur engagé, le Neruda (fabuleux Luis Gnecco) qui est ici croqué inspire fascination et incompréhension. Le voici traqué par un grotesque détective (Gael Garcia Bernal, génial bouffon grotesque) en quête de reconnaissance. Mais finalement, celui-ci pourrait bien être sorti tout droit de l’imagination de Neruda. A moins que ce soit le poète lui-même qui ne se définit qu’à partir des personnages qu’il a créés…

Les mots du poète, d’une beauté saisissante, prennent vie sous nos yeux, à travers cette comédie politico-policière fantasque et anticonformiste. Vous n’en apprendrez peut-être pas plus sur la vie du poète, mais  qu’importe. On préfère être séduit par ce bijou de créativité, ce regard captivant d’un artiste d’aujourd’hui sur un génie de toujours, cette confusion des genres où les récits se superposent, s’entrecroisent, se percutent même et nous réjouissent miraculeusement.

Sortie le 4 janvier 2017.

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Sicario

069252.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLa zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par Matt Graver (Josh Brolin), un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par Alejandro (Benico del Toro), un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

Présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, Sicario est un thriller sombre à l’atmosphère poisseuse et suffocante sur les cartels et ceux qui les combattent, quitte à faire fi de toute question morale.

Corruption, violence, pouvoir, enlèvements, crimes, barbarie… gangrènent le long de la zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique. C’est dans ce lieu de non-droit que Denis Villeneuve (Incendies, Prisoners) a posé sa caméra et interroge sur le symbole de la frontière, sur les limites que chacun est prêt à franchir pour satisfaire une ambition personnelle, pour que justice soit faite…

Un sujet complexe que le cinéaste parvient à rende accessible à travers le personnage de Kate (formidable Emily Blunt), qui va peu à peu s’affranchir des lois qu’elle respectait alors scrupuleusement pour mieux lutter contre ceux qui  n´en respectent aucune.

« Sicario est un film sur la manière dont l’idéalisme se heurte au réalisme quand il s’agit d’affronter les problèmes d’autres pays » précise Villeneuve.

Dans la lignée de Traffic (Steven Soderbergh) ou de No Country for old men (des frères Coen), Sicario est un film sous tension au cadre rigoureux et à la mise en scène implacable.

Dommage que le scénario somme toute chaotique perde le spectateur en cours de route…

Sortie le 7 octobre 2015.

Avertissement : Interdit aux moins de 12 ans.

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