La Belle et la Meute

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

« N’abandonne pas tes droits ». Cette réplique que Youssef invoque avec vigueur à Mariam résonne encore, une fois passé le générique de fin. Inspiré d’une histoire vraie, La Belle et la meute évoque un sujet d’une intolérable actualité. Mais en abordant des thèmes sociétaux et politiques sous l’angle du thriller, la réalisatrice Kaouther Ben Hania parvient à insuffler une puissance inouïe à son récit écrit avec concision.

Construit en forme de puzzle, le film retrace l’absurde parcours du combattant que la victime doit mener pour faire entendre ses droits. Filmé caméra à l’épaule, le drame gagne en tension, porté par une mise en scène anxiogène à souhait, où les ellipses racontent plus que les mots ou les images. Porté par l’interprétation ciselée de Mariam Al Ferjani, héroïne tragique et courageuse, La Belle et la Meute révolte, émeut, bouleverse.

Un film engagé, militant, d’une absolue nécessité, qui dénonce une odieuse réalité, et qu’il faut voir au plus vite.

Sortie le 18 octobre 2017.

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Que Dios nos perdone

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Thriller moite à l’ambiance poisseuse étonnamment envoûtante, Que Dios nos perdone manie les codes du polar avec virtuosité. Des protagonistes complexes et rugueux (interprétés par des acteurs en tout point parfaits), une intrigue menée non sans violence, et pour décor, une Madrid chaotique d’où émane un réalisme teinté de noirceur.

Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen livre une mise en scène épurée, resserre le cadre comme pour mieux exacerber cette sensation de suffocation et joue avec nos nerfs en insufflant une tension permanente qui va grandissante.

Pessimiste, glauque et passionnant.

Interdit aux moins de 12 ans.

Sortie le 9 août 2017.

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Neruda

402140-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

A l’image du célèbre poète chilien, le réalisateur Pablo Larrain (No) semble doté du don d’ubiquité : tandis que Neruda, présenté au 25e Festival Biarritz Amérique latine, vient de sortir en salles, le très attendu Jackie (sortie prévue le 1er février 2017), en lice pour les Golden Globes de ce week-end, fait déjà couler beaucoup d’encre.

Il y a tout autant à dire de Neruda, faux biopic malicieux mais véritable ode jubilatoire au personnage charismatique qui a marqué l’histoire de la littérature chilienne. Ici, point question de récit historique, ni de respect d’une éventuelle vérité, encore moins de chronologie méthodique. Larrain s’affranchit du moindre cadre rigide, s’amuse avec les formes, efface toute frontière entre réel et imaginaire, brouilles les pistes et livre une fantaisie littéraire sans commune mesure.

L’espace d’un instant, voici le spectateur plongé au cœur du processus créatif : épicurien, observateur des plus fins, penseur actif, séducteur engagé, le Neruda (fabuleux Luis Gnecco) qui est ici croqué inspire fascination et incompréhension. Le voici traqué par un grotesque détective (Gael Garcia Bernal, génial bouffon grotesque) en quête de reconnaissance. Mais finalement, celui-ci pourrait bien être sorti tout droit de l’imagination de Neruda. A moins que ce soit le poète lui-même qui ne se définit qu’à partir des personnages qu’il a créés…

Les mots du poète, d’une beauté saisissante, prennent vie sous nos yeux, à travers cette comédie politico-policière fantasque et anticonformiste. Vous n’en apprendrez peut-être pas plus sur la vie du poète, mais  qu’importe. On préfère être séduit par ce bijou de créativité, ce regard captivant d’un artiste d’aujourd’hui sur un génie de toujours, cette confusion des genres où les récits se superposent, s’entrecroisent, se percutent même et nous réjouissent miraculeusement.

Sortie le 4 janvier 2017.

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