Burning

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier qui aspire à devenir écrivain, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, dont il tombe sous le charme.  De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux.  Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Adapté de la nouvelle Les Granges brûlées d’Haruki Murakami, Burning est un thriller envoûtant qui aurait mérité plus d’un prix au Palmarès du Festival de Cannes 2018, où il était présenté en compétition. Reparti bredouille, le film du réalisateur sud-coréen Lee Chang-Dong (Poetry) a néanmoins séduit bien des festivaliers par son écriture ciselée, son atmosphère oppressante nimbée de mystère ou encore sa photographie léchée et élégante, aux contrastes saisissants.

Le cinéaste prend le temps de déployer son intrigue autour de ses personnages dessinés d’un trait précis et qui pourtant restent auréolés d’un flou incertain, comme s’ils cachaient de sombres secrets. Ben, pierre angulaire de cet étrange trio, inspire fascination et inquiétude, tel un Gatsby le magnifique des temps modernes. D’où vient-il ? Que fait-il ? Que veut-il ? La mise en scène faite d’ellipses et de silences vient accentuer la tension diffuse qui monte en puissance tout au long du film.

« Ces trous béants dans l’enchaînement des événements, la pièce manquante qui nous empêche de connaître la vérité, font référence au monde mystérieux dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce monde dans lequel on sent bien que quelque chose ne va pas, sans pourtant réussir à expliquer précisément de quoi il s’agit » explique Lee Chang-Dong. 

Une violence sous-jacente qui menace d’exploser à chaque instant, un jeu trouble et dangereux sur les limites de la réalité et de l’imaginaire, un récit déroutant et captivant, une esthétique soignée, tout en claire-obscur, sont autant d’arguments en faveur de ce film délicat et surprenant. Une réussite

Sortie mercredi 29 août 2018.

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Under the Silver Lake

À Los Angeles, Sam (Andrew Garfield), 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah (Riley Keough), une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Étrange, déroutant, farfelu, décalé… les adjectifs se bousculent mais aucun ne parvient réellement à qualifier le nouveau film singulier de David Robert Mitchell (It Follows) en compétition au Festival de Cannes 2018.

Thriller hallucinogène aux accents comiques, Under the Silver Lake narre les péripéties de Sam, trentenaire oisif un brin paumé, dans le milieu huppé d’un Hollywood factice où tout n’est qu’apparence, images et fantasmes de pacotille.

Truffé de références en tout genre (des comics à l’âge d’or du cinéma hollywoodien en passant par Hitchcock, Lynch, le rock des années 90 ou le dernier tournage de Marilyn Monroe), ce film noir aux couleurs bariolées nous embarque dans un voyage psychédélique sous acide où l’ambiance fantasmagorique se fait angoissante et où le rêve vire au cauchemar.

Une mise en scène sophistiquée qui mélange pop culture et New Age, une esthétique acidulée jusqu’au kitsch qui contraste avec l’atmosphère peu à peu mortifère, une bande son électrisante, une tension dramatique qui va grandissante… autant de qualités qui auraient pu faire un grand film. Mais le cinéaste semble pécher par ambition, servant un scénario alambiqué et foutraque, multipliant les scènes qui s’étirent plus que de raison, et finit par nous perdre dans son imaginaire aussi foisonnant que nébuleux.

Dommage car cet envers du décor hollywoodien nauséabond et décadent, où même les anges semblent déchus, s’annonçait prometteur. Au final, ce lac d’argent faussement envoûtant nous laisse quelque peu groggy…

Sortie le mercredi 8 août 2018.

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Une pluie sans fin

1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements. Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Une ambiance moite et pourtant glaciale, une mise en scène sobre aux cadres soignés, une lumière tout particulière aux mille nuances blafardes, une histoire énigmatique portée par un personnage principal insondable… Pour son premier long métrage derrière la caméra, le directeur de la photographie Dong Yue signe un thriller dramatique des plus troublants, particulièrement réussi.

Tourné dans une région oubliée d’où se dégage une morne mélancolie, Une pluie sans fin déstabilise par son écriture singulière et sibylline, son montage fait de vas-et-viens inattendus, ses protagonistes aux allures fantomatiques.

Conçu comme un puzzle complexe qui demande le temps de la réflexion, le film semble emporter avec lui quelques secrets au moment où le clap final retentit.

L’histoire se poursuit alors bien au-delà du générique de fin, laissant planer chez le spectateur un parfum de mystère, subtilement entêtant. Une belle expérience de cinéma.

Sortie le 25 juillet 2018. 

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