Under the Silver Lake

À Los Angeles, Sam (Andrew Garfield), 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah (Riley Keough), une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Étrange, déroutant, farfelu, décalé… les adjectifs se bousculent mais aucun ne parvient réellement à qualifier le nouveau film singulier de David Robert Mitchell (It Follows) en compétition au Festival de Cannes 2018.

Thriller hallucinogène aux accents comiques, Under the Silver Lake narre les péripéties de Sam, trentenaire oisif un brin paumé, dans le milieu huppé d’un Hollywood factice où tout n’est qu’apparence, images et fantasmes de pacotille.

Truffé de références en tout genre (des comics à l’âge d’or du cinéma hollywoodien en passant par Hitchcock, Lynch, le rock des années 90 ou le dernier tournage de Marilyn Monroe), ce film noir aux couleurs bariolées nous embarque dans un voyage psychédélique sous acide où l’ambiance fantasmagorique se fait angoissante et où le rêve vire au cauchemar.

Une mise en scène sophistiquée qui mélange pop culture et New Age, une esthétique acidulée jusqu’au kitsch qui contraste avec l’atmosphère peu à peu mortifère, une bande son électrisante, une tension dramatique qui va grandissante… autant de qualités qui auraient pu faire un grand film. Mais le cinéaste semble pécher par ambition, servant un scénario alambiqué et foutraque, multipliant les scènes qui s’étirent plus que de raison, et finit par nous perdre dans son imaginaire aussi foisonnant que nébuleux.

Dommage car cet envers du décor hollywoodien nauséabond et décadent, où même les anges semblent déchus, s’annonçait prometteur. Au final, ce lac d’argent faussement envoûtant nous laisse quelque peu groggy…

Sortie le mercredi 8 août 2018.

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Dogman

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

Librement inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé dans une banlieue sinistrée de Rome à la fin des années 1980 et qui a fait date dans l’histoire criminelle italienne de par son extrême violence, Dogman vient provoquer plusieurs réactions chez le spectateur. Surprenant par sa noirceur crasse et violente, le film saisit par sa mise en scène rugueuse et froide, imposant une atmosphère glauque et troublante où les personnages semblent tombés dans une profonde torpeur.

Derrière la caméra, Matteo Garrone (Gomorra) filme de manière radicale un « David contre Goliath » des temps modernes empêtrés dans une ville délabrée. La tension va crescendo dans ce drame social sublimé par l’esthétique sombre et austère et par l’interprétation tirée au cordeau des acteurs, le novice Marcello Fonte, si justement récompensé du Prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes, en tête.

« A l’origine de Dogman, il y a une suggestion visuelle, une image, un renversement de perspectives : celle de quelques chiens, enfermés dans une cage, qui assistent comme témoins à l’explosion de la bestialité humaine… C’est l’histoire d’un homme qui, dans la tentative de se racheter après une vie d’humiliations, a l’illusion de s’être libéré, et avec lui son quartier et peut-être même le monde. Mais ce dernier demeure toujours inchangé, et presque indifférent. » raconte le cinéaste.

Il en ressort un film implacable malgré la tendresse qui se dégage de la figure de l’antihéros, frêle, faillible, et pourtant si attachant.

Interdit au moins de 12 ans.

Sortie le 11 juillet 2018.

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In the Fade

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

Certains films s’annoncent d’emblée délicats, tant par le sujet traité que par la façon de le mettre en scène qui exige alors pudeur et retenue. Fatih Akin (Soul Kitchen, De l’autre côté) ne s’y est pas trompé en abordant le drame In the Fade sous l’angle du thriller.

Quelques scènes suffisent au cinéaste allemand pour nous plonger dans la douleur insoutenable, celle de l’arrachement cruel, injuste, inacceptable. Le bonheur familial brossé en début de film est réduit en cendres, laissant la place à la souffrance intolérable.

L’intelligence d’Akin est la subtilité avec laquelle il parvient à rendre l’intime universel, investissant le spectateur dans une histoire de vengeance précaire et pourtant haletante grâce à une mise en scène tirée au cordeau.

Mais sa plus grande inspiration est d’avoir confié à Diane Kruger le rôle de cette femme meurtrie et bouleversante. Récompensée du prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, l’actrice, sublime en héroïne tragique, porte magistralement le film sur ses épaules et prouve une fois encore toute l’étendue de sont talent.

In the Fade est un film poignant et éprouvant, dont on ne ressort pas complètement indemne.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Sortie le 17 janvier 2018.
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