La piel que habito

Cannes, mai 2011. L’équipe de La Piel que habito, sélection officielle du festival, monte les marches, Pedro Almodóvar en tête. Habitué de la Croisette, le cinéaste espagnol fait de nouveau sensation en livrant un nouvel opus teinté de mystère : à en juger par l’affiche, dont l’esthétisme rappelle quelque peu l’époque de la Movida*, il y est question de chirurgie esthétique, de bistouri, d’amour peut-être, de haine sûrement. Pourtant, il semble que seules les retrouvailles entre le réalisateur aux allures de savant fou et son ancien poulain parti vivre « l’American dream » (Antonio Banderas) aient été au cœur de l’attention médiatique. Il faut dire que les deux compères n’avaient plus tourné ensemble depuis Átame !, sorti en 1989… Soit.

Le peu d’échos post Cannes dont a bénéficié La Piel pouvait laisser envisager le pire : Et si Pedro avait commis le film de trop ?

Il y a des suspenses dont on apprécie la brièveté : que les plus sceptiques soient rassurés, l’Almodóvar 2011 est un très grand cru : héros torturés, folie, vengeance, fatalité, rapports filiaux, secrets brisés… tous les thèmes fétiches du cinéaste sont abordés sous un nouvel angle pour nous livrer un film génial de perversité.

L’histoire est celle du Dr Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique qui, après avoir perdu sa femme, victime de brûlures dans un accident de voiture, se consacre à la création d’une nouvelle peau qui aurait pu sauver son épouse. Douze ans plus tard, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver une peau sensible au toucher mais d’une résistance incroyable.

Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…

Une intrigue sinueuse, un scénario labyrinthique, des apparences trompeuses… Almodóvar prend un malin plaisir à plonger le spectateur dans l’incertitude et à lui révéler les pièces du puzzle une par une jusqu’au revirement aussi inattendu que stupéfiant.

La mise en scène, d’une précision quasi-chirurgicale, est servie par des acteurs d’exception qui nous emportent dans cette histoire de vengeance minutieusement machiavélique, sans complaisance, où folie et passion sont une seule et même motivation.

Si le plaisir de retrouver un Antonio Banderas « almodovaresque » est évident, la performance d’Elena Anaya (Vera), remarquable, de la grande Marisa Paredes et du prometteur Jan Cornet (Vicente) est à saluer. Pas de doute, Pedro aime les actrices et possède le don de les sublimer.

De la colère à la peur, de la tristesse à la vengeance, de la compassion à l’incompréhension… le cinéaste passe au scalpel les instincts les plus sombres et compose avec chacune de nos émotions tel un virtuose accompli.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce grand film aux degrés de lecture multiples, mais ça serait prendre le risque de trop en révéler.

Mieux vaut se contenter de s’incliner devant le maître. Chapeau bas maestro !

* Movida : Mouvement socio-culturel né en Espagne à la mort du général Franco et qui durera jusqu’aux débuts des années 1980, marqué par la libération des mœurs suite aux années de dictature franquiste.

 Sortie le 17 août 2011.

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Article rédigé par : Laetitia
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