Le Joli mai

20536438.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxParis, mai 1962. La guerre d’Algérie vient de s’achever avec les accords d’Evian. En ce premier mois de paix depuis sept ans, que font, à quoi pensent les Parisiens ? Chacun témoigne à sa manière de ses angoisses, ses bonheurs, ses espoirs. Peu à peu, se dessine un portrait pris sur le vif de la France à l’aube des années 60.

« Paris est cette ville où l’on voudrait arriver sans mémoire, où l’on voudrait revenir après un très long temps pour savoir si les serrures s’ouvrent toujours aux mêmes clés, s’il y a toujours ici, le même dosage entre la lumière et la brume, entre l’aridité et la tendresse […].
C’est le plus beau décor du monde. Devant lui, huit millions de parisiens jouent la pièce ou la sifflent, et c’est eux seuls, en fin de compte, qui peuvent nous dire de quoi est fait Paris au mois de mai ».

C’est sur ce prologue aux notes poétiques, sublimé par la voix grave d’Yves Montand, que s’ouvre Le Joli mai, sublime documentaire de Chris Marker et de Pierre Lhomme réalisé en 1962 et restauré pour les 50 ans du film.

La capitale est filmée en instantanée, comme pour en capturer l’essence, mais avec une douce bienveillance, à la manière dont sont recueillis les témoignages des parisiens qui se racontent avec une sincérité étonnante à l’aube de ce « premier printemps de paix » depuis la guerre d’Algérie.

Dans ce film divisé en deux parties – « Prière sur la Tour Eiffel » et « Le retour de Fantomas », les sujets s’enchaînent au gré des discussions. Voici un tailleur de la rue Mouffetard qui nous raconte de sa gouaille savoureuse son quotidien et nous fait part de ses considérations sur la vie, le travail , les vacances. « Faut toujours bosser, bosser, bosser. Ma femme m’aime en fonction du pognon que je ramène à la maison […] Est-ce que je suis heureux? Oui. Quand j’ai vendu un costume! »

S’ensuivent les préoccupations de l’époque : la densité déjà trop importante de la capitale qui comptait plus d’écoliers que d’écoles, plus de malades que d’hôpitaux, l’évocation de cette même « névrose de la solitude aux mille fenêtres » provoquée par la poussée des tours, ces cités HLM qui défigurent le paysage pour les uns, favorisent le commérage pour les autres, mais sont synonymes de confort et de modernité pour les familles nombreuses qui peuvent désormais partager le même toit.

C’est au tour d’un poète, qui, tel un slameur des temps modernes, déclame sur la place publique « Quand je suis fauché », puis de l’inventeur du sous-marin de poche, d’un gamin passionné par la conquête de l’espace, d’un courtier du cac 40 « arrivé là par hasard », un jeune couple d’amoureux. Viennent la rencontre avec un prêtre communiste syndicaliste, un jeune étudiant dahoméen (actuel Bénin) qui livre ses difficiles souvenirs liées aux missions religieuses en Afrique,  une couturière de théâtre amoureuse des chats, dont la « coquetterie naturelle » la « réconcilie avec le monde », un jeune ouvrier algérien victime de racisme et pour qui l’avenir réside dans l’enseignement, une détenue à la Petite Roquette…

Les témoignages se multiplient, parfois incongrus, souvent plein de tendresse, toujours pertinents, entrecoupés de transitions soignées au gré du texte lu par Montand, et de la musique de Michel Legrand.

Un très beau documentaire aux angles multiples (politique, historique et socio-économique) proche du « cinéma vérité » qui touche non seulement par sa spontanéité mais aussi par sa modernité et par son intelligence.

Sortie en DVD depuis le 19 novembre 2013 (distribué par Arte).

NB : Cette critique est proposée en partenariat avec  Cinetrafic, un site à découvrir que vous soyez plutôt film romantique (sur cinetrafic) ou film d’action (cliquez ici).

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Article rédigé par : Laetitia
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