Les vieux chats ++

Santiago du Chili. Isidora, une coquette nonagénaire, et Enrique, son époux prévenant, vivent une retraite paisible avec leurs deux vieux chats dans leur appartement cossu du 8e étage. Mais une nouvelle panne d’ascenseur suivie de l’arrivée impromptue de Rosario, la fille tempétueuse d’Isidora, viennent troubler la quiétude des lieux.

Prendre le prétexte de suivre le quotidien d’une vieille dame pour en faire un film peut sembler bien insipide, tout au plus saugrenu. Pourtant, Sebastian Silva et Pedro Peirano, qui collaborent pour la 3e fois après La Vida me mato et La Nana, donnent à ces Vieux chats une aura particulière, à la fois sombre et lumineuse, où tendresse et rancune s’entrechoquent dans un quasi-huis clos empli d’une tension froide et électrique à faire exploser un oscilloscope numérique.

Les compères prennent le temps de poser le décor et multiplient les gros plans sur les visages des personnages, « ces espaces infinis où se dessinent des émotions »,  comme pour mieux nous ancrer dans ce quotidien et nous attacher à chacun des membres de cette famille tourmentée (un pléonasme ?).

La mise en scène suave et lente vient contraster avec l’affrontement acharné auquel se livre Rosario et Isidora, qui culmine jusqu’au dénouement. D’un côté, la fille, junkie instable et capricieuse, aux mille projets fantasques. Le dernier en date : se lancer dans la vente de savons miraculeux ramenés du Pérou et faire en sorte que sa mère vende son appartement pour en récupérer les bénéfices. Mais sous ses aspects cupides et narcissiques transparaît une petite fille qui cherche à pardonner à cette mère impassible de l’avoir mal aimée. De l’autre, la mère, au caractère revêche, qui n’a pourtant jamais su dire non à sa fille, comme pour compenser sa culpabilité de ne pas avoir tenu son rôle. Une femme que la vieillesse vient désormais chahuter. Les repères tendent à disparaître, les absences se répètent, les souvenirs s’entremêlent et l’enfermement devient aussi physique que mental.

Entourés d’acteurs merveilleux, (dont la formidable Bélgica Castro, qui compose un personnage tout en intériorité), Silva et Peirano signent une comédie dramatique pleine de finesse, et tire la triste conclusion que la paix ne s’acquiert qu’au prix d’un certain renoncement. Un beau film qui laisse un goût doux mais bien amer.

Sortie le 25 avril 2012.

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Article rédigé par : Laetitia
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