L’Assemblée

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie.
Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

Réalisatrice de documentaires, Mariana Otero ( (Histoire d’un secret, sur la mort de sa mère, Entre nos mains, sur la mobilisation d’employés d’une usine de lingerie en liquidation) définit son « rapport au monde par le désir de filmer ». Au moment où le mouvement « Nuit debout » s’est formé, la cinéaste a décidé de porter sa caméra du côté de la place de la République pour capter l’essence de ce mouvement citoyen spontané, né dans le sillage des manifestations contre la loi travail, en 2016 .

Elle raconte : « Je ne savais pas ce qui était en train de se passer mais je comprenais que c’était extraordinaire et méritait d’être raconté. En plein état d’urgence, plusieurs mois après les attentats, cette place qui avait été un lieu de deuil et de commémoration était transfigurée et devenait un lieu de résistance, de réflexion et d’échanges. Au départ, j’ai pensé que j’allais rendre compte des diverses commissions et initiatives qui se multipliaient chaque jour sur la place, en mettant régulièrement des scènes en ligne sur internet. Mais très vite j’ai compris que ce format serait insuffisant. Pour apporter un regard différent des médias qui, eux se focalisaient plutôt sur le spectaculaire sans avoir le temps de comprendre de l’intérieur ce qui se pensait sur la place, il fallait donner le temps au temps et faire un film qui donne une forme à ce qui se construisait jour après jour. C’était ma façon de participer et de m’engager dans ce que je pressentais comme quelque chose d’historiquement important. Il faut dire aussi que je retrouvais à Nuit debout, une problématique qui m’obsède comme citoyenne et qui fait le coeur de mon cinéma depuis 25 ans : comment construire quelque chose ensemble tout en considérant chacun dans sa singularité? Comment réinventer le collectif ? ».

L’angle choisi est celui des débats, joyeux et passionnés, portés par l’euphorie de cette assemblée générale balbutiante. Le désir d’échanger, de discuter et d’écouter l’autre est manifeste, la parole s’organise et se transmet alors tant bien que mal, le « chronomètre » veille au respect du temps de parole de chaque intervenant… Les  commissions foisonnent, concrètes ou utopistes, les revendications se formulent, les réflexions se précisent, mais peu d’action en découle, au grand dam de certains.

Peu à peu, la caméra se fait oublier et la réalisatrice, au plus près de son sujet, parvient, dans ce brouhaha collectif, à extraire un regard, en proie au doute ou au contraire, exalté, à donner un visage à ce groupe d’anonymes. Sans complaisance, Mariana Otero s’attache à révéler les difficultés rencontrées pour que « Nuit debout » continue : chaque jour, il faut remonter les tentes, subir les éventuels caprices de la météo, affronter les forces de l’ordre… avec cette même énergie  obstinée à réinventer ensemble une démocratie dans laquelle chacun puisse s’y retrouver.

Les mois passent et, face à l’inertie, le vaste chantier s’étiole : l’effervescence du début cède la place au doute et au découragement, le mouvement s’essouffle et la parole s’évanouit. Mais ce que montre avant tout L’Assemblée, c’est bel et bien l’engouement citoyen. Voilà un film essentiel sur la nécessité de reprendre la parole et de se réapproprier le débat politique.

 Sortie le 18 octobre 2017.
Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Le Voyage au Groenland

184397-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxThomas et Thomas cumulent les difficultés. Comédiens en quête de rôles, trentenaires ingénus, parisiens désabusés… Un jour, ils décident de s’envoler pour Kullorsuaq, l’un des villages les plus reculés du Groenland où vit Nathan, le père de l’un d’eux. Au sein de la petite communauté inuit, ils découvriront les joies des traditions locales et éprouveront leur amitié.
Une ode à l’amitié, une comédie poétique à l’humour suranné, des personnages singuliers joliment décalés, un univers naïf, tendre et délicat. Pas de doute, nous sommes bien dans l’imaginaire lumineux de Sébastien Betbeder, qui, après nous avoir régalés des ces précédentes fantaisies aux multiples nuances (2 automnes 3 hivers, Marie et les Naufragés), nous invite à la quiétude non dénuée de fantasque.
Présenté au Festival de Cannes 2016 dans la sélection ACID, Le Voyage au Groenland séduit par son charme désenchanté, ses anti-héros enfantins, sa douce musique électro teintée de nostalgie, ses rapports père-fils mélancoliques où l’on se tait par pudeur et où l’on s’étreint par nécessité, sa découverte d’un ailleurs et d’un autre possible.
Moins enlevé que ses précédents films, Le Voyage au Groenland fait partie de ces films où il ne se passe a priori pas grand chose, mais qui vous accompagne encore un bon moment après avoir quitté la salle de cinéma.

Sortie le 30 novembre 2016.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Volta à terra

343269.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxA Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’immigration, subsistent quelques dizaines de paysans. Alors que la communauté se rassemble autour des traditionnelles fêtes d’août, le jeune berger Daniel rêve d’amour. Mais l’immuable cycle des 4 saisons et les travaux des champs reprennent vite le dessus…

Pour son premier film, Jao Pedro Placido a choisi de poser sa caméra au coeur des montagnes pour capter le quotidien d’une famille d’agriculteurs qui pratiquent leur métier tel un art ancestral. Le temps semble s’être arrêté là où l’on vit encore au rythme de la lumière du jour, où les journées se terminent après un dur labeur… et où la solitude se fait souvent pesante.

Volta à terra est un documentaire différent, qui détonne avec le panorama cinématographique habituel. L’oeil de Placido est à la fois bienveillant et implacable : aucun détail ne lui échappe. De la beauté des paysages à la rugosité du quotidien des paysans, de la torpeur latente qui se dégage des journées pourtant bien chargées à la liesse des fêtes du village, des discussions en famille autour de la table aux silences qu’impose la nature, le cinéaste donne à voir autant qu’à écouter.

Voici les moutons tondus aux ciseaux, les airs d’harmonica qui ponctuent le travail auprès des bêtes, le curé qui, invité à déjeuner lors des fêtes religieuses, s’improvise médecin à la demande de ses hôtes, le grand-père d’une rare élégance qui part labourer la terre en tracteur et en pantalon de costume… Et puis il y a le jeune Daniel, déjà mature et lucide, qui aimerait tomber amoureux et échapper à ce profond sentiment de solitude.

Et malgré quelques scènes difficiles, Volta à terra est un documentaire fascinant, au charme insaisissable. Un bel hommage au monde paysan, courageux, ardu et travailleur.

Sortie le 30 mars 2016.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS