Elle

464442.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxMichèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Puissant, dérangeant, envoûtant, subversif… comme toujours, Paul Verhoeven sait provoquer malaise et fascination. Un talent qu’il met au service d’Elle, l’adaptation du roman non moins sulfureux Oh… de Philippe Djian, prix Interallié en 2012 qui fut matière à controverse.

Dans ce thriller passionnant, le cinéaste frôle habilement le malsain, pratique l’art de la provocation, et questionne les limites de la transgression. Un scénario finement ciselé, une mise en scène savamment maîtrisée, un suspense redoutable, des dialogues cinglants, une écriture jubilatoire, et surtout une interprète magistrale. Car qui d’autre qu’Isabelle Huppert pouvait incarner l’ambiguïté et donner à vie à ce personnage de papier, glaçant, mystérieux, implacable ?

Entourée d’un casting sans fausse note, la grande Huppert est parfaite en dominatrice-dominée qui distribue les cartes d’une main de fer au petit monde qui l’entoure.

Et bien qu’il en soit reparti bredouille, Elle est l’un des rares films à avoir eu toute sa place en compétition du dernier festival de Cannes. Un film déroutant dont on ressort avec un plaisir coupable.

Interdit aux moins de 12 ans

Sortie le 25 mai 2016.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Un Début prometteur

050294_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMartin, désabusé pour avoir trop aimé et trop vécu, retourne chez son père, un horticulteur romantique en fin de course. Il y retrouve Gabriel, son jeune frère de 16 ans, exalté et idéaliste, qu’il va tenter de dégoûter de l’amour, sans relâche. Mais c’est sans compter Mathilde, jeune femme flamboyante et joueuse, qui va bousculer tous leurs repères…

Il émane de ce Début prometteur un parfum subtilement envoûtant dont la note de fond serait chagrin et la note de tête serait l’espoir. Adapté du roman de Nicolas Rey (également co-scénariste du film), cette comédie dramatique possède un certain charme, évanescent, mélancolique, lumineux.

Pour son deuxième long métrage, Emma Luchini révèle avoir eu envie « d’illustrer ces moments où, dans la vie, au milieu d’un événement banal, la rencontre d’une personne peut nous faire basculer dans quelque chose d’un peu magique. […] Le film parle avant tout de ça : d’âge, d’illusion, d’enchantement, de désenchantement. »

Pour interpréter ces frères au tempérament contraire, Luchini a choisi le jeune Zacharie Chasseriaud (Deux temps Trois mouvements), parfait en coeur d’artichaut, et Manu Payet, que l’on prend plaisir à découvrir dans un nouveau registre. Tout en retenu, l’acteur surprend et séduit dans le rôle de l’anti-héros à la dérive. Quant à l’envoûtante Veerle Baetens (Alabama Monroe), elle tire son épingle du jeu par son interprétation virevoltante et sa voix d’or à faire chavirer les coeurs (la scène où elle entonne Mes hommes de Barbara peut même venir tirer quelques larmes).

Ajoutez à cela une mise en scène soignée (la scène tournée la nuit dans le jardin de Giverny se révèle magique et quasi-irrélle), des dialogues ciselés, une bande son sublime et des personnages filmés avec douceur et bienveillance, et vous obtiendrez un bien joli film signée par une cinéaste qui promet, elle aussi !

Sortie le 30 septembre 2015.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Suite française

499078.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÉté 1940, Bussy, un village français. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

Avant de nous intéresser au film, revenons sur l’histoire du roman  d’Irène Némirovsky, écrivain reconnu et témoin précieux, déportée à Auscwhitz où elle mourut en 1942.

Ce n’est que des années plus tard que sa fille, Denise Epstein, découvre le roman inachevé de sa mère, qu’elle livre aux éditions Denoël. Suite française est alors publié en 2004, devient rapidement un best seller et obtient le Prix Renaudot. L’histoire est aujourd’hui portée sur grand écran par le cinéaste Saul Dibb (The Duchess), qui y a vu l’occasion de « réaliser un film de guerre singulier, où le point de vue donné est féminin ».

Dibb s’est ainsi attaché à rendre hommage à l’oeuvre d’Irène Némirovsky en restant le plus fidèle possible à l’histoire originale. D’où certaines invraisemblances, tel le choix de doubler les acteurs – majoritairement anglo-saxons – en français, ou cette fâcheuse tendance à accentuer les moments dramatiques par des emphases musicales inutiles.

Le film parvient toutefois à se démarquer grâce à un scénario historico-romanesque juste et soigné et un casting impeccable (notamment Kristin Scott Thomas, épatante en femme froide et détestable, qui finit par nous émouvoir contre toute attente).

Mais surtout, Suite française porte un regard féminin unique sur un sujet pourtant mainte fois traité et rappelle quel pouvait être le quotidien des civils en milieu rural pendant la guerre : la cruelle disparité des classes sociales, les comportements peu glorieux, entre calomnie et dénonciation, ou encore de l’émoi que peut provoquer l’arrivée de jeunes soldats allemands dans un village où les hommes sont partis en guerre, tout y est dépeint avec un désir d’authenticité.

Un film qui donne à voir une situation bien plus complexe que l’imaginaire manichéen peut parfois le laisser supposer, et qui donne envie de se (re)plonger dans le roman passionnant de Mme Némirovsky.

Sortie le 1er avril 2015.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS