Loin des hommes

594635.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

Librement inspiré de L’Hôte, une nouvelle d’Albert Camus, Loin des hommes propose un voyage philosophique en suivant les pérégrinations de deux personnages pris au piège de la violence environnante.

L’identité, l’appartenance, l’héritage, l’honneur, la justice et son absurdité, la fuite, la confrontation, le courage, la fraternité… autant de notions abordées tout au long du film, en plein coeur des montagnes de l’Atlas.

« Bien qu’écrit il y a soixante ans, [ce texte] m’a semblé très contemporain et applicable au monde d’aujourd’hui, dans de nombreuses régions au bord de la rupture. J’ai retrouvé dans la problématique que vit Daru, le héros de la nouvelle, des questions que je me pose : la difficulté de s’engager, la difficulté d’y voir clair dans un monde instable, la difficulté de l’action, la tentation du repli sur soi » révèle David Oelhoffen, qui met en scène un film poignant aux airs de western rugueux, âpre et mélancolique.

Face à la caméra, Viggo Mortensen livre une interprétation subtile d’un homme tiraillé entre devoir et obligation. A ses côtés, Reda Kateb est impeccable, trouvant l’équilibre parfait entre fierté et humilité.

Un duo remarquable, une photographie sublime, des paysages arides d’une beauté infinie, un rythme empreint de lenteur… Et malgré cela, Loin des hommes laisse une sensation d’éphémère : on aurait tant aimé garder cette histoire intemporelle en tête, mais celle-ci semble nous échapper bien malgré nous.

Sortie le 14 janvier 2015.

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Gemma Bovery

326431.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMartin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, c’est l’occasion rêvée de se mêler au destin de ces personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…

Un visage gracieux clairsemé de touches de rousseur, une bouche pulpeuse qui croque dans un quignon de pain avec une gourmandise communicative, un regard de chat qui vous hypnotise, des courbes affriolantes qui se dessinent sous des petites robes légères, une voix mutine qui se fait tour à tour grave et charmeuse, une gestuelle tout en sensualité (pétrir une boule de pain relève désormais du fantasme de bien des spectateurs)… Charnelle et voluptueuse, Gemma Arterton est Gemma Bovery, jeune londonienne pleine de fraîcheur qui va bien vite chercher à tromper l’ennui dans les bras d’un bel amant, au grand dam du boulanger (Fabrice Luchini, évidemment parfait), voisin un tantinet intrusif qui s’improvise narrateur fantasque de cette histoire romanesque pour notre plus grand plaisir.

Adapté du roman illustré de Posy Simmonds (auteur de Tamara Drewe, également incarnée à l’écran par Miss Arterton), Gemma Bovery est une comédie noire pleine de verve aux dialogues percutants qui souligne avec une ironie plaisante les travers de chaque personnage (de l’héroïne un brin naïve à l’apollon pleutre en passant par la bourgeoise bêcheuse ou le mari crédule).

Un régal à voir et à écouter. Mais trêve de mots, place au film!

En salles le 10 septembre 2014.

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Mademoiselle Julie

319522.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1890, Irlande. Tandis que tout le monde célèbre la nuit des feux de la Saint Jean, Mademoiselle Julie et John, le valet de son père, se charment, se jaugent et se manipulent sous les yeux de Kathleen, la cuisinière du baron, jeune fiancée de John. Ce dernier convoite depuis de nombreuses années la comtesse voyant en elle un moyen de monter dans l’échelle sociale.

Une histoire d’amour impossible confrontée à la lutte des classes ; le conflit entre un homme et une femme pour le pouvoir et la domination morale ; une oeuvre sur la nécessité d’être entendu ; une affaire de sentiments… Mademoiselle Julie, tragédie écrite par August Strindberg en 1888, aborde des sujets qui continuent d’inspirer metteurs en scène et cinéastes.

Liv Ullmann, muse et épouse d’Ingmar Bergman, reconnaît quant à elle avoir trouvé dans cette pièce de théâtre des « motifs qui [lui] importaient personnellement : être vue ou demeurer invisible, donner une image de soi qui ne correspond pas à ce que l’on est vraiment, être pour soi-même et non pour ce que les autres voient en vous, les rapports des sexes, les crises qui en découlent… ».

L’actrice, désormais cinéaste, livre une version austère et froide de ce huis clos tragique conjugué à trois, qui repose en majeure partie sur l’interprétation enlevée des acteurs. Jessica Chastain campe une héroïne fragile et hystérique, et se révèle formidable dans ses excès de caractère. Face à elle, Colin Farrell, tour à tour détestable et touchant dans le rôle de l’amoureux-bourreau qui refuse sa condition de simple valet mais semble pourtant résigné. Quant à Samantha Morthon, la docile et honnête cuisinière mue par une morale infaillible, elle tire son épingle du jeu grâce à une interprétation tout en finesse qui gagne en intensité à mesure que le film avance.

Mais en dépit de la distribution inspirée, de la qualité des dialogues, à la fois rugueux et passionnés, et de la photographie délicate, lumineuse et soignée, la mise en scène reste conventionnelle et l’aspect « théâtre filmé » s’avère à la longue assez rébarbatif.

Un film qui demeure hélas difficile et confidentiel.

Sortie le 10 septembre 2014.

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