Au bonheur des ogres

21032768_20130828161559985.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDans la tribu Malaussène, il y a quelque chose de curieux, de louche, d’anormal même diraient certains. Mais à y regarder de près, c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent partout où il passe, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il devient rapidement vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point-là ? Benjamin Malaussène va devoir mener sa propre enquête aux côtés d’une journaliste intrépide surnommée Tante Julia pour trouver des réponses.

Adapter sur grand écran l’un des plus célèbres romans de Daniel Pennac qui a accompagné l’imaginaire de tant de lecteurs devenus accros à la saga des Malaussène semblait impossible. L’univers de Pennac déborde d’inventivité et grouille de menus détails que chacun s’approprie pour se faire sa propre représentation de l’histoire contée. Voilà pourquoi proposer une lecture personnelle d’Au bonheur des ogres était un exercice plutôt casse-gueule. C’était sans compter le regard enthousiaste d’un grand gamin nommé Nicolas Bary.

Le cinéaste avait déjà révélé un goût certain pour la fantaisie teintée de noirceur dans Les Enfants de Timpelbach, une fable fantastique ô combien inquiétante. Un mélange des genres que Bary utilise à nouveau dans Au bonheur des ogres, où l’enquête policière se mêle à la comédie, où l’action côtoie l’aventure, où la modernité flirte allègrement avec la nostalgie.

La tonalité à la fois décalée et sombre du roman qui met en scène la disparition d’enfants et des meurtres en série dans un quotidien coloré et farfelu est brillamment restituée, tout comme le sont les personnages hauts en couleur et particulièrement attachants : Benjamin (Raphaël Personnaz, parfait dans un rôle à contre-emploi), l’aîné protecteur aux accents fleur bleue, secondé par la douce Louna (Mélanie Bernier, un peu trop en retrait), veille comme il peut sur Thérèse, charmant génie à l’allure gothique, Jérémy, le casse-cou expert ès bombe artisanale, et le petit, adorable minot qui aime tant répéter les jurons de son grand frère. Autour de cette famille à nulle autre pareille gravitent l’espiègle et mystérieuse Tante Julia (pétillante Bérénice Béjo), Stogil le taciturne bienveillant (Emir Kusturica fidèle à lui-même), et l’obscure Sinclair, détenteur de terribles secrets (formidable Guillaume de Tonquédec).

S’il arrive que le film parte dans tous les sens au risque de s’essouffler bien des fois, le plaisir communicatif avec lequel Nicolas Bary nous embarque dans ce bienheureux foutoir à la fois drôle et inquiétant nous donne envie de nous replonger dans les romans de notre enfance. Et ça, c’est plutôt bon signe!

Sortie le 16 octobre 2013.

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Joséphine +

21002612_20130502103303943_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxJoséphine, 29 ans trois-quart, obnubilée par la taille de ses fesses, source de tous ses problèmes, n’a toujours pas trouvé l’homme de ses rêves non-fumeur-bon-cuisinier-qui-aime-les-chats-et-qui-veut-plein-d’enfants. Sa seule consolation, c’est qu’elle vit avec Brad Pitt… consolation de courte durée puisque c’est son chat. Quand sa soeur lui annonce son mariage, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le cappuccino double crème. Elle s’invente alors une histoire d’amour avec un riche chirurgien brésilien qui lui a demandé sa main et l’emmène vivre au bout du monde. Facile à dire… Ce (petit) mensonge va l’entraîner dans un tourbillon d’aventures

Inspirée de la bande dessinée créée en 2008 par Pénélope Bagieu, Joséphine se présente comme une comédie romantique destinée majoritairement à un public féminin aux préoccupations dans l’ère du temps (comprendre des jeunes femmes complexées par leur physique, en quête du prince charmant et fashion victim jusqu’au bout des pieds) – préoccupations un poil réductrices, nous sommes bien d’accord.

Mais, comme se plaît à le rappeler Marilou Berry, l’interprète de cette anti-héroïne « grande gueule, snob et attachiante », le film d’Agnès Obadia (Romaine par moins 30, Qui perd gagne) est avant tout un « feel good movie » (« un film qui met de bonne humeur », pour les non anglophones). « Il ne faut donc pas s’attendre à une réflexion très intense ».

De ce point de vue, le pari est réussi…
Si l’on retrouve les principaux ingrédients de la comédie romantique (la recherche du grand amour – ou comment deux personnes que tout oppose vont finalement tomber amoureux après maintes péripéties -, la bande de potes tous aussi paumés, les situations rocambolesques pleines d’humour, les relations familiales évidemment complexes…), Joséphine parvient à éviter l’excès de mièvrerie.

 Ici, l’héroïne est bourrée de défauts : menteuse multi-récidiviste qui jalouse sa soeur et envie sa meilleure amie, irresponsable à la fâcheuse tendance à régler ses problèmes en appliquant soigneusement la politique de l’autruche (c’est-à-dire en se gavant de chocolat, de glace ou de chips devant la télé), hautaine, un brin naïve, qui préfère se complaire dans une histoire sans lendemain avec un homme marié plutôt que de considérer ce gentil garçon jugé d’emblée comme prévisible et forcément ennuyeux.

S’il est vrai que ce film léger et coloré n’a pas d’autre prétention que de divertir le public, on regrette le piquant qui faisait tout le charme du personnage de Pénélope Bagieu.

Une comédie sentimentale sympathique comme il y en a tant d’autres, au rythme un peu faible et au scénario rabâché, qui a bien du mal à se démarquer de l’indétrônable référence Bridget Jones.

Sortie le 19 juin 2013.

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