Grand Froid

Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, le bras droit de Georges, encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de conduire le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.

« Il y a deux personnes absolument indispensables, en ce bas monde, disait-il. La sage-femme et le fossoyeur. L’une accueille, l’autre raccompagne. Entre les deux, les gens se débrouillent ». Le ton est donné d’emblée : humour noir et fantaisie grinçante sont au rendez-vous de cette tragi-comédie où l’absurde se fait tantôt cruel tantôt touchant.

Grand Froid, premier long métrage de Gérard Pautonnier, est l’adaptation du roman Edmond Ganglion & Fils de Joël Egloff (qui co-signe également le scénario). Une ambiance glaciale dans un coin perdu, où le temps suspendu n’est perturbé que par la traversée quotidienne de poids lourds de passage. Même la grande faucheuse semble avoir déserté, au grand damne de Zweck (Olivier Gourmet), parton peu scrupuleux qui mène la vie dure à ses employés, comme pour mieux oublier sa propre solitude. A ses côtés, Georges (Jean-Pierre Bacri), personnage taciturne qui s’est offert avec son épouse une sépulture grand luxe et qui peine à trouver un épitaphe inspiré. Et puis il y a le jeune Eddy, tendre rêveur, qui passe ses journées à lustrer le corbillard en « attendant les clients ».

A ce trio pittoresque s’ajoutent un prêtre aux allures d’inquisiteur qui semble avoir perdu la foi (génial Sam Karmann), une vieille dame esseulée qui trouve un peu de réconfort à la boutique de pompes funèbres, un patron de restaurant chinois étonné de trouver un homard dans son aquarium, un pilier de comptoir amoureux d’une chimère, une veuve bien pressée d’enterrer son mari, un mort qui se fait la malle… Des personnages singuliers et attachants, à la fois paumés et lucides, qui évoluent dans un univers rocambolesque, une écriture fluide – malgré un rythme qui s’essouffle hélas bien vite – , des acteurs impeccables… Autant d’éléments qui jouent en faveur de ce road movie loufoque et poétique.

Sortie le 28 juin 2017.

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Les Saveurs du palais ++

« Il est une heure où se rencontrent

Tous les grands vins dans un festin

Pomard en souriant regarde

Glisser le doux Brand-Mouton

Nul ne dit à Latour : « Prends garde! »

Pas même le bouillant Corton. »


Éloges de la cuisine française
. Tel est le titre du livre de recettes composé par Edouard Nignon, un poète hédoniste et fin gourmet, dont sont issus ces quelques vers. Tel pourrait être également le sous-titre du nouveau film de Christian Vincent, où l’art culinaire est à l’honneur pour le plus grand plaisir de nos papilles.

Hortense Laborie est une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. A sa grande surprise, le Président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au Palais de l’Élysée. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s’impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduira rapidement le Président, mais dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux…

Librement inspiré de l’histoire de Danièle Delpeuch, première femme chargée de cuisiner les plats de François Mitterrand à l’Élysée, Les Saveurs du palais est une ode à la gastronomie française, présentée comme un art de vivre.

Pain de viande et ses petits légumes, chou farci au saumon, boeuf de Coutancie, pâté de foie gras, brouillade de cêpes au cerfeuil, jonchée rochefortaise, tarte pâtissière aux fruits rouge, Saint-Honoré à la crème mémé… la merveilleuse Catherine Frot s’amuse à faire chanter les assiettes, à défendre les produits du terroir, à respecter les saisons, et met toute sa grâce, son charme un tantinet désuet et sa classe irrévérencieuse au service du goût, de l’authentique et de la simplicité. Elève de Danièle Delpeuch pendant une semaine, elle reconnaît avoir appris « le plaisir des gestes, des couleurs et des formes de la nourriture ».

Face à cette cuisinière hors-pair au phrasé aussi précis que sa technique, un jeune premier à l’élégance inégalée, au regard malicieux, à l’allure insolente : Monsieur Jean d’Ormesson, qui fait ses premiers pas sur grand écran en prenant un plaisir infini à former avec Catherine Frot ce duo jouissif qui lève le voile sur les « cuisines » du pouvoir du 55 faubourg Saint-Honoré.

Christian Vincent livre un film généreux, à la mise en scène parfois inégale mais au scénario soigné, « concocté » par Etienne Comar (Des Hommes et des dieux).

Un joyeux délice qui régalera les gastronomes, les gourmets et tous les gourmands.

A savourer sans modération!

En salle depuis le 19 septembre 2012.

La bande annonce

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