Les Soeurs Quispe

337669.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxChili 1974. Justa, Lucia et Luciana Quispe, trois bergères de l’Altiplano, mènent une vie retirée au rythme de la nature. À son arrivée au pouvoir, Pinochet remet en question ce mode de vie ancestral et met en place la loi anti-érosion, afin d’éviter que les troupeaux, à force de brouter, n’érodent les sols chiliens déjà instables. Il s’agit en réalité d’une loi visant à éradiquer les peuples nomades vivant à l’écart du reste de la société chilienne et n’étant donc pas contrôlés par l’Etat.
Les trois soeurs voient leur mode de vie remis en question et traversent alors une crise existentielle qui aura un retentissement unique dans l’histoire contemporaine du Chili.

Filmer la petite histoire pour mieux révéler la grande. Choisir un autre angle de vue, celui de l’intime, pour faire comprendre les répercussions de la dictature jusqu’aux confins du Chili, là où la nature domine et le temps semble s’être arrêté. Raconter cette légende par-delà les frontières et rendre hommage à ces trois femmes menacées de voir disparaître les traditions familiales qu’elles s’appliquaient à faire perdurer au quotidien. Montrer qu’en dépit des conditions de vie difficiles où les grands espaces riment avec danger et solitude, le bonheur existe, qu’il s’agisse de prendre soin des bêtes ou de veiller les unes sur les autres. Voilà tout ce que nous dit Sebastian Sepulveda en retraçant l’histoire des soeurs Quispe.

Adapté de la pièce de théâtre Las Brutas de Juan Radrigan, Les Soeurs Quispe est un film précieux, nécessaire par le devoir de mémoire qu’il accomplit.

Mu par un désir d’authenticité, le cinéaste -qui est allé vivre aux côtés de l’une des dernières familles Coyas de l’Altiplano – dévoile avec pudeur ce quotidien rugueux rythmé par la traite des chèvres, le soin apporté aux bêtes, le troc passé avec le colporteur à qui l’on échange du fromage contre des vêtements, le campement à installer chaque soir à l’abri d’une « ruca », le maté que l’on boit au coin du feu, les souvenirs et les inquiétudes que l’on partage…

Le film est nourri de silences qui semblent faire écho à l’infini du paysage montagneux. En quelques mots prononcés avec parcimonie, on comprend la méfiance des soeurs vis à vis des hommes, l’importance de la nature chez les Coyas, ces indiens des montagnes venus d’Argentine et devenus bergers, et l’ultime décision prise face à cette terrible loi meurtrière.

Servi par trois comédiennes pleines de justesse (Catalina Saavedra, Francisca Gavilan et Digna Quispe, la nièce des soeurs à qui le film est dédié), Les Soeurs Quispe est un film rugueux et puissant qui mérite que l’on s’y intéresse de très près.

Retrouver l’interview de Sebastian Sepulveda ici.

Sortie le 4 juin 2014.

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Les vieux chats ++

Santiago du Chili. Isidora, une coquette nonagénaire, et Enrique, son époux prévenant, vivent une retraite paisible avec leurs deux vieux chats dans leur appartement cossu du 8e étage. Mais une nouvelle panne d’ascenseur suivie de l’arrivée impromptue de Rosario, la fille tempétueuse d’Isidora, viennent troubler la quiétude des lieux.

Prendre le prétexte de suivre le quotidien d’une vieille dame pour en faire un film peut sembler bien insipide, tout au plus saugrenu. Pourtant, Sebastian Silva et Pedro Peirano, qui collaborent pour la 3e fois après La Vida me mato et La Nana, donnent à ces Vieux chats une aura particulière, à la fois sombre et lumineuse, où tendresse et rancune s’entrechoquent dans un quasi-huis clos empli d’une tension froide et électrique à faire exploser un oscilloscope numérique.

Les compères prennent le temps de poser le décor et multiplient les gros plans sur les visages des personnages, « ces espaces infinis où se dessinent des émotions »,  comme pour mieux nous ancrer dans ce quotidien et nous attacher à chacun des membres de cette famille tourmentée (un pléonasme ?).

La mise en scène suave et lente vient contraster avec l’affrontement acharné auquel se livre Rosario et Isidora, qui culmine jusqu’au dénouement. D’un côté, la fille, junkie instable et capricieuse, aux mille projets fantasques. Le dernier en date : se lancer dans la vente de savons miraculeux ramenés du Pérou et faire en sorte que sa mère vende son appartement pour en récupérer les bénéfices. Mais sous ses aspects cupides et narcissiques transparaît une petite fille qui cherche à pardonner à cette mère impassible de l’avoir mal aimée. De l’autre, la mère, au caractère revêche, qui n’a pourtant jamais su dire non à sa fille, comme pour compenser sa culpabilité de ne pas avoir tenu son rôle. Une femme que la vieillesse vient désormais chahuter. Les repères tendent à disparaître, les absences se répètent, les souvenirs s’entremêlent et l’enfermement devient aussi physique que mental.

Entourés d’acteurs merveilleux, (dont la formidable Bélgica Castro, qui compose un personnage tout en intériorité), Silva et Peirano signent une comédie dramatique pleine de finesse, et tire la triste conclusion que la paix ne s’acquiert qu’au prix d’un certain renoncement. Un beau film qui laisse un goût doux mais bien amer.

Sortie le 25 avril 2012.

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