Bande de filles

410593.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMarieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse…

Traiter du statut des femmes dans les banlieues « sensibles » faisait craindre le pire tant il est aisé de succomber à la succession de clichés ressassés par les médias. Des écueils dont Céline Sciamma n’a que faire, s’appropriant un univers inconnu, faisant sienne cette réalité inacceptable des quartiers où la féminité rime avec brimade et soumission, où la question de l’honneur prime sur la liberté, où la notion de respect a perdu tout son sens et où, on ne sait par quel miracle, jaillit une énergie folle, joyeuse et combative.

« Il y avait avec ces personnages la présence d’enjeux forts et intimes au coeur de mon projet de cinéaste », explique Sciamma. « La construction du féminin avec ses pressions et ses interdits, l’affirmation des désirs, le jeu avec les identités. A travers elles, je voulais poursuivre mon travail autour des questions de jeunesse et du récit initiatique, mais dans un précipité contemporain, ancré dans une réalité française, politique ».

Marieme, Lady, Adiatou, Fily. Une Bande de filles aussi attachantes qu’exaspérantes, qui vivent leur adolescence en improvisant des « battle » de danse, en chantant à tue-tête sur Rihanna, en s’évadant quelques heures de leur tour glauque pour aller faire du shopping à La Défense ou aux Halles. Mais à l’âge où « les filles ne pensent qu’à s’amuser », celles-ci doivent se serrer les coudes pour exister et supporter la violence qui régit leur quotidien, prouver qu’elles savent se battre « comme un homme » pour gagner le respect des « grands frères », veiller les unes sur les autres puisque les parents sont absents, en attendant de voir se réaliser un avenir qu’elles n’ont pas choisi.

Puissant, bouleversant, révoltant, Bande de filles est un film qui vous prend aux tripes et ne vous relâche que bien après le générique de fin. Céline Sciamma livre un portrait plein de tendresse et sans concession de ces jeunes filles solidaires et complices, unies seules contre tous.

N’oublions pas de saluer Karidja Touré, révélation du film, qui, par l’intensité de son regard, parvient à faire passer une kyrielle d’émotions, et dont la puissance de jeu lui permet d’incarner un personnage en perpétuelle évolution. Saisissante, la jeune actrice porte sur ses épaules l’histoire tragique de Marieme, d’abord résignée, puis révoltée face à ce destin irrévocablement tracé qu’elle ne peut souffrir.

Un film poignant dont on ne ressort pas complètement indemne.

Sortie le 22 octobre 2014.

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Jurée au Grand Prix Cinéma Elle 2014 – 1e partie

CAM00224Jovialité, impatience, euphorie, gourmandise, élégance, rencontres, partage, rires, larmes, émotions, découvertes… comment restituer au mieux l’état d’esprit qui a été le mien le week-end dernier?

Vivre de cinéma et d’eau fraîche (l’eau fraîche en question étant composée de petites bulles exquises et d’une appellation AOC) en qualité de jurée du Grand Prix Cinéma Elle fut une expérience inespérée que je tenais à vous raconter.

Le mois dernier, le célèbre magazine féminin lançait un appel à candidature pour participer à la 4e édition de ce Grand Prix. 120 lectrices qui s’improvisent critiques de cinéma ; 7 films sélectionnés par la rédaction ; 2 jours et demi de projections et de délibérations en folie. Je ne pouvais pas passer à côté d’une telle aventure!

Sélectionnée pour participer à ce week-end de cinéphilie intensive (la nouvelle me fit improviser un double salto arrière triple lutz piqué digne de Michelle Kwan, la grâce et la technique en moins), je pointais le bout de mon nez, guillerette et enthousiaste, au nouveau complexe Pathé Beaugrenelle, où se déroulait l’événement.

Après un accueil sympathique et la remise de notre badge sésame, nous nous sommes dirigées vers « notre » salle de cinéma (elle fut « nôtre » pendant près de 3 jours… ça crée des liens, forcément!), munies de notre carnet d’ (ano)notations. C’est alors que la journaliste Florence Ben Sadoun*, « maîtresse de cérémonie » disponible et chaleureuse, nous révéla la programmation alléchante que nous avaient concocté les journalistes du magazine.BFD

Pour ouvrir les festivités, Céline Sciamma et sa Bande de filles (qui avait également ouvert la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes). Je craignais une nouvelle caricature des banlieues, j’ai été bouleversée par ces quatre filles solidaires et bienveillantes, confrontée à la violence et à ce « putain » d’honneur dont elles sont prisonnières.

Après une pause cocktail et une interview express au micro de Françoise Delbecq** (un exercice peu aisé quand on est encore sous le choc de ses émotions), retour en salles pour Une nouvelle amie, de François Ozon, une comédie dramatique adaptée d’une nouvelle de Ruth Rendell, qui reprend les sempiternelles thématiques « ozoniennes » (homosexualité refoulée, milieu petit bourgeois, mise en scène kitsch…). Bref, passons…

Lire la suite.

* Florence Ben Sadoun est rédactrice en chef adjoint du magazine Elle et journaliste cinéma.

** Françoise Delbecq est grand reporter et journaliste cinéma à Elle.

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