Jeune et Jolie

21005923_2013051510325393.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxUn matin ensoleillé du mois de mai. Au lendemain de l’ouverture du Festival de Cannes, de nombreux festivaliers viennent découvrir Jeune et Jolie de François Ozon, en lice pour décrocher la Palme d’or de cette édition 2013.

Isabelle vient de fêter ses 17 ans. C’est l’été, le temps des vacances, de l’insouciance propice au flirt. Un soir, la jeune fille décide de faire le mur pour rejoindre son bel allemand dans l’idée de perdre sa virginité. A son retour, son petit-frère, pré-pubère bien curieux, l’interroge : « ça y est, tu l’as fait? ». Un cap est franchi. La jeune fille est devenue jeune femme, maladroitement et sans plaisir.

De retour à Paris, Isabelle retrouve sa vie aisée et bien sage rythmée par les cours au Lycée Henri IV. Mais l’adolescente cherche autre chose. Elle commence alors une double vie : lycéenne le jour, escort girl le soir.

« En quatre saisons et quatre chansons », Jeune et jolie met en scène une jeune fille qui s’éveille à la sexualité, qui découvre son pouvoir de séduction et qui cherche à dépasser des limites très floues tout juste esquissées par une famille toute permissive, sans vraiment comprendre ce qui la motive.

Les clients, de tous âges, se succèdent à l’hôtel, la paient, repartent ; certains deviennent des clients réguliers, d’autres la contactent pour soulager un besoin urgent. Nulle question de plaisir. A peine un semblant d’excitation de la part d’Isabelle à l’idée de transgresser l’interdit.

« Le premier désir de Jeune et Jolie vient (…) de cette envie de filmer la jeunesse d’aujourd’hui » expliquait Ozon dans une interview. Une jeunesse qui appartient à un microcosme bourgeois ultra-protégé, où les gosses ne connaissent pas le manque matériel mais souffrent pourtant d’un même malêtre, douloureux et indicible.

Si le film a le mérite de déranger le spectateur en soulevant des questions qui restent sans réponse (à chacun de se faire son opinion) et a permis de révéler la troublante Marine Vacth (dont les faux airs de Laëtitia Casta ont mis la Croisette en émoi), Jeune et jolie agace par son intrigue monocorde aux thématiques mainte fois abordées par le réalisateur  (sexualité, bourgeoisie, transgression…) qui peine à se renouveler.

Un portrait froid et stérile d’une jeunesse désabusée.

Interdit aux moins de 12 ans

Sortie le 21 août 2013.

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Paris Cinéma : le Palmarès

6991Lundi soir se clôturait le Festival Paris Cinéma dans une ambiance « festivale » : sous un soleil qui nous a tant manqués, l’humeur ne pouvait être qu’à la fête!

Pendant une dizaine de jours, les spectateurs ont eu l’occasion d’apprécier – en exclusivité – une sélection de neuf longs métrages en compétition, de découvrir les pépites du cinéma belge, de participer aux hommages rendus à Alain Robbe-Grillet, à William Kentridge, au « street art », et tout simplement, de retrouver « la magie de la salle obscure, du grand écran et vivre ainsi une expérience collective unique et inoubliable » selon les bons mots de Charlotte Rampling, présidente du festival.

Cette onzième édition, des plus éclectiques, a récompensé les quatre films suivants :

Prix du public : La bataille de Solférino de Justine Triet (sortie le 18 septembre)

Prix du jury du magazine Grazia : Eka et Natia, chronique d’une jeunesse géorgienne de Nana Ekvtimishvili et Simon Groß (sortie le 27 novembre)

Prix du jury des blogueurs et du Web : Prince Avalanche de David Gordon Green (sortie en janvier 2014)

Prix du jury des étudiants : Kid de Fien Troch (notre coup de coeur, qui n’a pas encore trouvé de distributeur en France)

Autre bonne nouvelle : la fête se prolonge aujourd’hui encore!
Plus d’infos sur le site de Paris Cinéma

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Melancholia

A l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de Claire, la sœur de Justine. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre et menace d’entrer en collision…

Ne vous fiez pas aux apparences : derrière un synopsis des plus anodins se cache un trésor de subtilités sublimé par une mise en scène onirique qui vient contraster le propos cauchemardesque tenu.

Dès les premières scènes, Lars von Trier plonge le spectateur dans une sorte de rêverie terrifiante à l’esthétique mêlant poésie, dramaturgie, art pictural et mélodie wagnérienne, et peint deux portraits de femme que tout semble opposer si ce n’est l’angoisse qui les anime : Justine, la dépressive qui semble apaisée à mesure que Melancholia approche dela Terre ; et Claire, la rigide, que la peur de mourir terrorise.

A leurs côtés évolue une galerie de personnages au goût amer, du père sénile (John Hurt) à la mère acariâtre (Charlotte Rampling), du marié aveugle (Alexander Skarsgard) au beau-frère lâche (Kiefer Sutherland), tous autant tourmentés, effrayés, désemparés, terriblement humains.

Au cours de cette tragédie en deux actes, les protagonistes manifestent une volonté quasi-pathétique d’être heureux, même lorsque sonne la fin du monde. La scène où Claire et son époux tentent de raisonner Justine lors de son mariage (« Qu’avons-nous dit ? Pas de crise aujourd’hui. Tu dois être heureuse ») ou celle où Claire propose à sa sœur de boire un dernier verre de vin sur la terrasse en attendant leur mort imminente révèle tout l’absurde de la situation.

Finalement, le personnage de Justine ne serait-il pas le plus sensé ?

Kirsten Dunst (Prix d’interprétation au dernier festival de Cannes), fascinante, revient sur le devant des écrans dans l’un de ses meilleurs rôles. Dans la peau de Justine, la sœur désenchantée à qui le bonheur semble impossible, l’actrice surprend par son aisance à composer dans les extrêmes, à la fois sombre et lumineuse, proche de la folie mais ô combien lucide et si tristement heureuse.

Pour lui donner la réplique, Charlotte Gainsbourg est parfaite et parvient même à rendre touchante cette sœur aînée ô combien sévère, que l’on découvre tour à tour froide, protectrice et terrifiée.

La tension monte lentement tout au long du film et lui confère une atmosphère des plus oppressantes avant d’exploser dans une scène finale bouleversante.

Toute polémique cannoise mise à part, Lars von Trier signe un film intense, saisissant, simplement sublime. En sortant de la séance, on ne peut s’empêcher de lever le nez  vers le ciel, histoire de scruter les étoiles… et de se rassurer quelque peu. Une chose est sure : jamais la fin du monde n’aura été aussi belle.

Sortie le 10 août 2011.

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