Les Proies

074483.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxEn pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles isolé recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.

Alors que Don Siegel avait déjà adapté en 1971 le roman de Thomas P. Cullinan sur grand écran – avec Clint Eastwood dans le rôle titre -, Sofia Coppola livre à son tour sa propre interprétation des Proies, d’un point de vue exclusivement féminin.

« J’ai toujours aimé observer les dynamiques de groupes, et de groupes de femmes en particulier. J’ai le sentiment qu’entre femmes, les mécanismes qui émergent sont moins flagrants, plus subtils, quand chez les hommes, ils sont plus manifestes. Cette histoire m’a attirée parce que, comme dans Virgin Suicides, elle parle de filles coupées du monde. Mais aussi parce que je n’ai jamais fait de film sur des femmes d’âges variés, à des stades différents de leur vie, et sur la façon dont elles interagissent. Dans cette histoire, chacune a un rapport différent avec l’homme présent », révèle la cinéaste.

De cette relecture exclusive résulte un huis clos oppressant dont l’équilibre est soudainement menacé par l’irruption d’un élément extérieur masculin. A la distribution, un parterre de stars : Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning se disputent ainsi les faveurs d’un Colin Farrell au charme troublant dans ce drame minimaliste inquiétant qui prend peu à peu des allures de thriller.

Toutefois, ce casting quatre étoiles a beau être des plus séduisants, il peine à convaincre : manque de connivence, sensualité glaciale, coquetterie trop appuyée… le torride a cédé sa place au joli, l’attirance à la minauderie.

Il n’en reste pas moins une mise en scène onirique et lumineuse, comme sait si bien les imaginer Sofia Coppola, sublimée par la photographie diaphane de Philippe Le Sourd. Un des arguments majeurs de cette version des Proies, qui a valu à Sofia Coppola de remporter le Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.

Sortie en salles le 23 août 2017.

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Mademoiselle Julie

319522.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1890, Irlande. Tandis que tout le monde célèbre la nuit des feux de la Saint Jean, Mademoiselle Julie et John, le valet de son père, se charment, se jaugent et se manipulent sous les yeux de Kathleen, la cuisinière du baron, jeune fiancée de John. Ce dernier convoite depuis de nombreuses années la comtesse voyant en elle un moyen de monter dans l’échelle sociale.

Une histoire d’amour impossible confrontée à la lutte des classes ; le conflit entre un homme et une femme pour le pouvoir et la domination morale ; une oeuvre sur la nécessité d’être entendu ; une affaire de sentiments… Mademoiselle Julie, tragédie écrite par August Strindberg en 1888, aborde des sujets qui continuent d’inspirer metteurs en scène et cinéastes.

Liv Ullmann, muse et épouse d’Ingmar Bergman, reconnaît quant à elle avoir trouvé dans cette pièce de théâtre des « motifs qui [lui] importaient personnellement : être vue ou demeurer invisible, donner une image de soi qui ne correspond pas à ce que l’on est vraiment, être pour soi-même et non pour ce que les autres voient en vous, les rapports des sexes, les crises qui en découlent… ».

L’actrice, désormais cinéaste, livre une version austère et froide de ce huis clos tragique conjugué à trois, qui repose en majeure partie sur l’interprétation enlevée des acteurs. Jessica Chastain campe une héroïne fragile et hystérique, et se révèle formidable dans ses excès de caractère. Face à elle, Colin Farrell, tour à tour détestable et touchant dans le rôle de l’amoureux-bourreau qui refuse sa condition de simple valet mais semble pourtant résigné. Quant à Samantha Morthon, la docile et honnête cuisinière mue par une morale infaillible, elle tire son épingle du jeu grâce à une interprétation tout en finesse qui gagne en intensité à mesure que le film avance.

Mais en dépit de la distribution inspirée, de la qualité des dialogues, à la fois rugueux et passionnés, et de la photographie délicate, lumineuse et soignée, la mise en scène reste conventionnelle et l’aspect « théâtre filmé » s’avère à la longue assez rébarbatif.

Un film qui demeure hélas difficile et confidentiel.

Sortie le 10 septembre 2014.

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