L’autre côté de l’espoir

369467.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxHelsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile.

Lorsque Aki Kaurismäki (L’Homme sans passé) prend sa caméra, ce n’est jamais par hasard. Après avoir traité une première fois le thème de l’immigration dans son dernier film, Le Havre, le cinéaste finlandais braque à nouveau les projecteurs sur les laissés-pour-compte et interroge avec un humour corrosif teinté de désespoir sur la question des réfugiés.

« Avec ce film, je tente de mon mieux de briser le point de vue européen sur les réfugiés considérés tantôt comme des victimes objets de notre apitoiement, tantôt comme des réfugiés économiques qui avec insolence veulent prendre notre travail, nos femmes, nos logements et nos voitures », confie le réalisateur.

Récompensé de l’ours d’argent à la dernière Berlinale, L’autre côté de l’espoir est un conte des temps modernes, qui dénonce avec véhémence sans jamais être moralisateur, qui prône un discours humaniste sans verser dans le sentencieux, et qui pratique l’empathie à travers un comique subversif.

Une économie de moyens d’une efficacité redoutable, une noirceur esthétique sublimée par une lumière délicate, une mise en scène onirique teintée de mélancolie, une musicalité singulière, et des personnages profondément attachants, sans que l’on sache vraiment pourquoi… L’autre côté de l’espoir est un film d’une poésie infinie qui agit tel un miroir grossissant sur le monde qui nous entoure. Implacable et nécessaire.

Sortie le 15 mars 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Citoyen d’honneur

156782.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxL’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

Comédie satirique à quatre mains signée Mariano Cohn et Gaston Duprat, Citoyens d’honneur met en scène le retour au pays d’un illustre écrivain, blasé et parvenu, qui va être confronté à des retrouvailles pour le moins ubuesques.

« Nous savions qu’une trame comme celle-ci nous permettrait d’aborder différents sujets liés à la société argentine, mais aussi de mettre en lumière ces mécanismes si particuliers qui sont à l’oeuvre dans une petite ville confrontée à la célébrité de l’un des siens », explique Gastón Duprat. « Cette ville est forcément moins cosmopolite et plus fermée. C’est l’endroit parfait pour raconter le retour du prodige local et des tensions que cela provoque. Ce décalage entre les habitants et l’artiste, auquel s’ajoute le comportement parfois déplacé de celui-ci, contribue à la vague de mécontentement qui balaie la ville. « 

Incisif et désopilant, Citoyen d’honneur passe au scalpel les mœurs condamnables de chacun, de l’écrivain égocentrique dont le passé va prendre des airs vengeurs au maire hypocrite pétri de jalousie en passant par la jeune groupie éhontée.
L’écriture acérée – qui n’est pas sans rappeler celle des Nouveaux Sauvages, autre comédie satirique argentine particulièrement jubilatoire -, le rythme savamment dosé, l’interprétation inspirée d’Oscar Martinez (Prix d’interprétation masculine à la dernière Mostra de Venise) et le mise en scène soignée – citons les gros plans poétiques de Daniel et de son chauffeur tombés en rade, tournées à la belle étoiles autour du feu – sont autant d’éléments qui ont de quoi réjouir les esprits plus chagrins. Truculent et corrosif à souhait!

En salles le 8 mars 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Paula

440934.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx1900, Nord de l’Allemagne. Paula Becker a 24 ans et veut la liberté, la gloire, le droit de jouir de son corps, et peindre avant tout. Malgré l’amour et l’admiration de son mari, le peintre Otto Modersohn, le manque de reconnaissance la pousse à tout quitter pour Paris, la ville des artistes. Elle entreprend dès lors une aventure qui va bouleverser son destin. Paula Modersohn-Becker devient la première femme peintre à imposer son propre langage pictural.

Christian Schwochow (De l’autre côté du mur, La Fille invisible) aime filmer le destin de femmes libres, spontanées, opiniâtres. A travers Paula, le cinéaste met en lumière une artiste trop méconnue, esquissant un portrait haut en couleurs d’une visionnaire précurseur de l’art moderne.

Motivée par son désir absolu d’émancipation autant que par sa passion pour la peinture – dont elle a fait son mode de vie -, Paula Modersohn-Becker exerce sa patte sans relâche, travaille la lumière de façon non-conventionnelle, s’approprie formes et matières, observe le monde qui l’entoure et se libère du naturalisme ambiant.

La caméra se fait tantôt discrète tantôt virevoltante, capte les regards, précis et absorbés, zoome sur les mains agiles, les coups de pinceaux âpres, les traits heurtés des tableaux, l’épaisseur de la matière, la palette terreuse.

Mais au-delà de l’aspect créatif, le film s’intéresse essentiellement à la personnalité singulière de Paula : son urgence de vie, son insatiable « faim d’art », son  désir de fuir les conventions, -jusque dans son mariage atypique avec Modersohn -, sa curiosité que seules ses envolées parisiennes semblent assouvir, son amitié fidèle au poète Rilke, ses aventures amoureuses, sa poigne, son intelligence, son égoïsme aussi.

« Paula, c’est à la fois la lumière et les ténèbres. Elle nourrissait le désir d’une vie brève, heureuse et intense : elle répétait que la vie devait être une célébration. » explique le réalisateur.

Bien que classique sur le fond, voici un biopic d’une belle sensibilité artistique, de la photographie sublime au cadre tenu, qui doit beaucoup à la prestation fascinante de la merveilleuse Carla Juri.

Sortie le 1er mars 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS