Patients

385646.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxSe laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

Porter à l’écran son histoire personnelle en préservant la pudeur, faire des grands accidentés les héros attachants d’un film saisissant, et plonger le spectateur dans un huis clos aux allures aseptisées tout en provoquant une folle sensation de liberté et une joyeuse énergie communicative… tel est le pari – ô combien risqué – que Grand Corps Malade relève aisément pour son premier long métrage.

Co-réalisé avec Mehdi Idir, complice de longue date du slameur tant aimé, Patients teinte son drame de rire, mêle la bonne humeur à la tendresse et inspire courage et espoir.

Voici donc l’histoire de Ben – formidable Pablo Pauly -, basketteur devenu tétraplégique, qui met tout son entrain et sa détermination à se tenir à nouveau debout. A ses côtés, Farid – Soufiane Guerrab -, facétieux compère et apprenti guitariste ; Toussaint – Moussa Mansaly -, gouailleur perspicace qui craint l’eau froide ; Steeve – Franck Falise -, hâbleur taciturne, et la belle Samia – Nailia Harzoune -, aussi volontaire que lumineuse.

Un casting impeccable, une écriture fluide et soignée, un récit ponctué de respiration, des personnages hautement sympathiques, qui révèlent leur fragilité au détour d’une vanne bien sentie, des dialogues enlevés, un sens exquis de la répartie, une mise en scène poétique, et la musique douce et puissante d’Angelo Fossey. Autant d’arguments en faveur de Patients, un film solaire et réjouissant qui donne une furieuse envie de croquer la vie à pleine dents. A voir de toute urgence !

Sortie le 1er mars 2017.

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Les Derniers parisiens

424058.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxTout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin…

Premier long métrage de Hamé Bourokba et Ekoué Labitey – membres du groupe de rap La Rumeur -, Les Derniers parisiens esquisse le portrait d’un quartier en pleine mutation, où la vie nocturne, imprévisible et colorée, s’aseptise peu à peu, où les petits commerces se font bouffer par la grosse distribution, où les artistes sans le sou ont disparu au profit de businessmen peu fréquentables et où le fol enthousiasme a cédé la place à une certaine mélancolie.

« Quand on a vu qu’un Starbucks remplaçait un célèbre sex-shop, on s’est dit qu’il y avait un basculement irréversible, décrit Ekoué. La vie est devenue tellement chère que, si quelques boutiques pour les touristes subsistent, beaucoup de gens qui faisaient de Pigalle un lieu pluriel, métissé et commerçant ont dû partir. Les Derniers parisiens est [notre façon de] dire quelque chose sur Paris, sur notre époque, le petit peuple et les gens de peu. »

Une intention louable, une idée originale, quelques trouvailles bien senties (des plans rapprochés, filmés « à hauteur d’hommes » pour mieux immerger le spectateur au coeur des déambulations du personnage principal) et au casting, l’impeccable Reda Kateb… le film avait de quoi réjouir. Malheureusement, le manque de maîtrise technique, le scénario confus qui mêle plusieurs histoires à la fois sans jamais en traiter une seule, les caractères trop superficiels des personnages – qui auraient pourtant mérité d’être creusés-, l’atmosphère couleur pastel là où les teintes franches voire criardes auraient été de meilleur effet, le langage souvent incompréhensible des personnages font que l’on survole le film sans jamais y entrer vraiment.

C’est bien dommage.

Sortie le 22 février 2017.

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Jackie

086055.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Après l’excellent Neruda, le cinéaste chilien Pablo Larraín s’intéresse à une autre figure historique, icône féminine adulée, entourée d’un halo de mystère.

Avec Jackie, Larraín livre un portrait audacieux et sans concession de celle qui fut considérée comme un symbole d’élégance et de dignité, et qui marqua l’histoire des États-Unis par sa finesse d’esprit et son sens de la mise en scène.

Une fois encore, le cinéaste évite les poncifs fastidieux et insipides des traditionnels biopics. Jackie est construit autour d’un action resserrée sur quelques jours – l’interview que la Première Dame a demandé à Life Magazine peu de temps après l’assassinat du Président constitue le point de départ de l’intrigue -, un montage intelligent conçu comme un labyrinthe subtil éclairé par des flashbacks ingénieux, des ellipses qui en disent long, une esthétique glacée qui fait sens… Et surtout, les gros plans implacables sur le visage de « Madame Kennedy », comme pour mieux révéler les failles qui se cachent derrière les multiples masques que celle-ci a appris à manier « en épousant le clan ».

De l’orchestration magistrale des funérailles de JFK à l’embellissement de la maison Blanche à l’arrivée des Kennedy en 1961, de la visite virtuelle des appartements rénovés filmée lors se l’émission télévisée de CBS aux vraies-fausses confidences teintées de mélancolie d’une femme désabusée mais pétrie d’orgueil, la caméra va et vient au gré des souvenirs de la First Lady.

Qu’importe la chronologie, qu’importe la « vérité »… Larraín voit en Jackie une héroïne pleine d’aspérité, incarnée par une Natalie Portman inspirée, qui n’hésite pas à écorcher l’image a priori lisse d’une femme politique qui avait déjà compris le pouvoir des faux-semblants et des médias.

Tout bonnement fascinant.

Sortie le 1er février 2017.

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