In the Fade

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

Certains films s’annoncent d’emblée délicats, tant par le sujet traité que par la façon de le mettre en scène qui exige alors pudeur et retenue. Fatih Akin (Soul Kitchen, De l’autre côté) ne s’y est pas trompé en abordant le drame In the Fade sous l’angle du thriller.

Quelques scènes suffisent au cinéaste allemand pour nous plonger dans la douleur insoutenable, celle de l’arrachement cruel, injuste, inacceptable. Le bonheur familial brossé en début de film est réduit en cendres, laissant la place à la souffrance intolérable.

L’intelligence d’Akin est la subtilité avec laquelle il parvient à rendre l’intime universel, investissant le spectateur dans une histoire de vengeance précaire et pourtant haletante grâce à une mise en scène tirée au cordeau.

Mais sa plus grande inspiration est d’avoir confié à Diane Kruger le rôle de cette femme meurtrie et bouleversante. Récompensée du prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, l’actrice, sublime en héroïne tragique, porte magistralement le film sur ses épaules et prouve une fois encore toute l’étendue de sont talent.

In the Fade est un film poignant et éprouvant, dont on ne ressort pas complètement indemne.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Sortie le 17 janvier 2018.
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Tout nous sépare

Une maison bourgeoise au milieu de nulle part. Une cité à Sète. Une mère et sa fille. Deux amis d’enfance. Une disparition. Un chantage. La confrontation de deux mondes.

Thierry Kliffa s’offre un casting quatre étoiles pour mettre en scène un thriller sombre aux allures de drame social. Catherine Deneuve y campe une mère courage qui se bat pour sauver sa fille ; Diane Kruger est une jeune femme qu’un accident de la route a laissé meurtrie, et qui s’entiche d’une petite frappe (Nicolas Duvauchelle) en prise avec les gros caïds du coin. C’est pourtant le rappeur Nekfeu, qui fait ici ses premiers pas en tant qu’acteur, qui parvient à tirer son épingle du jeu et surprend par son interprétation tout en retenue d’un voyou au cœur tendre.

« J’avais envie de rendre compte du monde dans lequel on vit aujourd’hui : fracturé, explosif. En forçant mon héroïne à pénétrer le milieu des malfrats pour protéger sa fille, je voyais l’occasion de confronter deux mondes à la fois proches et complètement étanches » explique le cinéaste, qui signe avec Tout nous sépare un film noir à l’atmosphère moite et suffocante.

Hélas, le résultat est loin d’être saisissant, faute d’un scénario digne de ce nom. Les situations frôlent bien souvent le grotesque (la scène où Deneuve qui sort son fusil pour chasser les malfrats en pleine nuit est tout bonnement risible), les acteurs semblent peu inspirés par leurs personnages bancales, l’histoire s’avère sans grand intérêt et le tout manque cruellement de crédibilité et d’inspiration. Dommage.

Sortie le 8 novembre 2017.

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Les garçons et Guillaume, à table ! ++

20529833_20131017171932686.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse ma chérie » ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

Trouver les mots justes pour vous parler des Garçons et Guillaume, à table! s’avère un exercice vain tant la pépite que nous livre généreusement Guillaume Gallienne rayonne telle une évidence en chacun de nous.

Après avoir brûlé les planches avec sa pièce de théâtre éponyme, l’acteur aux multiples talents s’essaye brillamment à la réalisation pour porter sa propre histoire sur grand écran.

Prétexte à un « coming out inversé » (dixit l’auteur), Les Garçons et Guillaume… raconte les souvenirs intimes d’un homme qui s’est construit « en miroir », avec une certaine complaisance, selon le reflet que sa mère lui renvoyait.

« Pour rester unique aux yeux de cette Maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. C’était ma manière à moi de les aimer, de m’oublier, de me laisser fasciner. »

Incarner ce que « les autres » attendent de vous. Séduire au risque de se perdre. Prendre conscience du leurre sur lequel on peut parfois se construire. S’affirmer peu à peu, quitte à remettre en question tout son univers, y compris les liens privilégiés avec celle qui nous a façonnée. Au-delà de la petite histoire, les sujets abordés avec humour et subtilité par le comédien semblent universels.

Des sujets plein de finesse mis en scène à travers un univers délicieusement fantasque, où l’on joue à Sissi l’impératrice affublé de sa couette en guise de robe d’époque, où l’on apprend l’art de la « sevillana », cette danse de la séduction qui consiste à aguicher pour mieux se défiler, où l’on peaufine diaboliquement sa stratégie pour échapper au service militaire et où l’on grandit entouré d’une famille gentiment gratinée – le père dépassé, la grand-mère attachante qui yoyote un peu et bien sûr, cette mère « supérieure » au caractère bien trempé.

Pour son premier film, Guillaume Gallienne signe une bien belle déclaration d’amour, à sa mère certes mais aussi aux femmes, lui qui a su en saisir l’essence. Une comédie pleine de tendresse et de sincérité, qui donne envie de sonner le rappel au moment où le générique de fin retentit.

Sortie mercredi 20 novembre 2013.

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