Un Vent de liberté

Niloofar, 35 ans vit seule avec sa mère. Pour protéger celle-ci de la pollution de l’air de Téhéran, la famille décide unilatéralement que Niloofar devra déménager et vivre avec sa mère à la campagne… Alors qu’elle s’est toujours pliée aux exigences des autres, cette fois elle leur tiendra tête.

Présenté à Cannes en 2016 dans la section Un certain regard, Un Vent de liberté évoque la sacro-sainte famille, les rôles que chacun de ses membres doivent tenir plus ou moins volontairement, les frictions et les rancœurs, mais aussi l’amour et l’envie de suivre son propre chemin.

De sa caméra délicate et saisissante, Benhnam Behzadi brosse le portrait d’une femme généreuse, aimante et combative, décidée à s’affranchir des diktats imposés.

« Téhéran est une des villes la plus polluées au monde. […] Dans la ville, on remarque la pollution tant que le phénomène dure et on oublie quelques jours après. En fait, on n’oublie pas, on finit juste par s’habituer ; parce qu’on travaille dans cette ville où l’on aime bien vivre, et qu’on n’a pas le choix. Et on s’habitue à ne pas avoir le choix. Dans mon histoire, Niloofar est quelqu’un qui n’a jamais eu le droit ou l’opportunité de choisir, et qui s’y est habitué. Maintenant elle a besoin d’une « inversion » pour rappeler aux autres et à elle-même le respect de ses propres choix ».

La concision de l’écriture, la sobriété de la mise en scène et surtout, le charme de Sahar Dolatshahi qui propose une interprétation forte et émouvante, font d’Un Vent de liberté un film touchant et délicat.

Sortie le 19 juillet 2017.

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Grand Froid

Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, le bras droit de Georges, encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de conduire le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.

« Il y a deux personnes absolument indispensables, en ce bas monde, disait-il. La sage-femme et le fossoyeur. L’une accueille, l’autre raccompagne. Entre les deux, les gens se débrouillent ». Le ton est donné d’emblée : humour noir et fantaisie grinçante sont au rendez-vous de cette tragi-comédie où l’absurde se fait tantôt cruel tantôt touchant.

Grand Froid, premier long métrage de Gérard Pautonnier, est l’adaptation du roman Edmond Ganglion & Fils de Joël Egloff (qui co-signe également le scénario). Une ambiance glaciale dans un coin perdu, où le temps suspendu n’est perturbé que par la traversée quotidienne de poids lourds de passage. Même la grande faucheuse semble avoir déserté, au grand damne de Zweck (Olivier Gourmet), parton peu scrupuleux qui mène la vie dure à ses employés, comme pour mieux oublier sa propre solitude. A ses côtés, Georges (Jean-Pierre Bacri), personnage taciturne qui s’est offert avec son épouse une sépulture grand luxe et qui peine à trouver un épitaphe inspiré. Et puis il y a le jeune Eddy, tendre rêveur, qui passe ses journées à lustrer le corbillard en « attendant les clients ».

A ce trio pittoresque s’ajoutent un prêtre aux allures d’inquisiteur qui semble avoir perdu la foi (génial Sam Karmann), une vieille dame esseulée qui trouve un peu de réconfort à la boutique de pompes funèbres, un patron de restaurant chinois étonné de trouver un homard dans son aquarium, un pilier de comptoir amoureux d’une chimère, une veuve bien pressée d’enterrer son mari, un mort qui se fait la malle… Des personnages singuliers et attachants, à la fois paumés et lucides, qui évoluent dans un univers rocambolesque, une écriture fluide – malgré un rythme qui s’essouffle hélas bien vite – , des acteurs impeccables… Autant d’éléments qui jouent en faveur de ce road movie loufoque et poétique.

Sortie le 28 juin 2017.

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L’autre côté de l’espoir

369467.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxHelsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile.

Lorsque Aki Kaurismäki (L’Homme sans passé) prend sa caméra, ce n’est jamais par hasard. Après avoir traité une première fois le thème de l’immigration dans son dernier film, Le Havre, le cinéaste finlandais braque à nouveau les projecteurs sur les laissés-pour-compte et interroge avec un humour corrosif teinté de désespoir sur la question des réfugiés.

« Avec ce film, je tente de mon mieux de briser le point de vue européen sur les réfugiés considérés tantôt comme des victimes objets de notre apitoiement, tantôt comme des réfugiés économiques qui avec insolence veulent prendre notre travail, nos femmes, nos logements et nos voitures », confie le réalisateur.

Récompensé de l’ours d’argent à la dernière Berlinale, L’autre côté de l’espoir est un conte des temps modernes, qui dénonce avec véhémence sans jamais être moralisateur, qui prône un discours humaniste sans verser dans le sentencieux, et qui pratique l’empathie à travers un comique subversif.

Une économie de moyens d’une efficacité redoutable, une noirceur esthétique sublimée par une lumière délicate, une mise en scène onirique teintée de mélancolie, une musicalité singulière, et des personnages profondément attachants, sans que l’on sache vraiment pourquoi… L’autre côté de l’espoir est un film d’une poésie infinie qui agit tel un miroir grossissant sur le monde qui nous entoure. Implacable et nécessaire.

Sortie le 15 mars 2017.

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