On the Milky road

Sous le feu des balles, Kosta, un laitier, traverse la ligne de front chaque jour au péril de sa vie pour livrer ses précieux vivres aux soldats. Bientôt, cette routine est bouleversée par l’arrivée de Nevesta, une belle réfugiée italienne. Entre eux débute une histoire d’amour passionnée et interdite qui les entraînera dans une série d’aventures rocambolesques.

Un univers faussement foutraque qui semble fait de bric et de broc, une pendule folle qui inverse les aiguilles du temps, une poule sauteuse qui ne pond qu’en l’air, un fidèle faucon qui s’improvise animal de compagnie, un serpent qui se repaît de lampées de lait, des nuées d’instants magiques où de petits miracles se produisent… et au milieu de toute cette poésie délicate et farfelue rythmée par une ritournelle entêtante, des personnages fantasques et attachants.

Nouvelle pépite signée Emir Kusturica, On the milky road est une bouleversante histoire d’amour sur fond de guerre des Balkans. Le rôle du guerrier-fermier-solitaire-amoureux sied d’ailleurs comme un gant au réalisateur qui s’improvise acteur. A ses côtés, Monica Bellucci interprète une femme en cavale, douce et sensuelle, sublimement filmée.

Ajoutez à ce couple inattendu une distribution inspirée, une photographie lumineuse, une créativité sans limite, une maîtrise du cadre à la fois rigoureuse et désinvolte, une évolution de ton habilement menée qui vous fait passer du rire aux larmes en un battement de cils, et vous obtenez un film plein d’émotions, que l’on aime jusque dans ses imperfections.

Sortie le 12 juillet 2017.

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Au bonheur des ogres

21032768_20130828161559985.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDans la tribu Malaussène, il y a quelque chose de curieux, de louche, d’anormal même diraient certains. Mais à y regarder de près, c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent partout où il passe, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il devient rapidement vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point-là ? Benjamin Malaussène va devoir mener sa propre enquête aux côtés d’une journaliste intrépide surnommée Tante Julia pour trouver des réponses.

Adapter sur grand écran l’un des plus célèbres romans de Daniel Pennac qui a accompagné l’imaginaire de tant de lecteurs devenus accros à la saga des Malaussène semblait impossible. L’univers de Pennac déborde d’inventivité et grouille de menus détails que chacun s’approprie pour se faire sa propre représentation de l’histoire contée. Voilà pourquoi proposer une lecture personnelle d’Au bonheur des ogres était un exercice plutôt casse-gueule. C’était sans compter le regard enthousiaste d’un grand gamin nommé Nicolas Bary.

Le cinéaste avait déjà révélé un goût certain pour la fantaisie teintée de noirceur dans Les Enfants de Timpelbach, une fable fantastique ô combien inquiétante. Un mélange des genres que Bary utilise à nouveau dans Au bonheur des ogres, où l’enquête policière se mêle à la comédie, où l’action côtoie l’aventure, où la modernité flirte allègrement avec la nostalgie.

La tonalité à la fois décalée et sombre du roman qui met en scène la disparition d’enfants et des meurtres en série dans un quotidien coloré et farfelu est brillamment restituée, tout comme le sont les personnages hauts en couleur et particulièrement attachants : Benjamin (Raphaël Personnaz, parfait dans un rôle à contre-emploi), l’aîné protecteur aux accents fleur bleue, secondé par la douce Louna (Mélanie Bernier, un peu trop en retrait), veille comme il peut sur Thérèse, charmant génie à l’allure gothique, Jérémy, le casse-cou expert ès bombe artisanale, et le petit, adorable minot qui aime tant répéter les jurons de son grand frère. Autour de cette famille à nulle autre pareille gravitent l’espiègle et mystérieuse Tante Julia (pétillante Bérénice Béjo), Stogil le taciturne bienveillant (Emir Kusturica fidèle à lui-même), et l’obscure Sinclair, détenteur de terribles secrets (formidable Guillaume de Tonquédec).

S’il arrive que le film parte dans tous les sens au risque de s’essouffler bien des fois, le plaisir communicatif avec lequel Nicolas Bary nous embarque dans ce bienheureux foutoir à la fois drôle et inquiétant nous donne envie de nous replonger dans les romans de notre enfance. Et ça, c’est plutôt bon signe!

Sortie le 16 octobre 2013.

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