Festival Biarritz Amérique latine : Entretien avec Lucile de Calan

lucile-decalan1Sous le charme du Festival Biarritz Amérique latine, à la fois lieu de découvertes, de rencontres, de rêves et de réflexions, Des Films et des Mots a souhaité donner un coup de projecteur sur cette manifestation majeure.

Nous avions rencontré l’an passé Lucile de Calan, chargée de la programmation, à l’issue de la 23e édition qui mettait à l’honneur le Mexique…

Des Films et des Mots : Quel bilan tirez-vous de cette 23e édition du festival Biarritz Amérique latine?
Lucile de Calan : Il me semble que le palmarès est à l’image de la sélection. Le jury, présidé par Atiq Rahimi (à qui nous devons le magnifique Syngué Sabour), a récompensé des films intimistes tel Las Busquedas du mexicain José Luis Valle, habitué du festival, mais aussi des comédies noires, qu’il s’agisse de l’acerbe Relatos Salvajes (Les Nouveaux sauvages) de l’argentin Damián Szifrón qui a reçu le prix du public, ou de l’insolite Mr Kaplan, de l’uruguayen Alvaro Brechner. Le jury a aussi mis en avant des voix singulières comme celle de Juan Martin Hsu qui, avec La Salada, interroge sur les racines à travers l’histoire de quatre exilés nostalgiques de leur pays.

DFDM : Comment sélectionnez-vous les films retenus en compétition?
LdC : Concernant la catégorie long métrage, le travail commence dès le mois de décembre. Le comité de sélection, formé par Raphaële Monnoyer, Nicolas Azalbert, Alex Masson et moi-même, visionne plus de 500 films latino-américains pour n’en retenir que dix. La sélection doit être arrêtée en août, soit deux mois avant le début du festival. Il y a quelques impératifs qui entrent en compte, tel le sous-titrage des films. Mais ce que l’on recherche surtout, c’est de défendre des genres différents, des films singuliers, un regard original qui peut se traduire par le ton, les propos, la mise en scène du film. Par exemple, Les Nouveaux sauvages nous a séduit par sa construction : il est rare de voir un film à sketchs réalisé par un seul et même cinéaste !

DFDM : Vous êtes en charge de la programmation du festival depuis plusieurs années. Parlez-nous de votre travail.
LdC : Mes missions sont multiples et se font en plusieurs temps. Tisser la programmation du festival se fait progressivement, d’abord en collaboration avec le pays qui fait l’objet de notre focus (ce focus existe depuis 4 ans seulement). Nous retenons ensemble les films qui feront l’objet d’une rétrospective. Mais je dois aussi composer une programmation autour des films, à travers des expositions, des spectacles, des concerts, des cours de danse… en cohérence avec le focus. L’an dernier, le Mexique était à l’honneur. Nous avions alors organisé un hommage à Maria Felix, dont nous célébrions le centenaire de sa naissance, à travers une exposition inédite. Un hommage à Octavio Paz était également programmé, tout comme un spectacle de marachi et un concert du groupe Tlalli, un quintette mexicain.
Je suis toujours à la recherche d’artistes qui auraient leur place sur la scène du festival, ce qui donne lieu à de belles rencontres. De ces rencontres naissent bien souvent des projets, des envies, de nouvelles idées différentes. Et c’est ce qui donne chaque année une nouvelle couleur au festival.

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By Sidney Lumet – Cannes Classics

thumb.phpDouze hommes en colère, Serpico, Le Crime de l’Orient-Express, Un après-midi de chien… des oeuvres exigeantes qui ont marqué l’histoire du cinéma, signées Sidney Lumet. Scénariste minutieux, cinéaste prolixe, Lumet aimait l’énergie des plateaux de tournage, passait allègrement d’un genre à un autre et privilégiait le fond (l’histoire) à la forme (le style).

Si la critique a pu dénigrer – souvent à tord –  l’auteur de L’homme à la peau de serpent, (dont le début de carrière en tant que réalisateur pour le petit écran était parfois mal perçu), Lumet a rencontré bien des succès publics. Ses films continuent de séduire et de fasciner, au point qu’une chaîne de télévision américaine a décidé de rendre hommage à ce cinéaste aussi discret que talentueux.

Commandée par American Masters, By Sidney Lumet se présente comme une longue conversation (la série d’entretiens a été réalisée en 2008 par Daniel Anker), retraçant le parcours de Lumet. Ce documentaire passionnant a pourtant failli ne jamais voir le jour. C’est après le décès prématuré d’Anker, l’an passé, que le projet – tombé un temps aux oubliettes par manque de budget- est ressorti des tiroirs. La productrice et réalisatrice Nancy Buirski a alors été contactée pour mener à son terme ce projet émouvant.

Passionnée par le cinéma de Lumet, celle-ci nous a confié s’être replongée dans sa filmographie avant de visionner les 18h de rush emmagasinés. « Au cours de ces entretiens, Lumet s’est livré avec une sincérité désarmante. Il parlait si librement de sa vie, de son travail, que j’ai décidé de le laisser me guider dans le choix du montage. »

Sa famille aimante, son souci du travail bien fait – un héritage paternel -, ses origines yiddish, ses premiers pas au théâtre, son expérience à la télévision, qui lui permit d’acquérir une rapidité de tournage, son amour pour New York, personnage récurrent de ses films, son adhésion à la gauche, son admiration pour les acteur en général et pour Heny Fonda en particulier, ses intrigues construites autour des liens familiaux, des considérations éthiques… Autant de sujets abordés avec candeur, humour et sagesse par Lumet, dévoilant ainsi ce qui compte le plus à ses yeux en tant qu’artiste et en tant qu’homme.

« Chercher à définir un film revient à le limiter » révèle-t-il, en insistant sur le fait qu’il faut toujours donner sa chance à l’histoire. Telle est l’une des clés qui permet de mieux comprendre l’homme derrière le cinéaste. A moins que ce ne soit l’inverse.

Soigné, intime et tenu, By Sidney Lumet est un documentaire précieux que tout cinéphile découvrira avec plaisir et intérêt, à l’image de Nancy Buirski, qui déclare : « Travailler sur ce film a été une rencontre incroyable et m’a confortée dans l’idée que j’avais du cinéma en tant que réalisatrice : toujours écouter son intuition et faire en sorte de se laisser porter par ses émotions ».

 Date de sortie encore inconnue.

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Entretien avec Alexis Durant-Brault (La Petite Reine)

la petite reineLe mois dernier se déroulait au Forum des images la 18e édition du Cinéma du Québec à Paris. L’occasion de découvrir en exclusivité les dernières pépites imaginées par des réalisateurs confirmés ou en devenir, venus présenter leur film aux cinéphiles réunis.
Parmi les films proposés, La Petite Reine, d’Alexis Durand-Brault, a marqué les esprits.
L’histoire est celle de Julie, une vedette du cyclisme, à deux doigts de réaliser son rêve : remporter la Coupe du monde. C’est l’aboutissement d’années d’effort. Julie aime les projecteurs. Son entourage aussi. Encouragée par son entraîneur et son médecin, elle se dope depuis l’âge de 14 ans. Quand son docteur la dénonce, elle réussit à étouffer l’affaire, mais mesure l’ampleur du gâchis. Abus, mensonge, trahison… Prise dans un engrenage qui la dépasse, va-t-elle réussir à trouver une porte de sortie ?
Un portrait sans concession du milieu sportif qui nous saisit avec une frénésie inattendue et qui méritait une rencontre avec le réalisateur.

Des Films et des Mots : Comment vous est venue l’envie de tourner ce film? Connaissiez-vous le milieu du cyclisme (ou de façon plus générale, le milieu sportif professionnel)?
Alexis Durand-Brault :
L’idée du film m’est venue après avoir vu une entrevue télévisée de Geneviève Jeanson, la cycliste qui a inspiré le scénario du film. Geneviève était à l’époque une championne mondiale du cyclisme junior. Suite à des suspicions des professionnels qui l’entouraient, elle a finalement avouée s’être dopée pendant plusieurs années. Le milieu du cyclisme ne m’était pas vraiment familier comme d’ailleurs beaucoup de québécois, plutôt rompus au hockey! Le public d’ici était charmé par cette jeune femme qui excellait dans un sport international. Mais la déception a été violente pour ceux voyaient en elle un icône québécois de réussite. Ce qui m’a frappé, c’est la pression que subit l’athlète de la part de son entourage et certains choix moins judicieux que l’on peut faire à un jeune âge, influencé par le succès et les pressions de l’extérieur.
A partir de ça, l’équipe de création s’est focalisée sur un thème à développer : « le prix à payer pour réussir ». Nous nous sommes concentrés sur les moments émotifs et cinématographiques des souvenirs de Geneviève pour les réinterpréter dans une fiction.

DFDM   Y a-t-il eu une scène plus compliquée à tourner (les scènes de course par exemple) ?
ADB
: Il y en a eu plusieurs! Mais la pire est assurément la course finale que nous avons filmée pendant la Flèche Wallonne en Belgique grâce au concours de l’ASO (Amaury Sport Organization), une société française qui organise des courses prestigieuses dont Le Tour de France. Nous filmions dans le cadre de la vraie course, et avions repéré les principaux segments du trajet (le mur d’Huy entre autres) un an avant la course pour établir le plan de tournage et le positionnement des caméras. Nous avons préparé et répété avec les comédiennes plusieurs semaines à l’avance. Le jour de la course, vingt caméras étaient postées – dont une héliportée. Nous sommes restés sur le mur deux jours supplémentaires pour tourner la « dramatique » dans le mur d’Huy et une autre journée pour tourner dans la campagne sur le trajet de la course.

DFDM : Comment s’est faite la rencontre avec Laurence Leboeuf ? Sa prestation est fascinante : a-t-elle été elle-même sportive de haut niveau?
ADB
: Je connaissais bien Laurence depuis mon premier film, Ma fille, mon ange, dans lequel elle jouait déjà. Elle n’a pas immédiatement retenu notre attention pour le rôle de Julie car elle est en réalité plus âgée que ce que nous envisagions. Elle m’a cependant convaincu d’auditionner et nous avons été immédiatement séduits. Elle s’est imposée de facto! C’est une actrice qui tourne beaucoup au Québec, mais nous avons voulu travaillé sa prestation pour lui permettre de se dépasser tant dans son jeu que physiquement. Elle est d’ailleurs persuadée que la demande physique du rôle lui a permis de nouvelles incursions dans son émotion et cela l’a aidé à tisser les fils de son personnage. Laurence ne pratique pas de sport précis, bien qu’elle « s’entretienne ». Elle a dû s’entraîner un an avant le tournage avec des spécialistes du vélo, tant en salle de sport que sur le terrain. Elle a fait des camps d’entrainements à Cuba, en Arizona (loin de l’hiver québécois…) et en Belgique.  

DFDM : La solitude de Julie contraste violemment avec le sport qu’elle pratique de façon collective, avec l’entourage familial (hypocrite et délibérément aveugle), et avec sa notoriété. Comment vous est venue l’idée de ce contraste?
ADB : Le contraste était évident lorsque nous avons fait les premières recherches sur le fonctionnement de l’équipe. Le film démontre aussi le rapport personnel, spécifique et malsain que Julie entretenait avec son entraîneur. Cette relation malsaine était faussement basée sur la complicité. Aucun des deux ne pouvait vraiment être ouvert sur ce qu’ils vivaient. Son entraîneur l’isolait, ils vivaient dans une symbiose pernicieuse. Cette relation atypique entre une athlète, une équipe et un entraîneur n’est heureusement pas courant dans le monde du vélo. 

DFDM : Au moment de la présentation de « La Petite Reine » au Cinéma du Québec à Paris, le film n’avait pas encore de distributeur en France. Avez-vous des bonnes nouvelles à nous annoncer ?
ADB :
La bonne nouvelle est que plusieurs distributeurs se sont intéressé au film! Nous sommes en discussion, mais il est encore trop tôt pour une annonce…

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du film.

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