Le Monde de Charlie +++

Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui.

Après avoir couché sur papier l’histoire de Charlie (Pas raccord est paru en 1999), Stephen Chbosky décide de porter lui-même à l’écran son roman épistolaire et nous livre un film bouleversant sur les affres de l’adolescence.

Une histoire de destins croisés où chaque personnage traîne des bagages bien trop lourds pour leur âge mais où l’amitié apparaît comme salvatrice.

Ainsi, Charlie (formidable Logan Lerman), le garçon timide et solitaire au talent d’écrivain, va trouver sa place au sein d’un groupe de « marginaux » composé d’une fêtarde repentie (merveilleuse Emma Watson), d’un homo anticonformiste (Ezra Miller, au talent confirmé) qui joue les stars du Rocky Horror Picture Show, d’une punk bouddhiste, d’une fausse gothique… Autant de personnalités excentriques qui forment une bande de joyeux drilles et qui évoluent dans un besoin d’appartenance.

La découverte des premiers émois, le sentiment d’incompréhension, les secrets enfouis, l’apprentissage de l’estime de soi – « Nous acceptons l’amour que nous pensons mériter » comprendra Charlie-, l’exutoire que l’on trouve dans la musique ou dans les mots… Stephen Chbosky conte une histoire atemporelle, à la fois toute singulière et universelle, sur le passage à l’âge adulte. Une mise en scène élégante et lumineuse, des acteurs prodigieux, une bande son soignée et un propos qui fait mouche.

Un bien joli film, ô combien poignant, pour entamer la nouvelle année!

Sortie le 2 janvier 2013.

Bande annonce :

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Another Happy Day

« La famille est un nid de frelons en pétard », écrivait Madeleine Chapsal dans L’Indivision. Une maxime à valeur universelle qui pourrait avoir inspiré Sam Levinson au point d’en faire l’idée directive de son premier film.

Lynn, mère de quatre enfants, débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux plus jeunes fils, Ben et Elliot. La propension de ce dernier à mélanger alcool, drogues et médicaments ne le prive pas d’une certaine lucidité sur la joie des réunions de famille. Et la réunion, de fait, est joyeuse : grands-parents réac, tantes médisantes, cousins irrémédiablement beauf… Sans compter le premier mari de Lynn qui arrive flanqué de sa nouvelle femme tyrannique. L’occasion idéale à quelques règlements de compte bien sentis entre adultes en guerre et ados en crise. Après tout, on dit bien que le linge sale se lave en famille…

Drôle et souvent mordant, Another Happy Day dresse un constat édifiant sur les relations familiales : les petites phrases assassines font mouche, les reproches fusent tels des missiles savamment aiguisés, les faux-semblants et les non-dits sont de rigueur pour camoufler lesblessures et le mal-être ambiant, les pardons semblent trop polis pour être honnêtes, les trublions sont montrer du doigt sans d’autre forme de procès et l’incompréhension apparaît comme le seul discours collectif possible…

Levinson s’amuse à tordre le cou à la sacro-sainte image de la « famille », et dépeint les personnages qui la composent comme autant de stéréotypes attachants et détestables. Autour de Lynn (Ellen Barkin), la mère larmoyante à la fâcheuse tendance à s’apitoyer sur elle-même, Elliot (Ezra Miller), le fils à la clairvoyance caustique, habitué aux « rehab »,  Alice (Kate Bosworth), jeune étudiante brillante victime de scarification, et Ben (Daniel Yelsky), benjamin rêveur et perspicace, que son frère fait passer pour unautiste. Le seul enfant à avoir été épargné des affres de Lynn est Dylan, heureux jeune marié –si heureux qu’il en devient, au final, inintéressant.

La belle mère hystérique (Demi Moore, brillamment insupportable), le père repenti, la grand-mère taiseuse, le grand-père fugueur, les affreuses tantes aux airs de Javotte et Anastasie viennent compléter ce tableau, certes caricatural, mais tellement jubilatoire.

Pourtant, en dépit d’un casting impeccable –incluant la très grande Ellen Burstyn (Requiem for a dream), hélas bien trop rare sur nos écrans -, Another happy day manque d’insolence. Levinson aurait pu aller bien plus loin dans la pertinence – et l’impertinence – de ses propos et éviter ainsi que le film ne flirte trop souvent avec le mélodrame. Un film teinté d’humour noir qui aurait mérité un peu plus de relief.

Sortie le 1er février 2012.

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