Cannes 2012 – A l’intérieur du Festival de Cannes… (4e partie)

Règle n°3 : Le sens de l’observation tu développeras

Quand on a 3 heures à tuer en attendant que vienne le moment miraculeux d’apercevoir – ou même, d’entrapercevoir – les stars du septième art (oui, je suis parfaitement consciente du ridicule de mes propos), on développe un sens accru de l’observation… (En même temps, on n’a un peu que ça à faire).

Autour de moi, une quinqua et ses deux grandes filles tout excitées à l’idée de « voir » Zac Efron, le minet vedette d’une série Disney attendu sur la Croisette pour Paperboy, de Lee Daniels, aux côtés de Nicole Kidman (un film qui semble avoir provoqué les huées du public lors de sa projection le 25 mai), des retraités ravis de prendre un bain de foule bien qu’ils ne connaissent pas le quart des personnalités attendues sur le tapis rouge, une futur maman et ses copines bien décidées à se faufiler pour être aux premières loges, des parents très versés « people » accompagnés de leur pauvre gamin de 7ans, très vite excédé par tant d’attente, des jeunes filles aux atouts indéniables qui font du gringue au vigile en mode Man in Black afin de grappiller quelques places, des photographes professionnels à l’humour ravageur venus « shooter » sous un autre angle et qui connaissent le Festival comme leur poche. L’ambiance est conviviale, les discussions se font et le temps passe assez vite.

Les barrières s’ouvrent enfin : après s’être soumis au traditionnel fouillage de sacs et avoir jeté son bouchon de bouteille d’eau (des fois que certains illuminés à l »humour fort discutable aient en fait patienter tout ce temps dans le simple but d’asperger les vedettes tant attendues), c’est la course jusqu’aux 2e barrières, à quelques mètres du tapis rouge.

Placée à droite, je me rends compte petit à petit qu’on ne va finalement pas voir grand chose du spectacle : les photographes et vidéastes seplacent avec nonchalance en smoking et robe de soirée – le contraste entre les blasés et les euphoriques, qui s’adonnent à l’autoportrait, est amusant -, et au final ça fait pas mal de monde !

La musique retentit alors : les invités arrivent et le show commence enfin.

Le commentateur est là pour nous aider à reconnaître Mélita Toscan Duplantier, sublime dans une robe verte soyeuse, que l’on aperçoit dans un angle mort. Elle est suivie par Inès de la Fressange, tout en élégance dans une tenue qui lui donne des allures de déesse grecque. Coutumière de l’exercice cannois, l’ancienne égérie Chanel brave la horde de policiers pour venir nous saluer. Classe !

On aperçoit par la suite un bout de la robe blanche d’Eva Longoria, la main de Virginie Ledoyen, le chignon de Marie Gillain et Beth Ditto et sa robe Gauthier, en haut des marches.

Et ça défile encore et encore sur le tapis rouge. Des invités, anonymes ou faisant partie du « gratin », chics, extravagants voire carrément à côté de la plaque. Du léopard, des robes froufroutantes, des bustiers « débordants », des talons aiguilles qui effraieraient un funambule, des sabots façon Heidi, des paillettes à outrance qui aveugleraient un myope, des coiffures montées sur échafaudage, du maquillage inspiré du cirque Zavatta… Autant de mauvais goût rendu supportable par quelques touches de raffinement et de glamour plus que bienvenus.

Un hommage à Donna Summer est alors rendu tandis que Laurent Weil multiplie les interviews spontanées aux pieds des marches. La gamine fan absolue de Monsieur CinéLive se réveille alors mais se retient tout de fois de lui sauter au cou : quoique le mauvais genre soit assez commun ici, il me reste tout de même un fond de dignité !

Et voici l’équipe de De Rouille et d’os. Marion Cotillard est divine et particulièrement bien entourée. Jacques Audiard et Matthias Schoenaerts ont fière allure et rivalisent de sobriété. Quelques mots à Lolo Weil, des sourires et des saluts, une montée des marches, une nouvelle pause, une accolade à Gilles Jacob etles voilà entrés en salle. Clap de fin. 3h d’attente, ½ de parade, merci et bonne soirée.

Rien de très excitant au final, mais à vivre au moins une fois, pour « le fun » et pour le plaisir des belles rencontres. Après tout, ce qui prime, c’est de partager une passion commune, qu’importe le côté de la barrière. Et pour reprendre les célèbres mots d’un autre passionné fou furieux. : « Et vive le cinéma » !

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Cannes 2012 – A l’intérieur du Festival de Cannes… (3e partie)

Règle n°2 : Aux badauds tu te mêleras

Le Festival de Cannes attire également moult curieux et badauds, certain(e)s n’hésitant pas à endurer plus de 7h de route depuis leur tendre Savoie simplement pour assister à une montée des marches, avec l’espoir assumé de croiser le regard de Brad, Bruce ou Robert (de Niro, Pattinson… au choix !). En ce jeudi 16 mai, il faut plutôt miser sur Jacques, Marion et Matthias, l’équipe de De Rouille et d’os, présenté le jour même en compétition, et fortement attendue sur le tapis rouge. Voici donc ces festivaliers anonymes, jovials et infatigables, cultivant leur patience pendant plus de 3h sous le soleil exactement dans une file grossissante à chaque minute. Dotée d’un sens du devoir et d’un goût du risque à toute épreuve, je n’ai moi-même pas hésité à plonger dans cette foule frénétique, risquant coups de soleil, déshydratation et piétinement à coup de fessiers rebondis (oui, un fessier peut vous piétiner… j’ai des témoins) pour vivre l’expérience « de l’intérieur » tel un reporter sans peur et sans reproche.

Attention : la stratégie revêt une importance capitale. Positionnement à droite, à gauche, ou en face des marches ? Qu’importe puisque au final, vous aurez plus de chance d’admirer la croupe des photographes et vidéastes accrédités, ou le faciès peu avenant des officiers de sécurité chargé de faire obstacle entre la foule et le tapis rouge. Après tout, un cliché de star, ça se mérite (et ça se monnaye…).

Une précision capitale : certains spectateurs (car nous sommes bien au spectacle !) s’agglutinent contre les barrières face aux marches tandis que les équipes du festival s’attèlent aux préparatifs de la montée (vous saviez que le tapis rouge était changé plusieurs fois par jour ? C’est Saint-Maclou qui se frotte les mains !). Hors, ces mêmes barrières étant amenées à être retirées pour laisserpasser tout le gratin tant attendu, les spectateurs sont priés d’évacuer les lieux et de regagner le reste des curieux d’une manière ou d’une autre. Poiroter tout ce temps pour être reléguer en « dernière classe », y’a de quoi virer furax. La vigilance est non seulement requise, mais elle peut vous évitez de sérieuse « nervous breakdown » comme le disait si bien notre ami Paul Volfoni.

Les plus ingénieux répondent volontiers à ce qui est devenu une tradition : apporter leurs escabeaux de bon matin et les cadenasser (non que le vol d’escabeau soit un exercice fréquent à Cannes, mais les places étant si convoitées que l’on n’hésitera pas à faire disparaître tout obstacle au matage de people en bonne et due forme) face aux marches, histoire de surplomber la foule et les forces de police veillant au grain. Une paire de jumelles complète bien souvent l’équipement de base du « badaud malin ». Pas des plus pratiques, mais efficace.

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Cannes 2012 – A l’intérieur du Festival de Cannes… (2e partie)

Ce que l’on ne sait pas toujours lorsque l’on assiste au Festival de Cannes, c’est qu’il existe tout un tas de codes à connaître afin de profiter au mieux de ce que la Croisette a à offrir.

Règle n°1 : la hiérarchie des accréditations tu maîtriseras

Il existe plusieurs types d’accréditations : presse, exploitant, cinéphile, chacun ayant un accès spécifique.

Sésame des sésames, les accréditations presse sont ces fameux passes réservés aux professionnels qui permettent d’assister aux projections des films en compétition pour la Palme d’Or mais aussi aux films sélectionnés dans les sections parallèles (Un Certain regard, La Semaine de la critique, la Quinzaine des réalisateurs). Ces « accred », comme on dit dans le jargon, sont codifiés par couleur, en fonction de l’importance « médiatique » et de l’ancienneté du journaliste : rose et blanc (le « top du must » : vous êtes prioritaire et accédez à tout ce que vous souhaitez : projections, montée des marches lors de la très convoitée séance du soir – en présence des équipes des films -, conférences, soirées, interviews, stand Nespresso servi par George lui-même dans son plus beau smoking – ou presque -… Bref, la belle vie !), bleu(un peu en-dessous niveau « standing » mais pas mal non plus) et jaune (accès aux projections dans la journée, celles du soir avec montée des marches se faisant sur invitation exclusive).

Les blogueurs peuvent être accrédités « presse » (catégorie « hors média »), mais on ne peut obtenir qu’une seule accréditation presse par blog. William, ce petit veinard, ayant « décroché » le fameux pass presse (le jaune), j’ai dû pour ma part faire une demande d’accréditation « Cannes cinéphiles », attribuée généralement aux cannois, aux associations et aux étudiants en cinéma.

Le premier effet « kiss cool » a été de constater que le pass « Cannes cinéphiles » ne permet pas vraiment de profiter du festival : pas d’accès au Palais des festivals (adieu George !), pas d’accès aux films en compétition – à moins de tenter sa chance dans la file « dernière minute », au cas où tel ou tel film susciterait un moindre intérêt de la part des « accrédités importants ». L’amour propre est donc à ranger au placard (avec sa belle robe de soiréepuisqu’ayant peu de chance de décrocher une invitation pour la projo du soir, il ne faut pas trop compter sur une montée des marches en tenue de soirée!), pas d’accès aux conférences… Si vous n’êtes pas un minimum débrouillard, vous aurez alors de fortes chances de finir frustrés et aigris de passer à côté du festival. Heureusement, le système D est généralement monnaie courante sur la Croisette et il est souvent possible de récupérer des invitations pour des projections à la grâce de certains festivaliers compatissants qui cultivent l’esprit d’entraide.

Arrêtons les médisances : « Cannes cinéphiles » offre toute une programmation des plus intéressantes avec des films en compétition dans les sections parallèles. Mais le deuxième effet « kiss cool » survient lorsque, après vous êtes acquittés de 4€ pour obtenir le programme, vous vous rendez compte que ces projections ne commencent que le vendredi (l’ouverture du festival se faisant deux jours plus tôt) et se déroulent à Cannes La Bocca, à environ 4km de la Croisette. Soit, il existe un réseau de bus qui ne fonctionne pas trop mal… Et ça ajoute un petit côté exotique, pour peu que vous maîtrisiez l’art du second degré !

Pour ce qui est des accréditations « exploitant », elles sont réservées aux gérants de salles de cinéma et fonctionnent par points : chaque accrédité possède un système de points au départ, qui s’auto-alimentent chaque jour. Telle ou telle projection coûtera plus ou moins chère en fonction de l’horaire de diffusion (les séances de 8h30 coûtant bien moins chère que celles du soir) et doivent être réservées en fonction des créneaux donnés (c’est là où vous bénissez votre Iphone et votre super application « pro/presse » car les places partent très vite et la réactivité est alors une qualité primordiale).

Qui eût cru que le Festival était loin d’être un jeu d’enfant ?…

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