Bienvenue à Suburbicon

  1. Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.

George Clooney derrière la caméra, les frères Coen au scénario, Alexandre Desplat à la musique, Matt Damon, Julianne Moore et Oscar Isaac au casting… Bienvenue à Suburbicon réunit un bon nombre d’atouts qui attireraient en salles les cinéphiles les plus exigeants.

Hélas, sous ses airs de polar satirique à la sauce magouille, cette comédie noire semble être réduite au même niveau que le décor en carton-pâte dans laquelle elle évolue.

L’intention de départ était pourtant prometteuse : dépeindre les travers d’une société édulcorée et s’amuser à faire tomber les masques des marionnettes pathétiques qui la composent avec l’habile mordant qui sied tant aux comparses Clooney-Coen. Mais le trio de choc pèche par excès d’ambition, ajoutant avec maladresse une dimension politique dont le lien avec la diatribe sociale initiale manque de finesse.

Malgré une mise en scène ciselée rythmée par une tension qui va crescendo, le film souffre d’un récit confus, embourbé dans une certaine lourdeur. Dommage.

Avertissement : déconseillé aux moins de 12ans.

Sortie le 6 décembre 2017.

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Monuments Men

470425.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxInspiré de faits réels, Monuments Men raconte la plus grande chasse au trésor du XXe siècle.
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes – directeurs et conservateurs de musées, artistes, architectes et historiens d’art – se jettent au cœur du conflit sans la moindre expérience en tant que soldats pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces « Monuments Men » vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

Créée en juin 1943 par le président Roosevelt, la Commission américaine pour la protection et la sauvegarde des monuments artistiques et historiques en zones de guerre va permettre la constitution d’un groupe de volontaires – environ 350 personnes de 13  nationalités différentes – engagés pour la préservation et la restitution de chefs d’oeuvres volés ou menacés de destruction. Grâce à leur mobilisation, leurs expertises, leurs réseaux et leurs recherches minutieuses, plus de 5 millions de tableaux, sculptures, tapisseries… seront restitués.

Face à un tel sujet historique ô combien passionnant – et encore peu traité au cinéma -, George Clooney décide de repasser derrière la caméra et s’entoure d’un casting des plus prestigieux réunissant Matt Damon, Cate Blanchett, Bill Murray, John Goodman, Jean Dujardin… pour rendre hommage à ces hommes de l’ombre héroïques.

L’intention semblait donc bonne et des plus réjouissantes. C’était sans compter ce désir incompréhensible d’adapter l’Histoire sous un angle comique dont l’effet frise le ridicule tout au long du film.

Soit, Clonney et ses potes ont eu l’air de s’être bien marrés sur le tournage et l’on imagine non sans mal les concours de grimaces et autres « clonneyries » improvisés entre les scènes. Mais à trop verser dans le divertissement, « M. Nespresso » livre un film ultra édulcoré, manichéen au possible et sans la moindre émotion, si ce n’est l’exaspération du spectateur devant ces joyeux Yankees caricaturaux débarquant tels des super héros dont l’excès de patriotisme – ces messieurs n’hésitent pas à brandir le drapeau américain même dans les situations d’urgence – verse dans le pathétique.

Le seul intérêt de Monuments Men est de donner envie de s’intéresser davantage à George Stout et à ses hommes dont le film s’inspire, et de découvrir Le Front de l’art, le livre souvenirs de Rose Valland, résistante qui permis la sauvegarde de milliers d’oeuvres du Musée du Jeu de Paume.

Pour le reste, Clooney signe une pseudo-comédie potache, aux accents mélodramatiques insupportables (amateurs de violons, vous serez servis), inapproprié, vain… Tout bonnement décevant.

Sortie le 12 mars 2014.

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Keep smiling

21014741_20130624110249401_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÀ Tbilissi, la télévision géorgienne organise un concours pour élire la « Meilleure Mère de l’année ». La gagnante recevra un appartement et 25 000 dollars. Dix mères vont alors s’affronter et tout faire pour ne pas laisser passer cette chance d’accéder à une vie meilleure. Tous les coups sont permis. Une seule règle, garder le sourire.

Présenté au 34e Cinemed de Montpellier (où le film a remporté un Antigone d’or), Keep smiling fait se croiser plusieurs destins de femmes que la guerre* n’a pas épargnées au cours d’un jeu télévisé. Une toile de fond qui sert de prétexte à la réalisatrice Rudusan Chkonia pour brosser un portrait sans concession de la société géorgienne contemporaine.

« Mon objectif était de décrire le caractère controversé et désemparé de cette époque charnière qu’est en train de vivre la Géorgie. Le pays continue de prôner des valeurs qui lui sont chères alors que sa mentalité et sa façon de penser sont en train de changer ».

Inspirée du témoignage d’une femme que la cinéaste a rencontrée dans un camp de réfugiés à l’occasion du tournage de son documentaire, cette comédie noire faussement acidulée glisse peu à peu vers la tragédie et révèle l’hypocrisie ambiante d’une société qui prône le culte de la mère tout en réduisant la femme à un statut d’objet (la scène du défilé en bikini est un exemple criant).

D’Elene, rescapée de la guerre qui refuse le misérabilisme, à Irina, qui paye l’inconséquence d’un mari endetté et porte sa famille à bout bras, en passant par Gvantsa, mère célibataire et ancienne violoniste aujourd’hui tétanisée à l’idée de jouer en public, chaque personnage va se découvrir aux spectateurs, révélant sa force de caractère, sa fragilité et la difficulté de se faire une place dans une société en construction.

Des personnages attachants – que l’on quitte peut-être un peu trop vite -, un scénario finement aiguisé, un sens du rythme redoutable et une tonalité satirique fort à propos font de  Keep smiling une comédie dramatique vive et acerbe, dont on ne sort pas indemne.

 Sortie le 14 août 2013.

* En août 2008, la Géorgie a lancé une offensive militaire pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud, région séparatiste géorgienne soutenue par Moscou. La Russie a riposté en engageant une opération militaire d’envergure. À l’issue de cette guerre de cinq jours, Moscou a reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, un autre territoire séparatiste géorgien, et y a installé des bases militaires.

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