La Belle et la Meute

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

« N’abandonne pas tes droits ». Cette réplique que Youssef invoque avec vigueur à Mariam résonne encore, une fois passé le générique de fin. Inspiré d’une histoire vraie, La Belle et la meute évoque un sujet d’une intolérable actualité. Mais en abordant des thèmes sociétaux et politiques sous l’angle du thriller, la réalisatrice Kaouther Ben Hania parvient à insuffler une puissance inouïe à son récit écrit avec concision.

Construit en forme de puzzle, le film retrace l’absurde parcours du combattant que la victime doit mener pour faire entendre ses droits. Filmé caméra à l’épaule, le drame gagne en tension, porté par une mise en scène anxiogène à souhait, où les ellipses racontent plus que les mots ou les images. Porté par l’interprétation ciselée de Mariam Al Ferjani, héroïne tragique et courageuse, La Belle et la Meute révolte, émeut, bouleverse.

Un film engagé, militant, d’une absolue nécessité, qui dénonce une odieuse réalité, et qu’il faut voir au plus vite.

Sortie le 18 octobre 2017.

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Whiplash

345974.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAndrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence.

Il y a des films que l’on voit, bons ou moins bons, qui nous font passer un moment, bon ou moins bon, et que l’on oublie presque aussitôt le générique de fin lancé. Et puis il y a Whiplash

Alliant ivresse et virtuosité, stupeur et admiration, étonnement et palpitation, le premier long métrage du prometteur Damien Chazelle fait partie de ce genre de films inattendus qui vous transportent dès les premières images, vous scotchent à votre fauteuil en éveillant un arc-en-ciel d’émotions et vous reviennent en mémoire de façon inopinée, provocant sourire et euphorie.

Une histoire de transmission, de reconnaissance, de passion dévorante, destructrice et pourtant vitale… Voilà ce que filme magistralement Chazelle à travers le rapport insensé entre un maître (le génial J.K Simmons) et son élève (le prodigieux Miles Teller) réunis autour d’un même amour pour le jazz. Un amour qui conjugue obstination et abnégation, talent et rage, dépassement de soi et perfectionnisme.

La mise en scène, d’une rare intensité, subjugue, la caméra se fait instrument de musique et capte le moindre effleurement, la plus petite hésitation, l’accord parfait, la fureur de l’interprétation, le tempo s’accélère, tout comme notre rythme cardiaque…

Jamais la musique n’avait été ainsi filmée : les notes s’éprouvent, les mouvements s’écoutent, les octaves se respirent et l’effort se partage, les poings serrés et le pied battant la mesure.

Voilà pourquoi Whiplash s’inscrit dans cette rare lignée de ce que l’on peut qualifier de bijoux cinématographiques.

Phénoménal, époustouflant, hypnotique… Aligner les superlatifs semble inutile tant Whiplash s’apparente à une expérience cinématographico-musicale qu’il faut vivre.

Un coup de coeur à découvrir au plus vite !

Sortie le 24 décembre 2014.

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Bande de filles

410593.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMarieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse…

Traiter du statut des femmes dans les banlieues « sensibles » faisait craindre le pire tant il est aisé de succomber à la succession de clichés ressassés par les médias. Des écueils dont Céline Sciamma n’a que faire, s’appropriant un univers inconnu, faisant sienne cette réalité inacceptable des quartiers où la féminité rime avec brimade et soumission, où la question de l’honneur prime sur la liberté, où la notion de respect a perdu tout son sens et où, on ne sait par quel miracle, jaillit une énergie folle, joyeuse et combative.

« Il y avait avec ces personnages la présence d’enjeux forts et intimes au coeur de mon projet de cinéaste », explique Sciamma. « La construction du féminin avec ses pressions et ses interdits, l’affirmation des désirs, le jeu avec les identités. A travers elles, je voulais poursuivre mon travail autour des questions de jeunesse et du récit initiatique, mais dans un précipité contemporain, ancré dans une réalité française, politique ».

Marieme, Lady, Adiatou, Fily. Une Bande de filles aussi attachantes qu’exaspérantes, qui vivent leur adolescence en improvisant des « battle » de danse, en chantant à tue-tête sur Rihanna, en s’évadant quelques heures de leur tour glauque pour aller faire du shopping à La Défense ou aux Halles. Mais à l’âge où « les filles ne pensent qu’à s’amuser », celles-ci doivent se serrer les coudes pour exister et supporter la violence qui régit leur quotidien, prouver qu’elles savent se battre « comme un homme » pour gagner le respect des « grands frères », veiller les unes sur les autres puisque les parents sont absents, en attendant de voir se réaliser un avenir qu’elles n’ont pas choisi.

Puissant, bouleversant, révoltant, Bande de filles est un film qui vous prend aux tripes et ne vous relâche que bien après le générique de fin. Céline Sciamma livre un portrait plein de tendresse et sans concession de ces jeunes filles solidaires et complices, unies seules contre tous.

N’oublions pas de saluer Karidja Touré, révélation du film, qui, par l’intensité de son regard, parvient à faire passer une kyrielle d’émotions, et dont la puissance de jeu lui permet d’incarner un personnage en perpétuelle évolution. Saisissante, la jeune actrice porte sur ses épaules l’histoire tragique de Marieme, d’abord résignée, puis révoltée face à ce destin irrévocablement tracé qu’elle ne peut souffrir.

Un film poignant dont on ne ressort pas complètement indemne.

Sortie le 22 octobre 2014.

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