By Sidney Lumet – Cannes Classics

thumb.phpDouze hommes en colère, Serpico, Le Crime de l’Orient-Express, Un après-midi de chien… des oeuvres exigeantes qui ont marqué l’histoire du cinéma, signées Sidney Lumet. Scénariste minutieux, cinéaste prolixe, Lumet aimait l’énergie des plateaux de tournage, passait allègrement d’un genre à un autre et privilégiait le fond (l’histoire) à la forme (le style).

Si la critique a pu dénigrer – souvent à tord –  l’auteur de L’homme à la peau de serpent, (dont le début de carrière en tant que réalisateur pour le petit écran était parfois mal perçu), Lumet a rencontré bien des succès publics. Ses films continuent de séduire et de fasciner, au point qu’une chaîne de télévision américaine a décidé de rendre hommage à ce cinéaste aussi discret que talentueux.

Commandée par American Masters, By Sidney Lumet se présente comme une longue conversation (la série d’entretiens a été réalisée en 2008 par Daniel Anker), retraçant le parcours de Lumet. Ce documentaire passionnant a pourtant failli ne jamais voir le jour. C’est après le décès prématuré d’Anker, l’an passé, que le projet – tombé un temps aux oubliettes par manque de budget- est ressorti des tiroirs. La productrice et réalisatrice Nancy Buirski a alors été contactée pour mener à son terme ce projet émouvant.

Passionnée par le cinéma de Lumet, celle-ci nous a confié s’être replongée dans sa filmographie avant de visionner les 18h de rush emmagasinés. « Au cours de ces entretiens, Lumet s’est livré avec une sincérité désarmante. Il parlait si librement de sa vie, de son travail, que j’ai décidé de le laisser me guider dans le choix du montage. »

Sa famille aimante, son souci du travail bien fait – un héritage paternel -, ses origines yiddish, ses premiers pas au théâtre, son expérience à la télévision, qui lui permit d’acquérir une rapidité de tournage, son amour pour New York, personnage récurrent de ses films, son adhésion à la gauche, son admiration pour les acteur en général et pour Heny Fonda en particulier, ses intrigues construites autour des liens familiaux, des considérations éthiques… Autant de sujets abordés avec candeur, humour et sagesse par Lumet, dévoilant ainsi ce qui compte le plus à ses yeux en tant qu’artiste et en tant qu’homme.

« Chercher à définir un film revient à le limiter » révèle-t-il, en insistant sur le fait qu’il faut toujours donner sa chance à l’histoire. Telle est l’une des clés qui permet de mieux comprendre l’homme derrière le cinéaste. A moins que ce ne soit l’inverse.

Soigné, intime et tenu, By Sidney Lumet est un documentaire précieux que tout cinéphile découvrira avec plaisir et intérêt, à l’image de Nancy Buirski, qui déclare : « Travailler sur ce film a été une rencontre incroyable et m’a confortée dans l’idée que j’avais du cinéma en tant que réalisatrice : toujours écouter son intuition et faire en sorte de se laisser porter par ses émotions ».

 Date de sortie encore inconnue.

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Anton Tchekhov 1890 – Rencontre avec Nicolas Giraud

214330.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÉté 1890. Pour se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, Anton Tchekhov, médecin modeste, écrit des nouvelles pour des journaux. Remarqué par un éditeur influent, Tchekhov rencontre un succès public et obtient bientôt le prix Pouchkine et l’admiration de Tolstoï. Mais lorsque l’un de ses frères meurt de la tuberculose, Anton le vit comme un échec personnel et veut fuir sa notoriété et ses amours. Il se souvient de sa promesse et décide alors d’aller sur l’Ile de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou, à la rencontre des bagnards…

Une apparente sérénité qui se mue en un volcan d’émotions à l’évocation de son métier d’acteur ; une voix douce et posée qui contraste avec la vivacité du regard ; des mots qui s’illustrent par le geste et des confidences livrées avec une sincérité désarmante. Rencontre avec Nicolas Giraud, l’interprète d’Anton Tchekhov dans le nouveau film de René Féret.

Des Films et des Mots : Comment est née l’envie d’interpréter Tchekhov?
Nicolas Giraud :
Ce fut une évidence ! Je n’ai pas une grande culture théâtrale mais j’ai un goût illimité pour l’émotion. J’ai « rencontré » Tchekhov par le biais de René (Féret), qui m’a donné à lire le scénario du film qu’il souhaitait tourner, et son portrait m’a littéralement saisi. Je suis tombé amoureux de l’homme, de sa vérité, de ses blessures, de sa fragilité, de son abnégation… L’incarner m’a bien sûr effrayé, mais le fait que le film ne soit pas un biopic mais plutôt l’interprétation de la crise existentielle que Tchekhov traverse à un moment de sa vie m’a aidé à dépasser ma peur.

DFDM : Vous aviez déjà collaboré avec René Féret (Comme une étoile dans la nuit, Nannerl, la soeur de Mozart). Qu’aimez-vous dans sa façon de travailler?
N. G :
Avec le temps, René est devenu un ami. J’aime son intelligence, la clarté de ses intentions, sa compréhension des choses, parfois inattendue. Nous sommes complémentaires mais il arrive que nos échanges se fassent parfois dans la violence. Pour Tchekhov, nous avions convenu que nous aborderions le film avec douceur, en rapport avec ce que le personnage dégageait. René m’a alors donné des directives précises mais avec retenue, m’aidant ainsi à canaliser l’énergie dont je fais preuve habituellement.

DFDM : Cela fait une dizaine d’années que vous êtes acteur. Pourquoi ce métier?
N. G :
J’ai grandi sur l’Ile d’Oléron, en face d’un cinéma. Ce lieu m’intriguait et en même temps, je m’y sentais chez moi. J’ai commencé à y faire quelques petits boulots, de vendeurs de confiserie à contrôleur de billets… C’était un lieu magique, où il s’y passait toujours quelque chose. L’exploitant de la salle m’a pris sous son aile et m’a communiqué sa passion pour le 7e art. Puis un été, Bruno Podalydès est venu dans la région tourner Liberté Oléron. Quelque part, on peut dire que le cinéma est venu à moi et que je lui ai répondu! J’aime être dans l’instant, parcourir tout un paysage émotionnel et pouvoir passer rapidement d’un « état » d’émotion à un autre. Et malgré ma petite expérience sur les planches, le plaisir de tourner reste le plus fort, du moins pour le moment.  Au théâtre, le côté « répétitif » me freine encore. Mais l’interaction avec le public est incroyable. Peut-être y reviendrais-je, dès lors que je sentirai un profond besoin de m’exprimer autrement. En général, les projets qui me motivent sont ceux qui éveillent en moi une nécessité.

DFDM : Est-ce cette même nécessité qui vous a poussé derrière la caméra pour Faiblesses, votre moyen métrage?
N. G : En effet. Et c’est également cette urgence qui me fait renouveler l’expérience avec un projet de long métrage cette fois-ci, que j’espère pouvoir filmer cet été. Pourtant, je considère la réalisation comme un travail assez ingrat : on est souvent seul à défendre son projet, on doit multiplier les casquettes lors du tournage puis travailler de nouveau seul pendant plusieurs mois lors de la post-production. Préparer mon long métrage m’a demandé cinq à six ans de travail! Mais j’avais une réelle envie « d’habiter » toutes les étapes de la création d’un film, donner corps à la matière, écrire, diriger, choisir la musique… En fait, je considère le métier de réalisateur comme un chirurgien de l’émotion, qui dissèque ce qui se passe au plus profond de nous. Et ça me plaît beaucoup!

Anton Tchekhov, 1890, de René Féret. Sortie le 18 mars 2015.

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Le Grand Musée

289327.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxQui n’a jamais rêvé de se glisser derrière le rideau, de passer « de l’autre côté du miroir » et de découvrir ainsi la « face cachée » d’un musée prestigieux ? Satisfaire la curiosité des amoureux de la culture, telle est la noble intention de Johannes Holzhausen, qui livre un documentaire passionnant sur les dessous du Kunsthistorisches Museum.

Le Grand musée pose un regard curieux et plein d’humour sur les coulisses de l’un des plus grands musées au monde, le Musée de l’Histoire de l’Art à Vienne. A l’occasion de la rénovation d’une aile du musée, le film nous plonge au coeur de cette institution colossale et nous fait partager l’intimité de ses employés.

Directeur général, conservateurs, équipes de nettoyage, manutentionnaires ou historiens d’art, tous passionnés et passionnants, nous entraînent dans leur quotidien, au service des oeuvres…

Qu’il s’agisse de la politique de l’établissement où rien est laissé au hasard (on choisit la police de caractère d’une offre promotionnelle avec la même minutie que lorsque l’on manipule une pièce du Trésor  impérial ), du fonctionnement parfois absurde du musée (le témoignage d’une gardienne qui s’étonne de ne jamais avoir été présentée à ses collègue en onze ans de carrière est à la fois drôle et effarant), du combat frustrant que livre le service des acquisitions lors d’une scène de vente aux enchères contre de richissimes particuliers, de la délicatesse que portent les restaurateurs à un tableau de maître afin de lui redonner une nouvelle jeunesse ou de la terreur que font régner les mites destructeurs, de l’euphorie enfantine que partagent un technicien et le directeur du British Museum face à une miniature d’un vaisseau royal, ou qu’il s’agisse encore de la réorganisation casse-tête d’une salle récemment rénovée, Le Grand Musée fait briller sous les projecteurs ceux qui font battre le coeur d’un établissement culturel.

On peut regretter le côté entendu du documentaire, ce malgré le souhait de « transparence totale » que formule la direction du musée (il est évident que filmer ce que le public ne voit habituellement pas requiert un minimum de précaution en termes d’images et de communication). Toutefois, le documentaire d’Holzhausen a le mérite de mettre en avant l’humain au service de l’art et de l’histoire, et de donner à voir tout le somptueux de ce musée qui s’apparente à un joyau dans un écrin.

Sortie le 4 mars 2015.

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