Cannes 2012 – A l’intérieur du Festival de Cannes… (3e partie)

Règle n°2 : Aux badauds tu te mêleras

Le Festival de Cannes attire également moult curieux et badauds, certain(e)s n’hésitant pas à endurer plus de 7h de route depuis leur tendre Savoie simplement pour assister à une montée des marches, avec l’espoir assumé de croiser le regard de Brad, Bruce ou Robert (de Niro, Pattinson… au choix !). En ce jeudi 16 mai, il faut plutôt miser sur Jacques, Marion et Matthias, l’équipe de De Rouille et d’os, présenté le jour même en compétition, et fortement attendue sur le tapis rouge. Voici donc ces festivaliers anonymes, jovials et infatigables, cultivant leur patience pendant plus de 3h sous le soleil exactement dans une file grossissante à chaque minute. Dotée d’un sens du devoir et d’un goût du risque à toute épreuve, je n’ai moi-même pas hésité à plonger dans cette foule frénétique, risquant coups de soleil, déshydratation et piétinement à coup de fessiers rebondis (oui, un fessier peut vous piétiner… j’ai des témoins) pour vivre l’expérience « de l’intérieur » tel un reporter sans peur et sans reproche.

Attention : la stratégie revêt une importance capitale. Positionnement à droite, à gauche, ou en face des marches ? Qu’importe puisque au final, vous aurez plus de chance d’admirer la croupe des photographes et vidéastes accrédités, ou le faciès peu avenant des officiers de sécurité chargé de faire obstacle entre la foule et le tapis rouge. Après tout, un cliché de star, ça se mérite (et ça se monnaye…).

Une précision capitale : certains spectateurs (car nous sommes bien au spectacle !) s’agglutinent contre les barrières face aux marches tandis que les équipes du festival s’attèlent aux préparatifs de la montée (vous saviez que le tapis rouge était changé plusieurs fois par jour ? C’est Saint-Maclou qui se frotte les mains !). Hors, ces mêmes barrières étant amenées à être retirées pour laisserpasser tout le gratin tant attendu, les spectateurs sont priés d’évacuer les lieux et de regagner le reste des curieux d’une manière ou d’une autre. Poiroter tout ce temps pour être reléguer en « dernière classe », y’a de quoi virer furax. La vigilance est non seulement requise, mais elle peut vous évitez de sérieuse « nervous breakdown » comme le disait si bien notre ami Paul Volfoni.

Les plus ingénieux répondent volontiers à ce qui est devenu une tradition : apporter leurs escabeaux de bon matin et les cadenasser (non que le vol d’escabeau soit un exercice fréquent à Cannes, mais les places étant si convoitées que l’on n’hésitera pas à faire disparaître tout obstacle au matage de people en bonne et due forme) face aux marches, histoire de surplomber la foule et les forces de police veillant au grain. Une paire de jumelles complète bien souvent l’équipement de base du « badaud malin ». Pas des plus pratiques, mais efficace.

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De rouille et d’os +++

Jeudi 17 mai 2012, 8h30, Grand théâtre Lumière du Palais des festivals, à Cannes. Malgré l’horaire matinal, pas loin de 2 000 spectateurs se pressent pour assister à la première projection de De rouille et d’os, en compétition pour la Palme d’or. Il faut dire qu’avec Jacques Audiard derrière la caméra et Marion Cotillard à l’affiche, les promesses sont nombreuses. L’obscurité se fait, le générique du Festival résonne… Action !

Ça commence dans le Nord.

Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions.Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre.

Filmer la rencontre de deux écorchés vifs, les mettre en scène dans la plus grande simplicité comme pour mieux révéler l’histoire d’amour qui se construit en filigrane… Audiard réussit une fois encore à nous faire vibrer malgré la noirceur de son propos.

Pendant près de 2h, le spectateur se laisse embarquer par ces personnages quasi muets, en quête de sens et d’existence, si vulnérables et terriblement combattants. Marion Cotillard se révèle tout en fêlures et pleine de grâce. Matthias Schoenaerts impressionne par son charisme, brut et délicat. Audiard fait sourire, émeut, inquiète et nous plonge dans l’intensité des émotions sans y avoir l’air.

Les plans se succèdent, doux et violents, sombres et lumineux, distants et intimes, dirigés par un maître de l’exigence. Un artiste entier, minutieux, raffiné qui parvient à se renouveler malgré certaines thématiques récurrentes. Après tout, comme le disait Wim Wenders (Palme d’or en 1984 pour Paris Texas) : « On fait toujours le même film. Au fond, je raconte toujours la même histoire, en variations évidemment ».

Des variations qui font la différence et qui permettent de révéler tout le talent de Matthias Schoenaerts, jeune pépite du cinéma belge déjà pressentie pour le prix d’interprétation masculine.

De rouille et d’os, un film poignant, sublime… Du grand Audiard, et tout simplement, du grand cinéma !

Sortie le 17 mai 2012.

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