Anton Tchekhov 1890 – Rencontre avec Nicolas Giraud

214330.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÉté 1890. Pour se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, Anton Tchekhov, médecin modeste, écrit des nouvelles pour des journaux. Remarqué par un éditeur influent, Tchekhov rencontre un succès public et obtient bientôt le prix Pouchkine et l’admiration de Tolstoï. Mais lorsque l’un de ses frères meurt de la tuberculose, Anton le vit comme un échec personnel et veut fuir sa notoriété et ses amours. Il se souvient de sa promesse et décide alors d’aller sur l’Ile de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou, à la rencontre des bagnards…

Une apparente sérénité qui se mue en un volcan d’émotions à l’évocation de son métier d’acteur ; une voix douce et posée qui contraste avec la vivacité du regard ; des mots qui s’illustrent par le geste et des confidences livrées avec une sincérité désarmante. Rencontre avec Nicolas Giraud, l’interprète d’Anton Tchekhov dans le nouveau film de René Féret.

Des Films et des Mots : Comment est née l’envie d’interpréter Tchekhov?
Nicolas Giraud :
Ce fut une évidence ! Je n’ai pas une grande culture théâtrale mais j’ai un goût illimité pour l’émotion. J’ai « rencontré » Tchekhov par le biais de René (Féret), qui m’a donné à lire le scénario du film qu’il souhaitait tourner, et son portrait m’a littéralement saisi. Je suis tombé amoureux de l’homme, de sa vérité, de ses blessures, de sa fragilité, de son abnégation… L’incarner m’a bien sûr effrayé, mais le fait que le film ne soit pas un biopic mais plutôt l’interprétation de la crise existentielle que Tchekhov traverse à un moment de sa vie m’a aidé à dépasser ma peur.

DFDM : Vous aviez déjà collaboré avec René Féret (Comme une étoile dans la nuit, Nannerl, la soeur de Mozart). Qu’aimez-vous dans sa façon de travailler?
N. G :
Avec le temps, René est devenu un ami. J’aime son intelligence, la clarté de ses intentions, sa compréhension des choses, parfois inattendue. Nous sommes complémentaires mais il arrive que nos échanges se fassent parfois dans la violence. Pour Tchekhov, nous avions convenu que nous aborderions le film avec douceur, en rapport avec ce que le personnage dégageait. René m’a alors donné des directives précises mais avec retenue, m’aidant ainsi à canaliser l’énergie dont je fais preuve habituellement.

DFDM : Cela fait une dizaine d’années que vous êtes acteur. Pourquoi ce métier?
N. G :
J’ai grandi sur l’Ile d’Oléron, en face d’un cinéma. Ce lieu m’intriguait et en même temps, je m’y sentais chez moi. J’ai commencé à y faire quelques petits boulots, de vendeurs de confiserie à contrôleur de billets… C’était un lieu magique, où il s’y passait toujours quelque chose. L’exploitant de la salle m’a pris sous son aile et m’a communiqué sa passion pour le 7e art. Puis un été, Bruno Podalydès est venu dans la région tourner Liberté Oléron. Quelque part, on peut dire que le cinéma est venu à moi et que je lui ai répondu! J’aime être dans l’instant, parcourir tout un paysage émotionnel et pouvoir passer rapidement d’un « état » d’émotion à un autre. Et malgré ma petite expérience sur les planches, le plaisir de tourner reste le plus fort, du moins pour le moment.  Au théâtre, le côté « répétitif » me freine encore. Mais l’interaction avec le public est incroyable. Peut-être y reviendrais-je, dès lors que je sentirai un profond besoin de m’exprimer autrement. En général, les projets qui me motivent sont ceux qui éveillent en moi une nécessité.

DFDM : Est-ce cette même nécessité qui vous a poussé derrière la caméra pour Faiblesses, votre moyen métrage?
N. G : En effet. Et c’est également cette urgence qui me fait renouveler l’expérience avec un projet de long métrage cette fois-ci, que j’espère pouvoir filmer cet été. Pourtant, je considère la réalisation comme un travail assez ingrat : on est souvent seul à défendre son projet, on doit multiplier les casquettes lors du tournage puis travailler de nouveau seul pendant plusieurs mois lors de la post-production. Préparer mon long métrage m’a demandé cinq à six ans de travail! Mais j’avais une réelle envie « d’habiter » toutes les étapes de la création d’un film, donner corps à la matière, écrire, diriger, choisir la musique… En fait, je considère le métier de réalisateur comme un chirurgien de l’émotion, qui dissèque ce qui se passe au plus profond de nous. Et ça me plaît beaucoup!

Anton Tchekhov, 1890, de René Féret. Sortie le 18 mars 2015.

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Violette

21026445_20131011162524469.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxViolette Leduc, née bâtarde au début du siècle dernier, rencontre Simone de Beauvoir dans les années d’après-guerre à Saint-Germain-des-Prés. Commence une relation intense entre les deux femmes qui va durer toute leur vie, relation basée sur la quête de la liberté par l’écriture pour Violette et la conviction pour Simone d’avoir entre les mains le destin d’un écrivain hors norme.

« Mon cas n’est pas unique, j’ai peur de mourir et je suis navrée d’être au monde. Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas étudié, j’ai pleuré, j’ai crié. Les larmes et les cris m’ont pris beaucoup de temps. La torture du temps perdu, dès que j’y réfléchi. Je ne peux pas réfléchir longtemps mais je peux me complaire sur une feuille de salade fanée où je n’ai que des regrets à remâcher. Le passé ne nourrit pas. Je m’en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m’ont torturée… »

Ainsi débute La Bâtarde,  l’un des rares succès de Violette Leduc où l’auteur couche sur papier son enfance blessée, sa honte d’avoir été abandonnée par un père qui ne l’a pas reconnue et les souffrances qui en sont nées.

Ce sont la fragilité, l’insupportable solitude et les failles de l’écrivain qui ont intéressé Martin Provost (le réalisateur de Séraphine dont on retrouve ici la même mise en scène sobre et délicate). Avec subtilité, le cinéaste filme un portrait saisissant d’une femme meurtrie mais combative à travers l’histoire romancée de Violette, cette grande amoureuse qui se complait à nourrir des relations impossibles, terrorisée par l’abandon, et qui pourtant réussit à s’affranchir de sa peur au gré des rencontres, au gré des mots.

Pour rendre hommage à ces personnages – réels – au fort caractère, Provost a composé une très belle distribution – si l’on omet la prestation particulièrement théâtrale d’Olivier Py dans le rôle de Maurice Sachs, qui aurait gagné en retenue – : Emmanuelle Devos campe une Violette Leduc insupportable, tantôt geignarde tantôt hystérique, qui parvient malgré tout à nous émouvoir par l’écriture de ses maux. Catherine Hiegel est parfaite dans le rôle de la mère castratrice, qui porte à sa fille un amour maladroit. Quant à Sandrine Kiberlain, magistrale, elle se glisse avec une incroyable authenticité dans la peau revêche du « Castor », connue pour son esprit d’une rare intelligence et sa quête absolue d’indépendance.

Et si le film souffre de longueurs parfois inutiles et d’ellipses peu évidentes, ce que l’on retient principalement de ce très beau film sont les merveilleux dialogues taillés dans la prose de magnifiques écrivains, interprétés divinement par des acteurs de talent.

Martin Provost voulait faire de Violette « un chemin vers la lumière ». De ce point de vue, c’est une réussite.

Sortie le 6 novembre 2013.

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