Jeune femme

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache.

Premier long métrage de Léonor Serraille, Jeune femme est une comédie foutraque et mélancolique, extravagante et à fleur de peau, à l’image de son héroïne exaspérante et profondément émouvante.

Récompensé de la Caméra d’or lors du dernier Festival de Cannes, ce portrait de femme joliment singulier met en scène le parcours chaotique d’une trentenaire instable et malheureuse qui, après une rupture amoureuse qui se révélera libératrice, se retrouve seule face à elle-même. La solitude l’angoisse, la dérive rôde, le spleen nocturne a quelque chose de rassurant. Paula l’ingénue est une émotive imprévisible qui semble ne pas « avoir les codes » de ce qui l’entoure. Perdue dans ce Paris au visage hostile, c’est par le biais de ses rencontres inattendues, et souvent saugrenues, qu’elle va réussir à se trouver.

« Dans la vie, je tourne souvent autours de personnages contradictoires, sur la brèche. Il me semble qu’ils nous surprennent, nous déstabilisent, car même s’ils ne sont pas faciles à vivre, précisément, de vie, de tendresse, ils en sont pleins. Je suis attachée à ces tempéraments la fois forts et vulnérables, trahis par leurs qualités, sublimés par leurs failles. J’ai voulu aborder l’amour comme une soif à épancher, un puits à remplir, un tout ou un rien, et qu’entre ce tout et ce rien flottent au même niveau l’espoir et un penchant pour le vide, la chute, l’implosion. » explique Léonore Serraille.

Nous voici plongés dans un tourbillon déroutant personnifié par la fantas(ti)que Laëtitia Dosch (La bataille de Solférino, de Justine Triet), qui exalte de vitalité et de fragilité.  Intime et libre, voici un film qui prend d’abord à rebrousse-poil avant de venir nous caresser tout doucement, sans que l’on s’y attende.

Sortie le 1er novembre 2017.

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La Belle Saison

464808.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1971. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance financière. Carole est parisienne. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d’amour fait basculer leurs vies.

Film politique, romance exaltée, comédie dramatique… voici une Belle Saison bien atypique, qui mixe les genres, échappe à toute définition figée et souffle un vent de liberté sur nos écrans.

Construit autour de la lutte pour les droits des femmes, La Belle Saison met en scène l’histoire d’amour de Delphine et Carole, avec pour toile de fond la libération sexuelle… à moins que ce ne soit l’inverse.

« Lier l’intime et l’histoire »… tel est le parti pris de la réalisatrice Catherine Corsini (La Nouvelle Eve) qui livre un film particulièrement documenté, librement inspiré de faits réels (telle la scène poignante de L’hymne des femmes célébré à l’unisson par les militantes dans l’amphithéâtre de La Sorbonne), en évitant l’écueil du documentaire historique.

A travers le portrait croisé de Delphine, la paysanne réfléchie et courageuse, et de Carole, la citadine fougueuse et engagée, Corsini évoque des sujets passionnants, du droit à l’avortement à l’homosexualité taboue, du fait d’assumer ses choix à la peur du jugement des autres, de l’héritage familial parfois pesant au désir contrarié d’indépendance, « d’être courageux pour les autres et en revanche avoir du mal à défendre « sa cause » dans la vie privée ».

Si l’on regrette que le film, découpé en deux chapitres (l’émancipation parisienne et le retour à la campagne), s’essouffle en seconde partie, focalisée sur le quotidien de Delphine et son histoire d’amour avec Carole, on se réjouit de la finesse du scénario, de la photographie soignée et de l’ambiance oscillant entre lumière et obscurité.

Servi par des actrices solaires (le duo Cécile de France et Izïa Higelin fonctionne à merveille) et des seconds rôles convaincants (Noémie Lvosvsky est saisissante dans un rôle à contre-emploi, Kevin Azaïs surprend à nouveau par son jeu délicat et retenu), La Belle Saison est à l’image de ses héroïnes : solaire, insaisissable, militant.

Sotie le 19 août 2015.

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La Bataille de Solférino

aff_712748201401061615266 mai 2012, deuxième tour des élections présidentielles. Laetitia, journaliste télé, doit couvrir l’événement au cœur de la foule, rue de Solférino. C’est également le jour où Vincent, son ex, débarque, sûr de son droit de visite, pour revoir ses deux petites filles. C’est parti pour la bataille !
Autour d’eux, les gamines déchaînées, un baby-sitter submergé, un nouveau mec légèrement « pot de colle », un avocat misanthrope, la jubilation et la détresse des français. Aujourd’hui, c’est dimanche, tout s’emmêle, rien ne va plus…

Pour son premier long métrage, Justine Triet met en scène le quotidien sans dessus dessous d’un couple – ou du moins, ce qu’il en reste – qui se livre une guerre sans merci sur fond d’actualité électorale.

Sans complaisance ni fioriture, la cinéaste capte ses personnages sur le vif, dans une urgence permanente, qu’il s’agisse de la mère dépassée par les événements et angoissée de voir son ex imprévisible débarquer à l’improviste (Laëtitia Dosch), du père à la fois attendrissant et terrible dans ses excès de colère, bouleversé par le fait d’être privé de la garde de ses enfants (Vincent Macaigne), du baby-sitter sous payé qui ne semble pas comprendre grand choses à la situation…

Embarqué dans ce tourbillon effréné, le spectateur assiste à ce vaste bazar, fascinant et effarant, où l’intime se fait aussi anxiogène que l’extérieur.

C’est là le point fort de La Bataille de Solférino :  filmer la petite histoire au service de dans la grande – à moins que ce ne soit l’inverse – comme pour mieux en révéler les interactions. Ce mélange des genres, Triet le conçoit comme « une façon de dire que notre vie à une toile de fond, et que les événements se contaminent, ce qu’il y a de plus intime avec ce qui appartient à tout le monde ».

Ce que l’on retient surtout de ce film à mi-chemin entre le documentaire et la comédie sociale est ce brouhaha permanent, ce rythme excessif, cette incompréhension entre les personnages qui nous font souvent perdre pied.

Une bataille épique, fastidieuse, hystérique et exaspérante dont on ressort éreinté.

 

La Bataille de Solférino, film français de Justine Triet, en DVD depuis le 1er avril 2014 (distribué par Shellac).

Une sélection de tous les meilleurs films de 2013 est à retrouver sur le site www.cinetrafic.fr

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