Visages villages

Une femme. Petite et rabougrie par le poids de ses 88 printemps. Réalisatrice reconnue de la Nouvelle vague, elle a su porter son regard aiguisé sur le cinéma, regard qui malheureusement est peu à peu rendu flou par la maladie. Cette femme qui n’a rien perdu de sa vivacité d’esprit et de sa créativité, c’est Agnès Varda.

Un homme. Jeune photographe fringant de 33 ans, chapeauté et caché derrière de grandes lunettes noires, connu pour ses projets pharaoniques. C’est JR.

55 ans les séparent et pourtant, ils se sont associés le temps d’un film non identifié. Sorte de making-of sur un projet participatif, Visages villages invite des inconnus à se faire tirer le portrait, pour le coller dans des dimensions XXL sur des murs d’usine ou de maisons abandonnées.

Ce duo insolite, plus proche d’Harold et Maude que de Starsky et Hutch, nous emmène donc à bord d’un camion-photomaton pour parcourir les routes à la rencontre des visages de France. Allant du Nord au Sud, de la mine à la garrigue en passant par un cimetière oublié, la balade nous offre également un autre visage de la France.

Après le processus de création, la réalisation de l’œuvre parfois équilibriste, l’émotion naît de la découverte du portrait sur le mur. Grâce à ce documentaire poétique, les deux artistes ont su recréer du lien et rendre l’art accessible à tous autour de cette idée de partage et d’échange. Plein d’humanité et de belles rencontres Visages villages est rempli de bienveillance et touche aussi bien par son propos que par ses images.

Ce dernier tour de France sur les traces du passé amène Agnès Varda à emmagasiner des images avant que la maladie ne lui enlève la vue, elle qui a su si bien filmer la vie.

Et comment ne pas évoquer le plus beau moment du film : l’hommage fait au film Bande à part de Jean-Luc Godard, à travers une scène de course effrénée dans les couloirs du musée du Louvre. Un pur instant de poésie !

Sortie le 28 juin 2017.

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Victoria

545138-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxVictoria, c’est le portrait d’une avocate débordée, mère célibataire de deux fillettes qui tente de jongler entre sa vie privée et sa vie professionnelle.

Le film s’ouvre sur la démission soudaine du baby-sitter-homme-à-tout-faire. S’ensuivent de multiples épreuves auxquelles l’héroïne doit faire face : l’appel à l’aide d’un ami (Melvil Poupaud), accusé d’une tentative de meurtre, qui souhaite qu’elle assure sa défense ; la lutte contre la vindicte de son ex-mari, écrivain en mal d’inspiration, auteur d’un blog « autofictionnel » qu’il nourrit de leur vie commune ; mais surtout la spirale infernale dans laquelle la jeune femme semble s’embourber. Elle tente alors de trouver les réponses à ses névroses dans les cartes d’une voyante, les aiguilles d’un acuponcteur ou dans les bras d’un amant d’un soir, sans succès.

Les frontières se brouillent, la vie privée se mêle au professionnel, l’intime se confond avec le travail, les talents d’oratrice autrefois convaincants deviennent sans effet,bref, la machine s’enraye.

Désespérée, Victoria va jusqu’à embaucher un ancien dealer (Vincent Lacoste) qu’elle a défendu pour s’occuper de ses filles… et accessoirement d’elle-même.

Après La Bataille de Solférino Justine Triet traite à nouveau de la lutte d’une mère célibataire dans Victoria. Pour incarner cette mère dépassée par les événements, la réalisatrice a judicieusement choisi Virginie Efira, qui tour-à-tour se révèle lumineuse, fantasque, débordée, perdue, pathétique mais toujours vaillante !

Ainsi, même si « cette comédie désespérée mais joyeuse » ne répond pas à toutes les questions existentielles qu’elle soulève, que sa fin laisse songeur et que certains personnages secondaires sont traités de manière assez inégale, elle a le mérite d’allier le burlesque à la mélancolie et surtout de brosser le portrait d’une héroïne des temps modernes : la femme d’aujourd’hui !

Sortie le 14 septembre 2016.

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Zero Theorem

020182.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLondres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : « Management ». Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie…

Une intrigue alambiquée mêlant science-fiction et philosophie, un univers futuriste aseptisé et oppressant, un personnage vulnérable en quête existentielle, une espèce de grand manitou manipulateur au dangereux air de « Big Brother », une fausse bimbo bien plus sensible qu’elle n’y paraît, un gamin aussi brillant qu’esseulé, un décor surréaliste à la fois terne et criard, et un flot d’informations déversé dès le début sur le spectateur jusqu’à saturation. Bienvenue dans l’imagination débridée de Terry Gilliam (Brazil, L’Armée des douze singes), qui, en adaptant le scénario singulier de Pat Rushin, réalise ce que l’on pourrait qualifier d’ovni cinématographique.

« Nous avons essayé de faire un film sincère, stylisé, et surprenant » livrait Gilliam. De ce point de vue là, la tentative est plutôt réussie, notamment grâce au casting impeccable qui réunit Christoph Waltz, méconnaissable dans le rôle de l’anti-héros tourmenté, Mélanie Thierry, attachante poupée acidulée, Matt Damon, gourou machiavélique, ou encore Tilda Swinton, complètement déjantée dans la peau d’une psy virtuelle austère et adepte du rap.

De l’humour pince-sans-rire, un rythme languissant, qui contraste avec le choc visuel imposé, une tonalité colorée teintée de mélancolie…  Zero Theorem est un film atypique (autant dire « gilliamesque »!), qui intéresse par les nombreuse questions soulevées (le sens de la vie, la relation aux autres, la recherche du bonheur…) mais qui reste néanmoins fastidieux à aborder.

Sortie le 25 juin 2014.

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