Le Tournoi

252913.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx7 jours de tournoi dans un grand hôtel à Budapest.
Un favori : Cal Fournier, 22 ans, champion de France d’échecs, génie immature, programmé pour la victoire, combat ses adversaires avec une puissance impressionnante. Déconnecté du monde, Cal se noie dans les jeux et paris permanents avec sa petite amie Lou et ses acolytes Aurélien, Anthony et Mathieu.
Mais un adversaire pas comme les autres va enrayer cette routine bien huilée…

Une plongée au coeur de l’univers des échecs, ce monde mystérieux qui ne laisse rien transparaître, un monde exaltant où les plus fins stratèges s’affrontent à coup de bluff, de combats acharnés, de tactiques déstabilisantes et de calculs machiavéliques, un monde fascinant qui révéla les limites de l’homme face aux machines (citons la célèbre partie remportée par l’ordinateur Deep Blue face au champion du monde Garry Kasparov en 1997, souvent controversée depuis lors). Le tableau séduit d’entrée de jeu.

Mais ne nous y trompons pas : Le Tournoi est avant tout l’histoire d’un jeune espoir, « programmé » pour gagner. La réalisatrice Elodie Namer raconte : « L’enjeu [du film], c’est de comprendre comment Cal s’affranchit de l’emprise de son esprit. Comment le robot s’humanise et devient autre chose qu’un cerveau sur pattes. »

Les échecs ne sont finalement qu’un prétexte à ce portrait d’un joueur blasé et suffisant, pour qui l’avenir semblait tout tracé, qui se retrouve à perdre pied face à un adversaire insaisissable.

L’intérêt du film réside dans sa façon de capter l’enfermement des joueurs, déconnectés de la réalité, prisonniers dans un hôtel oppressant où l’on tue le temps en se lançant des défis débiles ou en enchaînant les cuites entre deux parties. Filmés à huis clos, les joueurs tombent les masquent et révèlent que derrière la maîtrise extrême face à l’échiquier, ils ne sont eux-mêmes que des pions fragiles et puérils, livrés aux mains de leur entraîneur.

Cet axe aurait mérité un traitement plus poussé. Or, la réalisatrice, animée par un désir de rendre « le jeu d’échecs cinématographique », verse dans un style électro-pop malvenu, entre esthétique kitsch aux couleurs saturées et musique tambourinante des plus agaçantes. Le scénario, sans surprise, souffre également de quelques faiblesses et flirte trop souvent avec les codes du film pour adolescents.

Le Tournoi aurait gagné en intensité en étant plus sobre, plus tenu. La maturité s’acquiert avec le temps paraît-il. Rendez-vous lors d’une prochaine partie?

Sortie le 29 avril 2015.

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Respire

586445.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxCharlie est une jeune fille de 17 ans. L’âge des potes, des émois, des convictions, des passions.
Sarah, c’est la nouvelle. Belle, culottée, un parcours, un tempérament. La star immédiate, en somme.
L’insidieuse Sarah choisit la fragile Charlie…

Après Les Adoptés, très beau premier film plein de tendresse et d’élégance, Mélanie Laurent repasse derrière la caméra et nous livre un drame sur une rencontre toxique.

Librement inspiré du roman d’Anne-Sophie Brasme, Respire met en scène une amitié fusionnelle qui bascule sournoisement vers des rapports tyranniques.

Avec finesse et habileté, Mélanie Laurent filme l’évolution de la relation exclusive qu’entretiennent Charlie (Joséphine Japy), adolescente discrète et réservée, et Sarah (Lou de Laâge), un caractère volcanique qui aime être le centre d’attention. Mais une fois la complicité établie, le piège de la fascination se referme sur Charlie. Sarah, perverse narcissique, peut alors faire tomber le masque.

Des plans larges aux plans resserrés, de la mise en scène lumineuse au flou grandissant, de la légereté à la suffocation, la caméra virevolte et capte les instants de sensualité et d’incompréhension, de manipulation et de soumission, de violence et de trahison de façon saisissante.

Servi par une distribution impeccable, dont le formidable duo Lou de Laâge (sublime séductrice à la voix rauque et envoûtante) / Joséphine Japy (émouvante victime, enfantine et gracieuse), et sublimé par une esthétique léchée, Respire est un film qui vous charme, vous accapare et vous consume (malgré un final bancal).

Anxiogène, terrible, puissant.

Sortie le 12 novembre 2014.

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Jappeloup ++

20452765.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDécouvrir, apprendre et s’émouvoir. Espérer, craindre, s’enthousiasmer. Se laisser prendre au jeu lumineux des acteurs, bercé par les mélodies délicates qui illustrent chaque moment fort et vibrer face à la mise en scène sous haute tension, intense et ô combien élégante. Vivre ainsi mille et une émotions par procuration, en l’espace de deux heures à peine, et partager une passion qui nous est pourtant étrangère. Autant de belles surprises que Christian Dugay révèle dans Jappeloup.

Au début des années 80, abandonnant une carrière d’avocat prometteuse, Pierre Durand se consacre corps et âme à sa passion, le saut d’obstacle. Soutenu par son père, il mise tout sur un jeune cheval auquel personne ne croit vraiment : Jappeloup. Trop petit, trop caractériel, trop imprévisible, il a de nombreux défauts mais une détente et des aptitudes remarquables. De compétition en compétition, le duo progresse et s’impose dans le monde de l’équitation. Mais les Jeux olympiques de Los Angeles sont un terrible échec et Pierre prend alors conscience de ses faiblesses. Avec l’aide de Nadia, sa femme, et de Raphaëlle, la groom du cheval, Pierre va regagner la confiance de Jappeloup et construire une relation qui va les mener aux JO de Séoul en 1988.

Librement adapté du roman Crin Noir de Karine Devilder et inspiré de la vie de Pierre Durand, champion olympique de saut d’obstacles au parcours atypique, Jappeloup narre l’incroyable rencontre entre deux êtres au tempérament de feu que l’opiniâtreté et la confiance vont conduire au sommet.

Guillaume Canet – acteur et scénariste du film – excelle dans la peau du cavalier émérite, entouré par la gracieuse Marina Hands, dans son élément au milieu des chevaux – rappelons que les deux acteurs sont passionnés d’équitation -, par un Daniel Auteuil plein de tendresse, un Jacques Higelin fabuleux mais aussi – et surtout – par une formidable Lou de Laâge, jeune talent prometteur que l’on ne se lasse pas de découvrir. Ajoutez à cette distribution prestigieuse une réalisation soignée et un rythme soutenu – malgré l’emploi exagéré de ralentis dans les scènes de saut – et vous obtiendrez un film poignant qui s’adresse aussi bien aux amoureux du monde équestre qu’aux spectateurs novices.

Une belle réussite.

Sortie le 13 mars 2013.

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