Le Redoutable

Godard… Anne… une histoire d’amour… sur les pavés de mai 68… la révolution d’un homme…

Libre adaptation du roman Un an après d’Anne Wiazemsky, est un grand détournement fantaisiste dans lequel Michel Hazanavicius brosse un portrait inédit et savoureux de Jean-Luc Godard. Sous les traits d’un Louis Garrel zozotant, il opère une désacralisation de la légende vivante du cinéma français.

Le réalisateur des excellents OSS 117 rend un facétieux hommage au réalisateur suisse, le présentant comme un homme colérique et caractériel, qui en grand bourgeois devenu révolutionnaire, terrorise son monde et particulièrement sa jeune épouse, Anne. Grâce à la caricature qui en est faite, le personnage détestable, en pleine période de remise en question sur son cinéma, devient au fur et à mesure presque attachant.

La photographie impeccable et la maîtrise du moindre détail permettent une restitution fidèle et réaliste de l’ambiance très « Nouvelle vague » de cette fin des années 60. Reprenant par instant le style Godardien (construction en chapitre, passage en noir et blanc et communication par titres de romans) le film devient peu à peu un hommage pop et plein de tendresse à l’égard de son sujet. Devenu un personnage burlesque, le réalisateur aux grosses montures est parodié dans ses contradictions et sa volonté de vouloir détruire lui-même un cinéma, dont il est la figure emblématique.

Clin d’œil, blague potaches et gimmick forment un ensemble réjouissant, dont il n’est pas improbable qu’il vienne nourrir les disputes entre cinéphiles. Reste à savoir si elles seront aussi savoureuses que celles présentent dans le film.

Plus qu’un biopic, c’est un pastiche réussi au budget lunettes extravagant. Ainsi va la vie, à bord du « Redoutable » !

Sortie le 13 septembre 2017.

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Saint Laurent

388785.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Génie tourmenté, visionnaire fantasque, révolutionnaire désabusé, couturier légendaire… six ans après sa disparition, Yves Saint Laurent continue de marquer les esprits et d’exercer une fascination universelle.

En début d’année sortait un premier biopic consacré au « petit prince de la haute couture » : Jalil Lespert avait alors choisi d’axer son film sur l’histoire d’amour entre Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Quelques mois plus tard, Bertrand Bonello (L’Apollonide – souvenirs de la maison close) livre sa vision du couturier qui collectionna les scandales au même titre que les triomphes.

Moins « grand public » que la version de Lespert, Saint Laurent fait entrer le spectateur dans la tête d’un artiste torturé, en lutte contre ses démons. « Je voulais montrer ce que coûte à Saint Laurent d’être Saint Laurent » raconte Bonello.

Débauche et décadence, drogues et excès, lux[ur]e et vacuité… Au-delà du simple portrait, le réalisateur s’attache à dévoiler une atmosphère envoûtante, fantasmée ou réelle, où se croisent des muses oniriques (la charismatique Betty Catroux, interprétée par l’éblouissante Aymeline Valade, la truculente Loulou de la Falaise…), des femmes charmées, des amoureux redoutables.

Après une première partie passionnante où la créativité du couturier est magnifiée – le spectateur découvre les petites mains qui s’affairent dans les ateliers, où l’on veille au tombé du tissu, à la fluidité de la matière, à la simplicité de la coupe -, la seconde partie s’attache à la relation de Saint Laurent avec Jacques de Bascher, dandy sombre et mystérieux  (insaisissable Louis Garrel). C’est alors que le récit – non chronologique – se fait ardu : les ellipses se multiplient, l’histoire devient confuse, les scènes insipides s’étirent jusqu’à l’ennui, et la crudité de certains plans s’avère vaine et fastidieuse.

On ne peut toutefois que saluer le travail de mise en scène de Bonello, qui a pris le parti de dessiner des nouveaux contours au biopic, plus audacieux voire romanesque que ce à quoi ces prédécesseurs nous ont habitués. Le cinéaste offre non seulement un rôle en or à Gaspard Ulliel, sensuel, complexe et tout bonnement magistral dans la peau du couturier, mais il signe un film d’une esthétique sublime où le moindre plan peut être interprété à l’infini.

Un film qui reste en tête et invite à la réflexion sur ce qui fait la qualité d’une oeuvre. Saint Laurent est imparfait mais provoque, dérange, lasse, émerveille aussi. Dans l’une de ses critiques pour la revue Arts François Truffaut écrivait : « Mieux vaut l’excès que la médiocrité ». Les mots du célèbre cinéaste prennent ici tout leur sens.

Sortie le 24 septembre 2014.

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