Toni Erdmann

166709.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxQuand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond.

Rares sont les comédies à concourir pour la célèbre Palme d’or. Bien que reparti bredouille du dernier Festival de Cannes, Toni Erdmann a réalisé l’exploit de remporter la palme coup de coeur des festivaliers.

Imaginez un gai luron adepte des déguisements en tout genre, partisan des bonnes blagues, prêt à tout pour amuser la galerie… et décrocher un sourire à sa fille engluée dans un quotidien où la fantaisie n’a guère sa place. Imaginez ce même trublion débouler dans la vie de celle-ci tel un ouragan et tenter d’insuffler une bourrasque de folie à ses journées bien monotones. Imaginez enfin ce joyeux drille – qui cache pourtant un côté clown blanc -, s’inventer moult personnages, tantôt Ambassadeur d’Allemagne aux Etats-Unis, tantôt coach de vie qui mène grand train, tantôt jumeau esseulé victime d’un colis piégé, et embarquer dans ses élucubrations cette fille faussement revêche qui semblait avoir oublié la gamine espiègle et pétillante qui sommeille en elle.

Entre une histoire de menottes et de clés perdues, un dentier effarant, une perruque ridicule, une râpe à fromage « design », un « déjeuner à poils » et autre soirée psychédélique, le père multiplie les subterfuges les plus rocambolesques pour aider la jeune femme à retrouver un peu de folie douce…

Loufoque, inattendu, désopilant… les qualificatifs enthousiastes ne manquent pas pour résumer ce Toni Erdmann fort attachant, dont l’atout principal réside en ce duo père/fille aux caractères antinomiques qui fonctionne à merveille. Des acteurs formidables, un scénario bien écrit, des situations burlesques irrésistibles qui contrastent avec les silences lourds en reproches, un comique de situation qui va crescendo, et 2h45 de film qui passent un un claquement de rire… Pas de doute, la comédie de Maren Ade est bien la plus belle surprise de cette dernière édition cannoise.

Sortie le 17 août 2016.

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69e Festival de Cannes

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© FDC / Lagency / Taste (Paris) / Ingrid Bergman © David Seymour / Estate of David Seymour – Magnum Photos

Après dix jours d’euphorie, de liesse, d’impatience, de stress, d’attente, de fatigue, d’engouement, d’exaspération, de déception, d’émerveillement, et tant d’autres couleurs qui composent l’arc-en-ciel émotionnel du festivalier cannois, le moment est venu pour la Croisette de tomber le rideau et de retrouver un peu de calme… jusqu’à la prochaine tempête!

L’heure du bilan a donc sonné. Que retiendrai-je de cette 69e édition? Une étrange sensation d’évanescence. Le festival passe toujours bien trop vite à mon goût (je n’y reste hélas que 4 jours sur les 10 que dure le festival). Mais cette année, le temps m’a semblé s’échapper avec une perfidie redoublée. J’ai pourtant vu autant de films que lors des éditions passées, j’ai encore eu l’occasion de faire de belles rencontres, j’ai même eu le temps d’attraper des coups de soleil et de monter les célèbres marches en soirée. Néanmoins, cette sensation d’éphémère persiste, me laissant un drôle de goût d’inachevé…

Heureusement, les quelques critiques à rédiger vont me permettre de replonger, le temps de l’écriture, dans cette parenthèse cannoise unique où les émotions sont exacerbées, où le monde entier semble contenu dans une petite station balnéaire du sud de la France et où seul le 7e art semble rythmer le quotidien. Pendant ces quelques jours, on vit cinéma, on pense cinéma, on parle cinéma, on rit cinéma, on pleure cinéma, on gueule cinéma… Le reste peut bien attendre.

Un exemple : vous êtes dans une file d’attente pour La Tortue rouge, un petit bijou d’animation épuré sous forme de conte poético-philosophique. Et vous voilà en un clin d’oeil à discuter passionnément avec une réalisatrice iranienne, également artiste d’art contemporain, qui cherche à créer son webzine autour de la parole féminine. Ou à échanger sur la qualité de la sélection du festival avec une exploitante de salles de cinéma corse. Ou encore à tenter d’établir des critères de jugement d’un film avec l’un des membres du jury du Prix Oecuménique du festival.

Plus tard, vous faites le point sur les films vus avec un jeune comédien, qui a joué dans un court métrage sélectionné dans une sélection parallèle. C’est son « premier Cannes », il est à la fois tout émoustillé et assez intimidé par ce spectacle extraordinaire qui se déroule aussi bien dans les salles que dans la rue. S’il savait qu’après cinq ans de festival, l’excitation reste la même…

« Et les films? » me direz-vous? Je vous ai déjà parlé de Julieta et prépare un papier sur Elle, film subversif et fascinant de Paul Verhoeven (aujourd’hui en salles). Je vous toucherai également quelques mots sur Pericle il nero, de Stefano Mordini, un ovni italien, sombre et mystérieux, présenté à Un Certain regard. Je ne couperai à l’exercice de la critique de l’insupportable Juste la fin du monde de Xavier Dolan, hystérique et décevant, ou de celle du ridicule et désolant The Last Face de Sean Penn. Heureusement, il me faudra également évoquer Le Client, d’Asghar Fahadi, prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini, Bacalauréat de Cristian Mungiu, prix de la mise en scène, ou encore Toni Erdmann, la comédie de Maren Ade, coup de coeur des festivaliers.

Voici donc venu le temps de coucher par écrit le souvenir des émotions… et de prolonger cette heureuse sensation d’être blottie dans un nuage de bien-être. Quelque part entre ici et là-bas.

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