La Taupe ++

1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley (Gary Oldman, toujours parfait).
Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr (Tom Hardy), un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef (John Hurt) a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon (Colin Firth), le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même.

Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…Tension, suspense et paranoïa, tels sont les mots clé de ce thriller sombre et complexe mis en scène par Tomas Alfredson (Morse) d’après le roman de John le Carré. Avec une précision quasi-chirurgicale, Alfredson signe une réalisation tenue, à l’esthétique soignée, où chaque détail compte pour restituer l’atmosphère des années 1970 et plonger peu à peu le spectateur dans l’univers de l’espionnage – un univers que le Carré connaît bien pour avoir oeuvré au service de sa majesté dans les années 1950.

Servie par une distribution remarquable – Gary Oldman, « Mr caméléon », en tête, prouvant à nouveau tout l’étendu de son talent en reprenant le rôle interprété par le grand Alec Guiness dans la série télévisée de 1979 – et sublimée par la musique d’Alberto Iglesias (célèbre acolyte de Pedro Almodovar), La Taupe décline les thèmes de l’amitié, de la trahison et de la loyauté autour d’une intrigue particulièrement élaborée… et même des plus intriquées.

Soit, le monde de l’espionnage confère un certain degré d’opacité. Mais à force de vouloir tisser le scénario telle une toile d’araignée en multipliant pistes et complots, le spectateur finit par perdre trop souvent le fil de l’histoire.

Tout au long du film, on attend avec une certaine impatience que le voile se lève sur ce récit alambiqué. Hélas, plus on avance à petits pas, pris dans les méandres scénaristiques, plus la brume se fait compacte.

Gageons toutefois que La Taupe réjouira à coup sûr les adeptes de le Carré et des aventures de George Smiley.

Sortie le 8 février 2012.

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L’Irlandais ++

Gerry Boyle est un flic flegmatique et solitaire, amateur de Guinness, de poésie et de prostituées à ses heures perdues. En poste dans un village bien tranquille du comté de Galway, sur la côte irlandaise, il passe ses journées à faire respecter la loi… au pub local. Malheureusement pour lui, des trafiquants de drogue ont jeté leur dévolu sur cette région endormie pour en faire la base de leurs opérations. Le village va bientôt se retrouver au cœur d’une intervention anti-drogue de grande envergure menée par le FBI. Les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais seules, Boyle doit désormais composer avec Wendell Everett, un super agent du FBI déterminé et maniaque dépêché sur place. Certes, les procédures de l’élite du FBI diffèrent de celles du flic bedonnant, peu zélé et politiquement incorrect. Mais après tout, la méthode locale pourrait bien fournir des résultats inattendus…

Un flic à l’allure faussement débonnaire qui excelle dans son boulot autant que dans la descente de pintes (Bredan Gleeson), un novice fraîchement débarqué de Dublin qui disparaît mystérieusement (Rory Keenan), un agent du FBI à l’humour apathique (Don Cheadle), un Sherlock Homes en culotte courtes passionné d’armes à feu, une vielle dame sur le déclin intriguée par l’utilisation de quelques substances illicites, des méchants qui manient flingues et cynisme avec autant de dextérité, et des cadavres de-ci de-là… Bienvenue chez John Michael McDonagh, un cinéaste à l’univers décalé teinté d’humour noir, qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain Martin McDonagh, réalisateur de Bons Baiser de Bruges. Ainsi, chez les frères McDonagh, on prend un malin plaisir à jouer avec les clichés admis. L’Irlandais ne déroge pas à la règle et fait des poncifs traditionnels sa toile de fond : au pays des leprechaun, on est bourru, on boit, on met un point d’honneur à parler gaélique et on n’aime pas trop les étrangers (surtout les Dublinois).

Le spectateur se régale des aventures de ce tandem de choc (des cultures !), qui s’inscrit dans la lignée des duos de flics improbables – Riggs et Murtaugh, Sinclair et Wilde, Boiron et Lesbuche (Les Ripoux) -, mené tambour battant par l’agent Gerry Boyle, un ours mal léché au cœur tendre qui aimerait « fonder une famille un jour, au lieu de [se] taper des putes et de picoler ».

Bien que le rythme fasse parfois défaut, le film de John Michael McDonagh, qui a remporté le Prix du public au dernier Festival du film britannique de Dinard, laisse un goût fort en bouche, légèrement âpre de prime abord, comme pour mieux révéler un bouquet corsé aux notes douces amères… A savourer comme une Guinness. Et comme on dit là-bas : Slainte !

Sortie le 21 décembre 2011.

 

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