Hostiles

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

Odyssée romanesque, épopée majestueuse, Hostiles est un western dans la grande tradition du genre. Scott Cooper (Les Brasiers de la colère) – qui signe la réalisation et le scénario -, fait montre d’une minutie remarquable, tant dans sa mise en scène finement ciselée que dans les moindres détails du film, des costumes des personnages au dialecte cheyenne parlé en passant par la violence des combats.

En résulte un réalisme saisissant, appuyé par une esthétique du film somptueuse, le cinéaste ayant cette faculté de restituer toute la beauté des paysages naturels, sauvages et symboliques, du Nouveau-Mexique et du Colorado, qui ont servi de décors au film .

Néanmoins, Hostiles peut laisser une sensation mitigée : la photographie est sublime, l’interprétation de Rosamund Pike tout bonnement bouleversante, et l’ambition de Scott Cooper de réaliser un récit allégorique grandiose est manifeste. Mais le scénario reste simpliste, le combat final aurait pu nous être épargné, la façon dont sont brossés les personnages demeure superficielle et la fin est attendue.

Gageons que, malgré ses défauts, Hostiles saura trouver son public.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

Sortie le 14 mars 2018.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Bienvenue à Suburbicon

  1. Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.

George Clooney derrière la caméra, les frères Coen au scénario, Alexandre Desplat à la musique, Matt Damon, Julianne Moore et Oscar Isaac au casting… Bienvenue à Suburbicon réunit un bon nombre d’atouts qui attireraient en salles les cinéphiles les plus exigeants.

Hélas, sous ses airs de polar satirique à la sauce magouille, cette comédie noire semble être réduite au même niveau que le décor en carton-pâte dans laquelle elle évolue.

L’intention de départ était pourtant prometteuse : dépeindre les travers d’une société édulcorée et s’amuser à faire tomber les masques des marionnettes pathétiques qui la composent avec l’habile mordant qui sied tant aux comparses Clooney-Coen. Mais le trio de choc pèche par excès d’ambition, ajoutant avec maladresse une dimension politique dont le lien avec la diatribe sociale initiale manque de finesse.

Malgré une mise en scène ciselée rythmée par une tension qui va crescendo, le film souffre d’un récit confus, embourbé dans une certaine lourdeur. Dommage.

Avertissement : déconseillé aux moins de 12ans.

Sortie le 6 décembre 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Le château de verre

Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Élevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier.

« Pourquoi passer l’après-midi à préparer un repas qui sera avalé en une heure, quand dans le même temps, je pourrais peindre un tableau qui durera toujours ? » demande la mère, plus soucieuse de donner libre cours à son inspiration créative que de prendre soin de ses enfants.

Adapté du récit autobiographique de Jeannette Walls, Le château de verre brosse le portrait d’une famille marginale qui a pour credo l’anticonformisme. Destin Daniel Cretton (States of Grace) porte ainsi sur grand écran l’enfance chaotique de l’héroïne et de sa fratrie et ponctue son récit de multiples flash-back, convoquant les souvenirs houleux d’une jeune femme devenue rigide.

Les déménagements improvisés en pleine nuit à chaque fois que le père perdait son nouveau job, les maisons insalubres, les nuits à la belle étoiles au milieu des parcs nationaux peuplés d’animaux sauvages, la privation quotidienne, l’apprentissage « à la dure », la faim qui se faisait sentir plusieurs jours durant, les vaines promesses, l’instabilité permanente, l’alcool ravageur, mais aussi, l’imagination débridée, les échanges intellectuels passionnants, les histoires abracadabrantes racontées avec une infinie tendresse, les moments de complicité privilégiés, les étoiles offertes pour Noël… Le récit – qui s’apparente à un conte initiatique – suit l’évolution d’une enfant dans son rapport à son père, de l’admiration à la colère jusqu’au pardon, évitant subtilement l’écueil du règlement de compte.

Si l’on est rapidement happé par cette histoire peu ordinaire, qui émeut autant qu’elle questionne, la narration finit par traîner en longueur et devient même insipide. Dommage. Un tel sujet aurait mérité une écriture plus pêchue, une mise en scène plus imaginative, à l’image de ses protagonistes singuliers et excentriques.

Sortie le 27 septembre 2017.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS