Et les Mistrals gagnants

513860.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxAmbre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre six et neuf ans. Ils vivent dans l’instant. Avec humour et surtout l’énergie optimiste de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leur maladie. Avec beaucoup de sérénité et d’amour, ces cinq petits bouts d’Homme nous montrent le chemin du bonheur. Un film à hauteur d’enfant, sur la vie tout simplement.

Et les mistrals gagnants, premier long métrage d’Anne-Dauphine Julliand, s’intéresse à un sujet ô combien délicat sur l’enfance, la maladie et le bonheur. Réduisant les prises de vue à une seule caméra, la cinéaste choisit un point de vue unique, celui des enfants, dont la parole spontanée et pourtant avisée surprend autant qu’elle émerveille.

Voici cinq histoires différentes, cinq personnalités hautes en couleur, toutes passionnées, courageuses et rieuses, qui témoignent avec une connaissance quasi-experte de leur maladie et philosophent avec une rare sagesse sur l’importance de l’instant présent.

Très vite, le documentaire se focalise sur l’enfance et fait la part belle à l’insouciance, teintée d’une lucidité saisissante. Nous voici en pleine course dans les couloirs de l’hôpital, dansant comme des fous dans la chambre pour redonner le sourire aux copains, absorbé par les paroles du médecin expliquant le procédé d’une greffe de rein, en train de tricher allègrement au « Uno », prête à entrer en scène, concentrée et toute pomponnée, fasciné par l’éclosion d’une double tulipe, pédalant avec la frénésie d’un maillot jaune sur son vélo, ou caressant, appliqué, les touches du piano.

En arrière-plan, les parents, dignes et généreux, qui ont compris la nécessité de laisser s’épanouir leurs petits, et le personnel soignant, présent sans être intrusif, pédagogue et réconfortant.

Evidemment, on ne peut contenir quelques larmes, mais l’on ressort de ce cet hymne à la vie le sourire au cœur.

Sortie le 1er février 2017.

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Spartacus et Cassandra

arton3522Deux enfants Rroms sont recueillis par une jeune trapéziste dans un chapiteau à la périphérie de Paris. Un havre de paix fragile pour ce frère et sa soeur de 13 et 10 ans, déchirés entre le nouveau destin qui s’offre à eux, et leurs parents vivant dans la rue.

« J’ai compris que pour vivre sans mes parents, il fallait que j’accepte que mes parents puissent vivre sans moi ». Ces paroles sont celles de Cassandra, une fillette aux yeux clairs dont la maturité bouleversante résume tout l’esprit du documentaire de Ioanis Nuguet. Derrière sa caméra Super 8, le jeune cinéaste capte le quotidien de ces deux enfants devenus « les parents de leurs parents ». Le père est à la dérive. La mère n’a plus toute sa tête. La famille est menacée d’expulsion du territoire français. L’avenir des enfants repose sur leurs frêles épaules. Ils doivent se décider : partir avec leurs parents dans un autre pays et poursuivre cette vie d’errance et d’incertitudes ou être placés en foyer d’accueil, loin de leur famille, mais avec la promesse de jours meilleurs.

Le film s’ouvre sur une scène de funambule : Spartacus y pose sa voix et nous livre sa vie en quelques mots. Une intimée partagée avec pudeur, criante de vérité. La caméra tourne, les images défilent, saisissantes, vertigineuses. Nous sommes dans un cirque. Celui que Camille a installé au milieu d’un campement de rroms afin que les enfants puissent y apprendre le jonglage, l’acrobatie… Très vite, le cirque a pris une autre dimension sociale : on y fait de l’aide aux devoirs, on accompagne les familles aux rendez-vous avec le juge, on aide à trouver des solutions… Camille a fait la connaissance de Spartacus et Cassandra dans la rue. Un lien rare s’est tissé peu à peu entre ces trois-là. Et c’est aussi de ces rencontres précieuses qui peuvent vous construire, de ces évidences capables d’influer sur le cours de nos vies dont nous parle Ioanis Nuguet dans son premier film qui résonne de façon universelle.

Présenté par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID) au Festival de Cannes, Spartacus et Cassandra est un documentaire bouleversant et généreux, qui met à mal les clichés concernant la communauté rrom et redonne un peu d’espoir à travers le regard de ces enfants qui ont grandi trop vite.

Sortie le 11 février 2015.

Pour en savoir plus, retrouvez notre interview de Ioanis Nuguet dans l’article suivant.

 

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Les Soeurs Quispe

337669.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxChili 1974. Justa, Lucia et Luciana Quispe, trois bergères de l’Altiplano, mènent une vie retirée au rythme de la nature. À son arrivée au pouvoir, Pinochet remet en question ce mode de vie ancestral et met en place la loi anti-érosion, afin d’éviter que les troupeaux, à force de brouter, n’érodent les sols chiliens déjà instables. Il s’agit en réalité d’une loi visant à éradiquer les peuples nomades vivant à l’écart du reste de la société chilienne et n’étant donc pas contrôlés par l’Etat.
Les trois soeurs voient leur mode de vie remis en question et traversent alors une crise existentielle qui aura un retentissement unique dans l’histoire contemporaine du Chili.

Filmer la petite histoire pour mieux révéler la grande. Choisir un autre angle de vue, celui de l’intime, pour faire comprendre les répercussions de la dictature jusqu’aux confins du Chili, là où la nature domine et le temps semble s’être arrêté. Raconter cette légende par-delà les frontières et rendre hommage à ces trois femmes menacées de voir disparaître les traditions familiales qu’elles s’appliquaient à faire perdurer au quotidien. Montrer qu’en dépit des conditions de vie difficiles où les grands espaces riment avec danger et solitude, le bonheur existe, qu’il s’agisse de prendre soin des bêtes ou de veiller les unes sur les autres. Voilà tout ce que nous dit Sebastian Sepulveda en retraçant l’histoire des soeurs Quispe.

Adapté de la pièce de théâtre Las Brutas de Juan Radrigan, Les Soeurs Quispe est un film précieux, nécessaire par le devoir de mémoire qu’il accomplit.

Mu par un désir d’authenticité, le cinéaste -qui est allé vivre aux côtés de l’une des dernières familles Coyas de l’Altiplano – dévoile avec pudeur ce quotidien rugueux rythmé par la traite des chèvres, le soin apporté aux bêtes, le troc passé avec le colporteur à qui l’on échange du fromage contre des vêtements, le campement à installer chaque soir à l’abri d’une « ruca », le maté que l’on boit au coin du feu, les souvenirs et les inquiétudes que l’on partage…

Le film est nourri de silences qui semblent faire écho à l’infini du paysage montagneux. En quelques mots prononcés avec parcimonie, on comprend la méfiance des soeurs vis à vis des hommes, l’importance de la nature chez les Coyas, ces indiens des montagnes venus d’Argentine et devenus bergers, et l’ultime décision prise face à cette terrible loi meurtrière.

Servi par trois comédiennes pleines de justesse (Catalina Saavedra, Francisca Gavilan et Digna Quispe, la nièce des soeurs à qui le film est dédié), Les Soeurs Quispe est un film rugueux et puissant qui mérite que l’on s’y intéresse de très près.

Retrouver l’interview de Sebastian Sepulveda ici.

Sortie le 4 juin 2014.

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