Fais de beaux rêves

543348-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxTurin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale.
Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

Le noyau familial, les racines, la construction identitaire,  la candeur, le deuil précoce, la douleur inexplicable, le mensonge « par protection », la perte de l’innocence, la colère, le déni, les souvenirs, la confrontation, « l’aptitude à survivre à cette perte incompréhensible »… autant de thèmes que Marco Bellocchio (La Belle endormie, Le Sourire de ma mère) abordent avec pudeur et simplicité dans l’adaptation du best-seller Fais de beaux rêves, mon enfant de Massimo Gramellini.

Le cinéaste explique ce qui l’a le plus inspiré dans le récit autobiographique de Gramellini : « L’histoire de cet enfant et des vicissitudes de sa vie d’adulte m’a profondément intéressé, c’est clairement un contrepoint flagrant à ma propre biographie », analyse-t-il.

A travers une mise en scène soignée ponctuée de flash-backs habilement amenés, le récit se construit au gré des souvenirs de Massimo : les lieux qui ont marqué son enfance ou qui ont déterminé son avenir, les jeux complices avec sa mère et déjà, l’angoisse de l’abandon, révélée au cours d’une partie de cache-cache sans fin.

Présenté en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs au dernier Festival de Cannes, Fais de beaux rêves est un film dense, tout en clair-obscur, qui part d’une tragédie intime pour aboutir à une forme d’apaisement. Sublime et bouleversant.

Sortie le 28 décembre 2016.

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La fille du 14 juillet ++

20537269.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxHector qui a rencontré Truquette au Louvre le 14 juillet, n’a qu’une préoccupation : séduire cette fille qui l’obsède. Le meilleur moyen c’est encore de foncer l’emmener voir la mer et Pator ne saurait lui donner tort, surtout si elle est accompagnée de sa copine Charlotte…
Flanqués de l’inévitable Bertier, ils empruntent les petites routes de France dont les caisses sont vides. Car c’est la crise ! Il faut remettre la France au boulot et, en plein été, le gouvernement décide d’avancer la rentrée d’un mois.
Un chamboule-tout et quelques liasses de billets plus tard, le groupe se disloque à l’image d’une France coupée en deux, entre juillettistes et aoûtiens jaloux. Mais rouler en sens inverse du travail n’effraie pas le trio restant, bien décidé à retrouver La Fille du 14 juillet et à vivre un été débraillé.

Farfelu, décalé, pittoresque et un effet foutraque totalement assumé. Pour son premier long métrage, Antonin Peretjako nous livre une comédie pleine de fantaisie sur fond d’actualité bien sentie.

Nous voici donc embarqués dans ce « road movie » d’un autre genre, où nous croisons Truquette, jeune diplômée qui cherche du travail mais qui n’a pas de logement, et qui ne peut pas s’inscrire au Pôle emploi sans logement et qui ne peut pas se loger sans travail et qui s’improvise marchande de guillotines de poche le jour de la fête nationale pour se payer des vacances (vous suivez?) ; le Dr Placenta, en cavale dans sa delorean futuriste depuis que la police a découvert qu’il pratiquait la médecine sans être diplômé, et dont l’un des passetemps est d’endormir son fils à coup de balles au chloroforme ; le jeune Hector, un gardien de musée au coeur amoureux ; Pator, le poète aux cheveux gras ; Charlotte, la belle blonde dont le frère lourdaud va s’enticher de Truquette la brunette et compromettre une histoire d’amour naissante…

Qualifié de « film de départementales » par le réalisateur – qui ajoute : « si j’avais fait un blockbuster, les personnages auraient pris l’autoroute » -, La Fille du 14 juillet affiche sa bonne humeur communicative, revendique son style désuet, prend des airs de joyeux foutoir, s’entoure de personnages follement singuliers et nous régale de moments savoureux rythmés par des répliques truculentes (citons cette tentative de séduction des plus élégantes du frérot pataud qui lâche avec conviction à la pauvre Truquette : « Tu es craquante et légère comme une chips »).

Le meilleur remède anti-crise qui ait été filmé. A voir sans modération!

En DVD depuis le 2 janvier 2014 (distribué par Shellac : plus d’infos sur la page facebook).

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Les garçons et Guillaume, à table ! ++

20529833_20131017171932686.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse ma chérie » ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

Trouver les mots justes pour vous parler des Garçons et Guillaume, à table! s’avère un exercice vain tant la pépite que nous livre généreusement Guillaume Gallienne rayonne telle une évidence en chacun de nous.

Après avoir brûlé les planches avec sa pièce de théâtre éponyme, l’acteur aux multiples talents s’essaye brillamment à la réalisation pour porter sa propre histoire sur grand écran.

Prétexte à un « coming out inversé » (dixit l’auteur), Les Garçons et Guillaume… raconte les souvenirs intimes d’un homme qui s’est construit « en miroir », avec une certaine complaisance, selon le reflet que sa mère lui renvoyait.

« Pour rester unique aux yeux de cette Maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. C’était ma manière à moi de les aimer, de m’oublier, de me laisser fasciner. »

Incarner ce que « les autres » attendent de vous. Séduire au risque de se perdre. Prendre conscience du leurre sur lequel on peut parfois se construire. S’affirmer peu à peu, quitte à remettre en question tout son univers, y compris les liens privilégiés avec celle qui nous a façonnée. Au-delà de la petite histoire, les sujets abordés avec humour et subtilité par le comédien semblent universels.

Des sujets plein de finesse mis en scène à travers un univers délicieusement fantasque, où l’on joue à Sissi l’impératrice affublé de sa couette en guise de robe d’époque, où l’on apprend l’art de la « sevillana », cette danse de la séduction qui consiste à aguicher pour mieux se défiler, où l’on peaufine diaboliquement sa stratégie pour échapper au service militaire et où l’on grandit entouré d’une famille gentiment gratinée – le père dépassé, la grand-mère attachante qui yoyote un peu et bien sûr, cette mère « supérieure » au caractère bien trempé.

Pour son premier film, Guillaume Gallienne signe une bien belle déclaration d’amour, à sa mère certes mais aussi aux femmes, lui qui a su en saisir l’essence. Une comédie pleine de tendresse et de sincérité, qui donne envie de sonner le rappel au moment où le générique de fin retentit.

Sortie mercredi 20 novembre 2013.

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