Les Derniers parisiens

424058.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxTout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin…

Premier long métrage de Hamé Bourokba et Ekoué Labitey – membres du groupe de rap La Rumeur -, Les Derniers parisiens esquisse le portrait d’un quartier en pleine mutation, où la vie nocturne, imprévisible et colorée, s’aseptise peu à peu, où les petits commerces se font bouffer par la grosse distribution, où les artistes sans le sou ont disparu au profit de businessmen peu fréquentables et où le fol enthousiasme a cédé la place à une certaine mélancolie.

« Quand on a vu qu’un Starbucks remplaçait un célèbre sex-shop, on s’est dit qu’il y avait un basculement irréversible, décrit Ekoué. La vie est devenue tellement chère que, si quelques boutiques pour les touristes subsistent, beaucoup de gens qui faisaient de Pigalle un lieu pluriel, métissé et commerçant ont dû partir. Les Derniers parisiens est [notre façon de] dire quelque chose sur Paris, sur notre époque, le petit peuple et les gens de peu. »

Une intention louable, une idée originale, quelques trouvailles bien senties (des plans rapprochés, filmés « à hauteur d’hommes » pour mieux immerger le spectateur au coeur des déambulations du personnage principal) et au casting, l’impeccable Reda Kateb… le film avait de quoi réjouir. Malheureusement, le manque de maîtrise technique, le scénario confus qui mêle plusieurs histoires à la fois sans jamais en traiter une seule, les caractères trop superficiels des personnages – qui auraient pourtant mérité d’être creusés-, l’atmosphère couleur pastel là où les teintes franches voire criardes auraient été de meilleur effet, le langage souvent incompréhensible des personnages font que l’on survole le film sans jamais y entrer vraiment.

C’est bien dommage.

Sortie le 22 février 2017.

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Loin des hommes

594635.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

Librement inspiré de L’Hôte, une nouvelle d’Albert Camus, Loin des hommes propose un voyage philosophique en suivant les pérégrinations de deux personnages pris au piège de la violence environnante.

L’identité, l’appartenance, l’héritage, l’honneur, la justice et son absurdité, la fuite, la confrontation, le courage, la fraternité… autant de notions abordées tout au long du film, en plein coeur des montagnes de l’Atlas.

« Bien qu’écrit il y a soixante ans, [ce texte] m’a semblé très contemporain et applicable au monde d’aujourd’hui, dans de nombreuses régions au bord de la rupture. J’ai retrouvé dans la problématique que vit Daru, le héros de la nouvelle, des questions que je me pose : la difficulté de s’engager, la difficulté d’y voir clair dans un monde instable, la difficulté de l’action, la tentation du repli sur soi » révèle David Oelhoffen, qui met en scène un film poignant aux airs de western rugueux, âpre et mélancolique.

Face à la caméra, Viggo Mortensen livre une interprétation subtile d’un homme tiraillé entre devoir et obligation. A ses côtés, Reda Kateb est impeccable, trouvant l’équilibre parfait entre fierté et humilité.

Un duo remarquable, une photographie sublime, des paysages arides d’une beauté infinie, un rythme empreint de lenteur… Et malgré cela, Loin des hommes laisse une sensation d’éphémère : on aurait tant aimé garder cette histoire intemporelle en tête, mais celle-ci semble nous échapper bien malgré nous.

Sortie le 14 janvier 2015.

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Les garçons et Guillaume, à table ! ++

20529833_20131017171932686.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse ma chérie » ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

Trouver les mots justes pour vous parler des Garçons et Guillaume, à table! s’avère un exercice vain tant la pépite que nous livre généreusement Guillaume Gallienne rayonne telle une évidence en chacun de nous.

Après avoir brûlé les planches avec sa pièce de théâtre éponyme, l’acteur aux multiples talents s’essaye brillamment à la réalisation pour porter sa propre histoire sur grand écran.

Prétexte à un « coming out inversé » (dixit l’auteur), Les Garçons et Guillaume… raconte les souvenirs intimes d’un homme qui s’est construit « en miroir », avec une certaine complaisance, selon le reflet que sa mère lui renvoyait.

« Pour rester unique aux yeux de cette Maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. C’était ma manière à moi de les aimer, de m’oublier, de me laisser fasciner. »

Incarner ce que « les autres » attendent de vous. Séduire au risque de se perdre. Prendre conscience du leurre sur lequel on peut parfois se construire. S’affirmer peu à peu, quitte à remettre en question tout son univers, y compris les liens privilégiés avec celle qui nous a façonnée. Au-delà de la petite histoire, les sujets abordés avec humour et subtilité par le comédien semblent universels.

Des sujets plein de finesse mis en scène à travers un univers délicieusement fantasque, où l’on joue à Sissi l’impératrice affublé de sa couette en guise de robe d’époque, où l’on apprend l’art de la « sevillana », cette danse de la séduction qui consiste à aguicher pour mieux se défiler, où l’on peaufine diaboliquement sa stratégie pour échapper au service militaire et où l’on grandit entouré d’une famille gentiment gratinée – le père dépassé, la grand-mère attachante qui yoyote un peu et bien sûr, cette mère « supérieure » au caractère bien trempé.

Pour son premier film, Guillaume Gallienne signe une bien belle déclaration d’amour, à sa mère certes mais aussi aux femmes, lui qui a su en saisir l’essence. Une comédie pleine de tendresse et de sincérité, qui donne envie de sonner le rappel au moment où le générique de fin retentit.

Sortie mercredi 20 novembre 2013.

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