Parfaites

Qui n’a jamais eu de préjugés méprisants sur la natation synchronisée ? Ridiculisée et ignorée, cette discipline sportive souffre de sa mauvaise réputation. Pourtant, derrière les paillettes et les sourires se cache un sport où se mélange le culte de la beauté et de la performance ainsi que des exigences athlétiques qui dépassent les limites de l’imaginable. Parfaites retrace le parcours émouvant et inspirant de Claudia, Marie-Lou et toute l’équipe nationale canadienne qui les mènera jusqu’aux qualifications olympiques à Rio de Janeiro. Face aux nombreux sacrifices à faire et aux défis à relever, réussiront-elles à concrétiser leur rêve ? Et à quel prix ?

Pour son premier long métrage, Jérémie Battaglia nous offre une plongée inattendue au cœur d’un sport complexe, exclusivement féminin, devenu discipline olympique en 1984, et pourtant bien mal connu.

Une discipline de fer, un entraînement titanesque mêlant musculation, course, endurance, danse, acrobatie, natation, une technique qui se travaille jusqu’à l’excellence, une perfection qui se recherche même dans l’apparence du groupe, supposé être homogène selon les juges des compétions internationales, quitte à effacer les individualités – la corpulence, évidemment fine et longiligne, doit être identique, tout comme la façon d’être maquillée, coiffée… même la teinte de peau devrait être uniforme !

Pendant près de deux ans, la caméra de Battaglia s’est immergée dans le quotidien de ces jeunes femmes, qui témoignent chacune à sa façon de ses rêves, de la flamme qui les anime, de l’espoir des qualifications, du découragement et de l’injustice ressentis quand celles-ci n’ont pas lieu, de la lassitude face à l’absurdité que la natation synchronisée peut représenter parfois, des interrogations sur leurs réelles motivations ou sur leur avenir une fois l’âge « limite » franchi, puis du retour de cette fameuse petite flamme qui brûle et fait envoler tous les doutes.

Ces danseuses-nageuses se révèlent touchantes par leur sincérité, admirables par leur courage, leur abnégation et leur détermination à se démarquer par leur différence.  Portées par une belle amitié, une solidarité à toute épreuve, elles affrontent toute cette folie liée à la quête de la perfection, technique et esthétique, qui peut virer à l’obsession destructrice. Il n’y a qu’à se remémorer cette scène saisissante où chaque nageuse énumère le nombre de blessures, fractures, entorses, commotions cérébrales, ou « simples tendinites » endurées au cours de leur carrière professionnelle.

Des personnalités attachantes sublimées par l’oeil du photographe (métier qu’exerce également Battaglia), des plans soignés, des cadres pensés, une mise en scène sobre et élégante, ponctuée par des effets d’ombre et de lumière qui viennent accentuer le récit passionnant et terrifiant… Parfaites est un documentaire de « haut niveau ».

Sortie le 5 avril 2017.

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Dancers

414507.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxInséparables et complices depuis l’enfance, Lukas, Syvert et Torgeir, sont trois jeunes danseurs qui partagent le même rêve : intégrer l’Académie de ballet d’Oslo. Mais les places sont chères et les opportunités rares. Acharnés à réussir, à se perfectionner et à faire de leur corps l’instrument parfait, ils nous emmènent dans leur quotidien rythmé par la dureté des entraînements et le stress des auditions. Autant d’épreuves qu’ils sont prêts à surmonter pour, un jour, devenir danseur étoile.

Pendant quatre ans, Kenneth Elvebakk a suivi un trio d’adolescents animés par la même passion. Il en résulte un documentaire enthousiasmant autour de ces trois personnalités distinctes que le spectateur prend le temps de découvrir dans leur quotidien.

Il y a Lukas, une gueule d’ange au talent inouï, dont la maturité surprend autant que sa détermination. D’ailleurs, il l’affirme : « le ballet est la seule alternative ». Syvert, sous ses airs de bout en train, se remet souvent en question et doute de ses capacités. Quant à Torgeir, malgré sa corpulence robuste qui lui demande davantage de travail, il démontre un tempérament d’acier.

Au gré des témoignages qui prennent peu à peu le ton de la confidence, le spectateur s’attache à ses gamins bourrés d’humour, qui évoluent les rêves plein la tête (mais les pieds bien sur terre !), découvre leur personnalité joyeuse, extravertie ou réservée, les voit grandir, hésiter, s’affirmer, s’émeut de leur belle amitié et de les voir prendre des chemins différents.

Un bémol toutefois : la fin du film, brutale, où l’on quitte les trois ados devenus de jeunes adultes avec tout autant d’interrogations sur leur avenir alors qu’il aurait été si plaisant de poursuivre l’aventure à leurs côtés encore un peu …

Frustrant !

Sortie le 27 mai 2015.

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Le Tournoi

252913.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx7 jours de tournoi dans un grand hôtel à Budapest.
Un favori : Cal Fournier, 22 ans, champion de France d’échecs, génie immature, programmé pour la victoire, combat ses adversaires avec une puissance impressionnante. Déconnecté du monde, Cal se noie dans les jeux et paris permanents avec sa petite amie Lou et ses acolytes Aurélien, Anthony et Mathieu.
Mais un adversaire pas comme les autres va enrayer cette routine bien huilée…

Une plongée au coeur de l’univers des échecs, ce monde mystérieux qui ne laisse rien transparaître, un monde exaltant où les plus fins stratèges s’affrontent à coup de bluff, de combats acharnés, de tactiques déstabilisantes et de calculs machiavéliques, un monde fascinant qui révéla les limites de l’homme face aux machines (citons la célèbre partie remportée par l’ordinateur Deep Blue face au champion du monde Garry Kasparov en 1997, souvent controversée depuis lors). Le tableau séduit d’entrée de jeu.

Mais ne nous y trompons pas : Le Tournoi est avant tout l’histoire d’un jeune espoir, « programmé » pour gagner. La réalisatrice Elodie Namer raconte : « L’enjeu [du film], c’est de comprendre comment Cal s’affranchit de l’emprise de son esprit. Comment le robot s’humanise et devient autre chose qu’un cerveau sur pattes. »

Les échecs ne sont finalement qu’un prétexte à ce portrait d’un joueur blasé et suffisant, pour qui l’avenir semblait tout tracé, qui se retrouve à perdre pied face à un adversaire insaisissable.

L’intérêt du film réside dans sa façon de capter l’enfermement des joueurs, déconnectés de la réalité, prisonniers dans un hôtel oppressant où l’on tue le temps en se lançant des défis débiles ou en enchaînant les cuites entre deux parties. Filmés à huis clos, les joueurs tombent les masquent et révèlent que derrière la maîtrise extrême face à l’échiquier, ils ne sont eux-mêmes que des pions fragiles et puérils, livrés aux mains de leur entraîneur.

Cet axe aurait mérité un traitement plus poussé. Or, la réalisatrice, animée par un désir de rendre « le jeu d’échecs cinématographique », verse dans un style électro-pop malvenu, entre esthétique kitsch aux couleurs saturées et musique tambourinante des plus agaçantes. Le scénario, sans surprise, souffre également de quelques faiblesses et flirte trop souvent avec les codes du film pour adolescents.

Le Tournoi aurait gagné en intensité en étant plus sobre, plus tenu. La maturité s’acquiert avec le temps paraît-il. Rendez-vous lors d’une prochaine partie?

Sortie le 29 avril 2015.

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