Autour de ma pierre il ne fera pas nuit (théâtre)

afficheautourAutour de ma pierre il ne fera pas nuit. Un titre mystérieux pour une pièce fantasque, drôle, poétique, déroutante, qui se joue actuellement au Ciné 13, et qui mérite bien quelques mots…
Dans une ville qui pourrait être Naples, une musique d’Elvis, deux frères qui s’aiment. Ils pillent les tombes pour se payer un chalet sécurisé en Suisse. Une nuit de canicule qui pourrait être demain, une veuve se déguise en mariée, une vierge a le ventre qui picote et le père se travestit. Juste, le poète maudit alsacien, cherche des filles pour plaisanter. Un coup de feu est tiré et le drame se déploie.

Théâtre de l’absurde, théâtre contemporain, comédie, farce et tragédie, la pièce de Fabrice Melquiot se joue des genres, fait exploser les cadres et emporte le spectateur dans une expérience sensorielle, d’abord olfactive, musicalement enivrante, tantôt frénétique tantôt silencieuse, parfois aveuglante et souvent rythmée.

« Je vous préviens, on fait du théâtre contemporain, donc on ne comprend pas toujours » clame d’entrée de jeu Dan, le narrateur-protagoniste-mort-mais-pas-tant-que-ça. La curiosité est piquée au vif, l’émotion vous prend par surprise au détour d’une réplique, les pieds se mettent à battre la mesure sur des airs de guitare électrique et les applaudissements retentissent alors que les questions se bousculent dans la tête. Pour poursuivre la réflexion, il fallait bien une rencontre avec Sébastien Bonnabel, le metteur en scène de cette pièce étonnante.

Des Films et des Mots : Parlez-nous de la « genèse » de la pièce Autour de ma pierre il ne fera pas nuit signée Fabrice Melquiot. Y a t-il un élément particulier qui a éveillé votre envie de la mettre en scène?
Sébastien Bonnabel : Il s’agit de ma première mise en scène. Mon désir de monter cette pièce venait de l’envie de travailler avec certains comédiens de la troupe que j’avais rencontrés lors des formations que je dispense. J’avais lu cette pièce quelques temps auparavant et elle m’était restée en mémoire. J’avais été frappé à la fois par l’humanité des personnages, par la poésie du texte et par les nombreux tabous qu’évoquent l’auteur, les situations tragiques et la solitude des protagonistes.
Mais ce qui m’a certainement le plus touché, c’est la fraternité de Dan et Ivan et la tragédie de leur amour. C’est une pièce très riche, aux thèmes multiples. Transmettre aux spectateurs toutes les subtilités du texte a été un défi passionnant à relever.
 
DFDM :  Alors que l’histoire est assez complexe (on pense au tout début que c’est l’histoire de Dan le « rockeur-chercheur-d’or » qui  nous est contée alors que le récit comporte plusieurs histoires imbriquées – celles de son frère Ivan, du père travesti Lulluby, de la jeune Laurie, de Juste, le coeur esseulé…), la mise en scène est cohérente. Il se dégage même de cette espèce de chaos à la fois comique et dramatique une harmonie assez mystérieuse. La mise en scène vous est-elle parue évidente, compte tenu des nombreux flash-back, des lieux multiples, de l’irruption parfois intempestive des personnages?
SB : Je suis très influencé par le cinéma et l’univers de Fabrice Melquiot multiplie les références aux année 50. Nous avons trouvé avec la scénographie de Victor Melchy le moyen de raconter cette histoire comme s’il s’agissait d’un film. A l’aide d’un castelet, nous passons d’un espace temps à l’autre avec le même rythme qu’offre le montage au cinéma.
Denis Koransky a créé les lumières qui dessinent les ambiances de la pièce. Julia Allègre a réfléchi aux costumes toujours dans l’idée d’esquisser au mieux ces personnages haut en couleur. Concenrnant la direction des comédiens, j’ai cherché, avec l’aide de Marie Combeau, à rendre leur interprétation la plus concrète possible. C’est ce travail d’équipe et de cohérence qui nous a permis de structurer la narration de cette pièce. Enfin, nous avons essayé de tirer parti au maximum de l’espace du Ciné 13, qui est un lieu très chargé et qui offre un bel écrin à notre spectacle. Avec certaine phase de jeu où le 4ème mur vole en éclat, j’avais envie de mettre le spectateur au centre de l’histoire et de l’immerger dans les méandres souvent terribles et parfois burlesques de ces personnages.
DFDM :  Comment qualifieriez-vous cette pièce volontairement déroutante ?
SB : Il s’agit d’un texte souvent sombre, troublant mais aussi plein de tendresse, d’humour et de poésie. Le titre parle de lui même : chaque personnage essaie à sa façon de faire en sorte qu’autour de sa pierre, il ne fasse pas nuit, qu’on ne les oublie pas, que la mémoire perdure. Au final, je trouve que cette pièce parle d’espoir, de la lumière qui surgit des ténèbres.
DFDM : D’autres dates sont-elles prévues au-delà du 9 mai?
SB : Pas pour l’instant, mais nous espérons revenir en 2016 avec une programmation dans le festival off d’Avignon!
Autour de ma pierre il ne fera pas nuit.
Jusqu’au 9 mai 2015.
Ciné 13 Théâtre
1 avenue Junot, 75018 Paris
Réservation sur ce lien.

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Goltzius et la compagnie du Pélican

078074.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPays-Bas. 16ème siècle.
Hendrik Goltzius est un célèbre peintre et graveur d’œuvres érotiques. Il aimerait ouvrir une imprimerie pour éditer des livres illustrés. Il sollicite alors le Margrave (Marquis) d’Alsace et lui promet un livre extraordinaire avec des images et des histoires de l’Ancien Testament regroupant les contes érotiques de Loth et ses filles, David et Bethsabée, Samson et Dalila, Saint Jean-Baptiste et Salomé. Pour le séduire davantage, il lui offre alors de mettre en scène ces histoires érotiques pour sa cour.

Etrange, sublime, farfelu, outrancier, grand-guignolesque, superbe, rugueux, parfois hermétique et confus, Goltzius et la compagnie du Pélican est un film hors norme, qui séduit autant qu’il rebute.

« Ce que je désire, c’est déconstruire le cinéma pour en souligner la superficialité. Le cinéma est un jeu de dupe : on vous trompe, on contrôle vos pensées. On puise dans votre bagage culturel dans le but de réaliser une expérience cathartique. Le cinéma engage profondément le spectateur alors qu’il n’est qu’un médium artificiel. J’aime cela. Je joue sans cesse avec le spectateur. J’ai envie de jouer » explique Peter Greenaway, cinéaste tout Shakespearien dont les films sont conçus comme des « peintures musicales ».

Si le souci de l’esthétisme transparaît dans les moindres détails de chaque scène réalisées avec une exigence qui ne faiblit jamais (citons par exemple le premier « tableau » où Greenaway montre avec génie comment l’art s’approprie l’histoire à travers différentes oeuvres), on reste pourtant dubitatif quant à la violence, la crudité et la complexité de ce film dont on ressort finalement sans vraiment savoir si nous avons vécu un rêve ou un cauchemar.

Une expérience de cinéma à vivre au moins une fois dans sa vie!

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Sortie mercredi 5 février 2014.

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Hitch, quand Truffaut affronte Hitchcock

aff_6951367140937Eté 1962. François Truffaut part à la rencontre de son idole, Alfred Hitchcock, avec la ferme intention de lui dédier un livre. Le jeune cinéaste ne se doute pas qu’il met le doigt dans un engrenage impitoyable. Débarquant à Hollywood avec insouciance, il se retrouve accusé du meurtre de celui qu’il admire tant et est mis sur le gril sans pitié. Le voici pris au dépourvu, confus, hésitant, tel un héros hitchcockien pris au piège dans une inconfortable position.

Le début d’un malentendu… ou la fin. Car faire la connaissance de « Monsieur Hitch », le plus grand manipulateur que le cinéma ait connu, mais aussi celle de son épouse Alma, son « ombre » indispensable et indissociable, se mérite et requiert une sacrée dose de patience… et d’humour!

Avec une jubilation évidente, Alain Riou (critique de cinéma et réalisateur) et Stéphane Boulan ont écrit à quatre mains cette pièce de théâtre (film 2012) pleine de fantaisie et de profondeur relatant la rencontre inattendue de deux monuments du cinéma, dont les entretiens seront réunis dans ce qui deviendra l’une des références incontournables des cinéphiles (Hitchcock/Truffaut, ou Le Cinéma selon Alfred Hitchcock).

L’enquête policière vire peu à peu aux petites confidences, la suspicion cède la place à la confiance jusqu’à voir naître une amitié de longue durée, le discours timide se fait passionné sur des sujets ô combien partagés par le « maître du suspense » et par l’un des fondateurs de la « Nouvelle Vague » : les considérations esthétiques, le style employé, la façon de faire un meilleur film,la place de la critique, le respect du public… et bien sûr, l’amour inconditionnel pour les actrices.

La mise en scène sobre et élégante de Sébastien Grall révèle un trio d’acteurs en tout point parfaits qui s’échangent des répliques savoureuses dans une atmosphère tantôt mystérieuse tantôt chaleureuse pour tenter de percer le « langage d’émotions » du cinéma hitchcockien.

Un huis clos sans artifice, délicieusement diabolique, terriblement passionnant.

Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 20 Mai 2013 (distribué par Les films du paradoxe).

Pour découvrir des extraits, rendez-vous sur le site de Cinetrafic

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