70e Festival de Cannes : le bilan

Le 70e Festival de Cannes vient de tomber le rideau, laissant planer quelques bruissements tumultueux. Comme bien souvent, la Palme d’or ne fait pas l’unanimité : le français Robin Campillo et ses 120 battements par minute semble avoir davantage conquis la critique française que le suédois Rube Östlund, récompensé du prix suprême pour The Square, une comédie acerbe qui tourne en dérision le monde de l’art et de la bonne société ; le prix de la mise en scène à Sofia Coppola pour Les Proies, adaptation gentillette du roman éponyme de Thomas P. Cullinan sur un pensionnat de jeunes filles pendant la guerre de session, ne convainc guère ; le prix spécial du 70e anniversaire remis à l’omniprésente Nicole Kidman a également provoqué quelques froncements de sourcils (David Lynch, venu présenter la troisième saison de sa série culte « Twin Peaks », aurait, selon certains, été plus légitime)…

Comme chaque année, le festival divise ; presse étrangère et presse française, professionnels et amateurs, festivaliers et festivalières. Et pourtant, tous se pressent avec la même euphorie de salle en salle, courent les projections, patientent des heures dans l’espoir de voir « leur » film, échangent avec passion sur leur coup de coeur du jour ou au contraire dézinguent sans pitié la cruelle déception provoquée par un film jugé médiocre.

Comme chaque année, les badauds courent après une invitation inespérée, les robes de soirée se portent en journée, les stars déambulent sur le tapis rouge sous l’objectif des photographes avant de disparaître de la Croisette, éphémères et insaisissables.

Et malgré un contexte pesant et déroutant, cette petite bulle cannoise où, le temps de quelques jours, des histoires du monde entier résonnent de toute part, provoquant l’éclat d’émotions inattendues, semble plus que jamais  ô combien nécessaire.

Voici le palmarès de ce 70e festival de cannes, décerné par le président Pedro Almodovar et par son jury :

Palme d’or : The Square de Ruben Ostlund
Prix spécial du 70e anniversaire : Nicole Kidman
Grand prix : 120 battements par minute de Robin Campillo
Prix de la mise en scène : Les Proies de Sofia Coppola
Prix d’interprétation masculine : Joaquin Phoenix pour You Were Never Really Here, de Lynne Ramsay
Prix d’interprétation féminine : Diane Kruger pour In the Fade, de Fatih Akin
Prix du jury : Faute d’amour d’Andrey Zvyagintse
Prix du scénario : Yorgos Lanthimos et Efthimis Filippou pour Mise à mort du cerf sacré, et Lynne Ramsay pour You Were Never Really Here
Palme d’or du court-métrage : Une nuit douce de Qiu Yang
Mention spéciale du jury du court-métrage : Le Plafond de Teppo Airaksinen
Caméra d’or : Jeune femme de Léonor Séraille

 

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

69e Festival de Cannes

thumb_74_media_image_simple_240x320

© FDC / Lagency / Taste (Paris) / Ingrid Bergman © David Seymour / Estate of David Seymour – Magnum Photos

Après dix jours d’euphorie, de liesse, d’impatience, de stress, d’attente, de fatigue, d’engouement, d’exaspération, de déception, d’émerveillement, et tant d’autres couleurs qui composent l’arc-en-ciel émotionnel du festivalier cannois, le moment est venu pour la Croisette de tomber le rideau et de retrouver un peu de calme… jusqu’à la prochaine tempête!

L’heure du bilan a donc sonné. Que retiendrai-je de cette 69e édition? Une étrange sensation d’évanescence. Le festival passe toujours bien trop vite à mon goût (je n’y reste hélas que 4 jours sur les 10 que dure le festival). Mais cette année, le temps m’a semblé s’échapper avec une perfidie redoublée. J’ai pourtant vu autant de films que lors des éditions passées, j’ai encore eu l’occasion de faire de belles rencontres, j’ai même eu le temps d’attraper des coups de soleil et de monter les célèbres marches en soirée. Néanmoins, cette sensation d’éphémère persiste, me laissant un drôle de goût d’inachevé…

Heureusement, les quelques critiques à rédiger vont me permettre de replonger, le temps de l’écriture, dans cette parenthèse cannoise unique où les émotions sont exacerbées, où le monde entier semble contenu dans une petite station balnéaire du sud de la France et où seul le 7e art semble rythmer le quotidien. Pendant ces quelques jours, on vit cinéma, on pense cinéma, on parle cinéma, on rit cinéma, on pleure cinéma, on gueule cinéma… Le reste peut bien attendre.

Un exemple : vous êtes dans une file d’attente pour La Tortue rouge, un petit bijou d’animation épuré sous forme de conte poético-philosophique. Et vous voilà en un clin d’oeil à discuter passionnément avec une réalisatrice iranienne, également artiste d’art contemporain, qui cherche à créer son webzine autour de la parole féminine. Ou à échanger sur la qualité de la sélection du festival avec une exploitante de salles de cinéma corse. Ou encore à tenter d’établir des critères de jugement d’un film avec l’un des membres du jury du Prix Oecuménique du festival.

Plus tard, vous faites le point sur les films vus avec un jeune comédien, qui a joué dans un court métrage sélectionné dans une sélection parallèle. C’est son « premier Cannes », il est à la fois tout émoustillé et assez intimidé par ce spectacle extraordinaire qui se déroule aussi bien dans les salles que dans la rue. S’il savait qu’après cinq ans de festival, l’excitation reste la même…

« Et les films? » me direz-vous? Je vous ai déjà parlé de Julieta et prépare un papier sur Elle, film subversif et fascinant de Paul Verhoeven (aujourd’hui en salles). Je vous toucherai également quelques mots sur Pericle il nero, de Stefano Mordini, un ovni italien, sombre et mystérieux, présenté à Un Certain regard. Je ne couperai à l’exercice de la critique de l’insupportable Juste la fin du monde de Xavier Dolan, hystérique et décevant, ou de celle du ridicule et désolant The Last Face de Sean Penn. Heureusement, il me faudra également évoquer Le Client, d’Asghar Fahadi, prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini, Bacalauréat de Cristian Mungiu, prix de la mise en scène, ou encore Toni Erdmann, la comédie de Maren Ade, coup de coeur des festivaliers.

Voici donc venu le temps de coucher par écrit le souvenir des émotions… et de prolonger cette heureuse sensation d’être blottie dans un nuage de bien-être. Quelque part entre ici et là-bas.

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS

Festival Lumière 2014

pedroDu 13 au 19 octobre dernier se déroulait à Lyon le festival Lumière, réputé pour mettre à l’honneur des classiques du septième art et pour célébrer une personnalité ayant contribué à l’histoire du cinéma.

Organisée par l’Institut Lumière (présidé par Bertrand Tavernier et dirigé par Thierry Frémeaux) et le Grand Lyon, cette sixième édition récompensait Pedro Almodovar du Prix Lumière. L’occasion de se replonger dans la cinématographie de l’un des acteurs de « La Movida » et de rendre hommage au cinéma espagnol.

De Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (son premier long métrage) à Talons aiguilles en passant par Tout sur ma mère ou encore Volver, c’est toute l’excentricité, toute l’audace, tout l’humour et toute la poésie du cinéaste de l’anticonformisme qui se retrouvent dans chacun de ses films aux mille couleurs.

Le réalisateur de La Piel que habito en profita pour révéler au grand public ses sources d’inspiration, aussi éclectiques que Voyagbilletse en Italie de Rosselini, Thérèse Raquin de Carné ou encore Opening Night de Cassavetes.

Ainsi, du quartier Bellecour aux Cordeliers, de l’Institut Lumière à la Halle Tony Garnier, de Villeurbanne à Bron, la ville des frères Lumière a vécu pendant une semaine au rythme des rétrospectives consacrées au western italien (Pour une poignée de dollars, Django, On l’appelle Trinita…), aux « Sublimes moments du muet » avec L’indésirable de Michael Curtiz ou le ciné-concert autour du Nosferatu de Murnau, aux séances cultes telles 2001, l’Odyssée de l’espace, Ben Hur, SOS Fantôme, Le Vieux fusil, Le Voyage de Chihiro, Un Chien andalou

Citons également les nombreux hommages (Faye Dunaway, Isabella Rosselini, Ted Kotchef, Michael Cimino…), la présence de personnalités cinéphiles (Jean Rochefort, Keanu Reeves, Christopher Thomson, Félix Moati…) sans oublier le coup de projecteur donné à l’important travail de restauration des oeuvres, qui s’inscrit dans la lignée de préservation des films amorcée par Henri Langlois, qui a tant oeuvré pour la sauvegardPEDROe, la mise en valeur et la défense du septième art.

Les spectateurs ont pu (re)découvrir un certain nombre de pépites signées Claude Sautet ayant été rénovées par StudioCanal et s’imprégner ainsi de cette ambiance intime et familière comme seul Sautet savait les créer. D’une Histoire simple à Vincent, François, Paul et les autres, de César et Rosalie à Quelques jours avec moi, transparaît l’art du cinéaste de capturer des instants rares, mêlant liberté à la nostalgie, de filmer des histoires de potes, des histoires de femmes, et de donner l’impression quelque part de retrouver sa famille sur grand écran.

Une superbe programmation qui met en avant la richesse du cinéma à travers les âges et les époques, par-delà les frontières, mélangeant les genres et les points de vue, et qui fait écho à la très belle maxime de « don Pedro » : « Nos vies ne seraient rien sans le cinéma »!

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • Twitter
  • RSS