Polina, danser la vie

204555-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxRussie, dans les années 90. Portée depuis l’enfance par la rigueur et l’exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu’elle s’apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C’est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie.

Adapté de la bande dessinée de Bastien Vivès, Polina, danser la vie est un hommage à la danse teinté de mille nuances, qu’il s’agisse des couleurs froides et envoûtantes pour évoquer la beauté austère et romanesque du classique, ou des tonalités plus chaudes et flamboyantes pour exprimer la folie créative du contemporain.

Valérie Müller, co-réalisatrice du film avec le danseur et chorégraphe Angelin Preljocaj, explique avoir été inspirée par le fait de vouloir montrer « comment les fragilités, les failles d’un individu peuvent au final être les ressorts de sa créativité et de sa réussite. Depuis que j’ai commencé à danser, j’ai vu des tas de danseurs. Certains étaient très doués, d’autres moins. Et il s’avère que ce ne sont pas toujours les plus doués qui font carrière. Certains sont fulgurants puis s’éteignent d’un coup, qu’ils soient danseurs ou chorégraphes. C’est une forme de longévité, d’obstination et d’endurance qui fait la force de certains artistes. Quand la bande dessinée est sortie, je l’ai trouvée très juste à ce propos. »

Portée par la jeune Anastasia Shevtsova, merveilleuse interprète d’une Polina rigide qui, après nombre de désillusions, va peu à peu trouver sa voie et se révéler aux contacts des autres, cette adaptation reste fidèle dans les grandes lignes à la bande dessinée originale. On y retrouve la rigueur des dessins à travers la mise en scène soignée, l’univers stricte qu’exige la passion de la danse, la rugueuse et pourtant attachante Russie, le contraste avec l’inventive Aix-en-Provence, le caractère opiniâtre de l’héroïne, sa découverte de la danse contemporaine, son évolution depuis la jeune élève appliquée à la danseuse « émancipée » et spontanée.

S’il est vrai que le récit peut sembler abscons et manquer de finesse, les scènes dansées viennent sublimer le film, jusqu’à la chorégraphie finale, fascinante et émouvante. Toute comme la bande dessinée abrupte, parfois abstraite, Polina danser la vie laisse la même impression d’avoir voyagé au sein d’une histoire mystérieusement saisissante.

Sortie le 16 novembre 2016.

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Eye in the sky

039000-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxNairobi, Kenya. dans la cours de sa maison, une fillette rieuse joue avec le cerceau que son père vient de lui fabriquer. Dans la maison voisine, un attentat suicide impliquant un groupe de terroristes mondialement recherchés s’organise. A quelques kilomètres de là,  le colonel Katherine Powell (Helen Mirren), officier du service d’espionnage, observe ces préparatifs via un drone. Aux commandes d’une opération top-secrète menée par plusieurs nations, il lui appartient de lancer l’assaut avec l’accord des différents gouvernements impliqués. Dans une base du Nevada, Steve Watts (Aaron Paul), pilote de drones, est prêt à intervenir pour éliminer la menace. C’est alors que la fillette entre dans la zone de tir. Le danger est imminent, il faut décider vite en évaluant les risques collatéraux. Faut-il sacrifier la vie de l’enfant pour en sauver des dizaines d’autres? Qui en portera la responsabilité?

Thriller efficace, Eye in the sky dévoile les coulisses de ce qui ressemble à une partie d’échecs internationale où les civiles sont de simples pions, où les actes se décident en-dehors du terrain, où les décisionnaires se révèlent indécis, certains cachant parfois leur couardise derrière les méandres politiques.

Gavin Hood réalise un film sous haute tension, en adoptant un point de vue omniscient qui permet de suivre l’action aussi bien au sein depuis la cellule de crise basée à Londres que de la base militaire située dans le Nevada où sur le terrain du conflit. Cette approche en temps réel d’une opération militaire, vue de l’intérieur, place le spectateur dans la même position que celle des instances dirigeantes qui doivent convenir de l’avenir de leurs pays. La lourdeur et l’absurdité bureaucratique ainsi que la controverse de l’opération y sont très justement restituées. Et malgré sa réflexion profonde sur les valeurs morales, le film offre également quelques passages plus légers dans lesquels ressort la part d’humanité de chacun.

Voici un thriller politique et militaire réussi qui parvient à mettre en doute nos convictions les plus intimes et nous interroge sur ce que le personnage d’Alan Rickman nomme « le prix de la guerre ».

En e-cinéma le 9 septembre 2016.

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Suite française

499078.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxÉté 1940, Bussy, un village français. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

Avant de nous intéresser au film, revenons sur l’histoire du roman  d’Irène Némirovsky, écrivain reconnu et témoin précieux, déportée à Auscwhitz où elle mourut en 1942.

Ce n’est que des années plus tard que sa fille, Denise Epstein, découvre le roman inachevé de sa mère, qu’elle livre aux éditions Denoël. Suite française est alors publié en 2004, devient rapidement un best seller et obtient le Prix Renaudot. L’histoire est aujourd’hui portée sur grand écran par le cinéaste Saul Dibb (The Duchess), qui y a vu l’occasion de « réaliser un film de guerre singulier, où le point de vue donné est féminin ».

Dibb s’est ainsi attaché à rendre hommage à l’oeuvre d’Irène Némirovsky en restant le plus fidèle possible à l’histoire originale. D’où certaines invraisemblances, tel le choix de doubler les acteurs – majoritairement anglo-saxons – en français, ou cette fâcheuse tendance à accentuer les moments dramatiques par des emphases musicales inutiles.

Le film parvient toutefois à se démarquer grâce à un scénario historico-romanesque juste et soigné et un casting impeccable (notamment Kristin Scott Thomas, épatante en femme froide et détestable, qui finit par nous émouvoir contre toute attente).

Mais surtout, Suite française porte un regard féminin unique sur un sujet pourtant mainte fois traité et rappelle quel pouvait être le quotidien des civils en milieu rural pendant la guerre : la cruelle disparité des classes sociales, les comportements peu glorieux, entre calomnie et dénonciation, ou encore de l’émoi que peut provoquer l’arrivée de jeunes soldats allemands dans un village où les hommes sont partis en guerre, tout y est dépeint avec un désir d’authenticité.

Un film qui donne à voir une situation bien plus complexe que l’imaginaire manichéen peut parfois le laisser supposer, et qui donne envie de se (re)plonger dans le roman passionnant de Mme Némirovsky.

Sortie le 1er avril 2015.

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