Red Rose – Entretien avec Sepideh Farsi

AFFICHE-RED-ROSE-FrTéhéran, juin 2009, au lendemain de l’élection présidentielle usurpée. Le tumulte d’une ville qui tangue sous la « Vague verte » de contestation. Un appartement comme lieu de refuge. Un homme et une femme de deux générations différentes. Un téléphone portable et un ordinateur pour relayer les nouvelles de la révolte. Une histoire d’amour qui bouleversera le cours de deux existences.

Mêlant témoignage et fiction, romance et documentaire, Red Rose est un film singulier, qui, à travers une rencontre amoureuse, nous en dit long sur la société iranienne, sa schizophrénie, les moeurs, le rapport homme/femme, la confrontation des générations, l’engagement politique, civique, la citoyenneté… Autant de sujets passionnants qui méritaient bien un entretien avec la cinéaste Sepideh Farsi.

Des Films et des Mots : Comment est né ce film?
Sepideh Farsi : Mon complice Jawad Djavahery, qui est scénariste, avait envie d’écrire une histoire d’amour toute simple entre deux générations. L’idée des personnages s’est rapidement imposée : d’un côté, un homme d’âge mûr, taciturne et secret, au bagage intellectuel avéré ; de l’autre, une jeune militante pleine de fraîcheur, dynamique et audacieuse. Situer cette rencontre au coeur du « Mouvement vert » et dresser un parallèle avec la révolution de 1979 nous semblait pertinent et particulièrement intéressant. Il fallait veiller à ce que le contexte politique ne déborde à aucun moment sur l’histoire d’amour, et inversement.

DFDM : Red Rose est un huis-clos en deux temps : la majeure partie se déroule dans l’appartement d’Ali, qui semble s’être volontairement enfermé dans ce « bunker » aux allures de nid douillet pour se protéger, sans jamais perdre contact avec l’extérieur. Le film se termine brutalement, par une rupture de ton et d’espace, sur un autre huis-clos beaucoup plus oppressant. Pourquoi ce choix?
S.F : Notre principal défi en terme d’écriture scénaristique était d’enchaîner les séquences avec fluidité, d’éviter l’écueil du didactique ou du discursif. Le film est à mon sens suffisamment bavard! Le message devait être entendu mais de façon subtile. D’où le choix de l’intimité et de faire un film « physique » : la caméra est bien souvent « collée » aux comédiens, et les zooms, les gros plans, les travelings viennent casser la rigidité de cette intimité. Il fallait que le spectateur soit porté par la passion des personnages et préoccupé par le contexte politique violent. Je tenais également à insuffler une sorte de suspense, que l’on pressente la rupture finale sans que l’on sache de quelle façon celle-ci va survenir. Avec du recul, je pense que Red Rose est un film éminemment tragique et intrinsèquement sensuel.

DFDM : Avez -vous rencontré des difficultés particulières?
S.F : J’avais anticipé certaines difficultés telle que la recherche d’images d’archives, que j’ai pu télécharger sur YouTube (aucune image d’archive n’a été conservée par la télévision iranienne). Est venue la question – cruciale – de savoir comment tisser le drame entre fiction et réalité. Autre difficulté : créer un Téhéran fictif, puisqu’il est évident que nous ne pouvions pas tourner en Iran. Il fallait trouver un moyen pour que le film conserve son âme iranienne. Je voulais qu’on ait l’impression que cet appartement soit au coeur des soulèvements. Il y a eu un gros travail de réalisé avec le chef décorateur, l’accessoiriste, mais aussi l’ingénieur son pour reproduire le tumulte de l’extérieur… N’oublions pas que Téhéran est un personnage à part entière, que ce soit dans le film ou dans la vie ! Finalement, nous avons tourné à Athènes, qui ressemble curieusement à Téhéran, dans une ambiance feutrée et dans un temps restreint. Enfin, le tournage en lui-même a été particulièrement éprouvant : nous n’avions qu’un mois pour tout mettre en boîte, ce qui a suscité pas mal de stress et de tension, mais ce qui a aussi permis de dynamiser l’action et de restituer l’urgence du contexte.

DFDM : Parlez-nous des acteurs.
S.F : Le processus de casting a été assez long car je recherchais des comédiens qui correspondent naturellement aux personnages, et qui comprennent surtout les conséquences d’un tel tournage, c’est-à-dire ne plus pouvoir retourner en Iran. Participer à la réalisation de Red Rose représentait un véritable engagement de la part de toute l’équipe du film.
Mina Kavani (Sara) finissait le conservatoire à Paris lorsque nous nous sommes retrouvées. Je l’avais rencontrée adolescente lors de ses débuts au théâtre quand j’habitais encore Téhéran. Elle incarne merveilleusement cette ardeur, cette impétuosité juvénile propre aux jeunes femmes iraniennes d’aujourd’hui qui, à force d’être bridées, ont une envie de liberté criante. A ses côtés, Vassilis Koukalani (Ali) est assez mystérieux, plus en intériorité. Vassilis est moitié iranien, moitié grec. Il s’avère que son père a été emprisonné en Iran quand le Chah était encore au pouvoir. Il avait donc une expérience forte à travers les récits de son père de ce qu’étaient la torture et les interrogatoires musclés, dont il s’est servi pour le rôle. S’il était capital que l’alchimie ait lieu entre les deux acteurs, il fallait sans cesse être sur la corde, jouer avec les tensions liées à l’extérieur et les moments de « détente » liés à l’intime. Il n’est pas toujours aisé de filmer la passion qui se consume !

DFDM : Que pensez-vous du cinéma iranien d’aujourd’hui ?
S.F : La censure et les restrictions multiples exercées sur la production cinématographique font que nous, cinéastes, devons être toujours plus inventifs pour déjouer les interdits, pour rendre les films iraniens attractifs. Il y a, je pense, un intérêt grandissant pour le cinéma iranien, peut-être en partie à cause de ce contexte politique et même si l’Iran produit régulièrement des films depuis les années 1980. Peut-être y’a-t-il aussi un regain de vitalité de la part des cinéastes iraniens. L’avenir nous le dira !

Sortie le 9 septembre 2015.

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Félix et Meira

019890.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxTout oppose Félix et Meira. Lui mène une vie sans responsabilité ni attache. Son seul souci, dilapider l’héritage familial. Elle est une jeune femme juive hassidique, mariée et mère d’un enfant, s’ennuyant dans sa communauté. Rien ne les destinait à se rencontrer, encore moins à tomber amoureux.

Questionner la vie, la mort, l’amour, les certitudes et les choix, montrer l’improbable et saisir l’imperceptible au gré de sa caméra, qui devient alors l’écrin d’une belle histoire naissante… Telle est l’intention de Maxime Giroux, jeune réalisateur québécois, qui nous livre un récit amoureux discret et élégant, à l’image de ses personnages.

Meira est une jeune femme triste et confuse : elle s’interroge sur sa foi, sur le sens de sa vie. Meira semblait éteinte, ne trouvant de répit que dans ses carnets, qu’elle noircit de ses dessins… jusqu’à ce qu’elle croise Félix, un homme plein de légèreté, qui masque comme il peut ses blessures, sa colère, son incompréhension.

Avec une douceur infinie, Giroux filme la tendresse qui répond à la mélancolie, l’humilité qui côtoie le lumineux, l’intimité qui se fait délicate.

Félix et Meira (merveilleusement interprété par Martin Dubreuil et Hadas Yaron), ce sont deux êtres qui se cherchent, deux corps qui se frôlent, deux histoires qui se font écho.

La preuve que simplicité et sincérité peuvent donner lieu à de très beaux moments de cinéma.

Sortie le 4 février 2015.

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20540811_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPour Milou, le football est une véritable drogue, une religion qu’il pratique en fanatique, se faisant un devoir de contribuer personnellement, et par tous les moyens, à la victoire de son équipe : le Standard de Liège. Mais sa rencontre avec Martine va lui donner une bonne raison de décrocher…

Pour son premier long métrage, Riton Liebman met en scène une comédie douce-amère pour traiter de l’addiction et de ses conséquences. Un thème délicat que le réalisateur a choisi de tourner en dérision en racontant sa propre histoire.

S’inspirant de l’univers décalé de Woody Allen et des couleurs bigarrées mêlant l’humour aux tonalités dépressives qu’utilise Alexander Payne, Liebman réussit un film tout en retenue, tour à tour drôle, exaspérant et sincère.

Le spectateur se plaît à suivre le personnage de Milou (Liebman) dans sa prise de conscience face à sa passion footbalistique dévastatrice, dans ses doutes, dans son amour naissant avec la jolie Martine (irrésistible Léa Drucker) et dans ses rapports familiaux complexes entre une mère psy infantilisante (géniale Michèle Moretti), un frère à qui tout semble réussir, forcément dévalorisant et un patron omniprésent qui se prend pour le père de substitution (le sympathique Jackie Berroyer). A travers cette tentative de « désintoxication » d’un autre genre, Milou, cet anti-héros pour qui l’on a bien du mal à compatir au début de l’histoire, apparaît peu à peu comme une figure fort sympathique et ô combien attachante.

Il est vrai que le film tourne parfois en rond, qu’il souffre d’un problème de rythme dans plusieurs scènes et  que la partie « comédie » et la partie « dramatique » manquent de fluidité.

Malgré tout, Je suis supporter du Standard offre de jolis moments, tout en tendresse et en pudeur.  

Sortie mercredi 29 mai 2013.

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