Juste la fin du monde

081608-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxAprès douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde a fait couler beaucoup d’encre depuis son Grand Prix au dernier Festival de Cannes. D’un côté, les inconditionnels de la première heure, considérant Xavier Dolan comme une sorte d’enfant prodige du cinéma. De l’autre, les sceptiques, revenus d’un cinéma répétitif qui finit par s’essouffler.

Soit, le cinéaste réunit un casting prestigieux : Gaspard Ulliel y campe le fils adulé,  Nathalie Baye la mère complètement hystérique, Vincent Cassel est l’aîné, une brute épaisse tordue (figure récurrente chez Dolan) mariée à une Marion Cotillard craintive et effacée, et Léa Seydoux prête ses traits à la cadette paumée en rébellion. Néanmoins, aussi réputés que soient ces acteurs, le manque de direction de jeu est évident, chacun surjouant des personnages caricaturaux à la limite du grotesques.

La caméra de Dolan – que l’on a connu bien plus inspirée – filme donc à nouveau la famille dysfonctionnelle aux caractères outranciers, enfermée (une fois encore) dans un huis-clos foutraque aux plans resserrés jusqu’à nous estourbir.

Quant à la mise en scène habituellement recherchée, elle souffre ici d’un classicisme inintéressant, et se complaît dans un conformisme paresseux. Il ne reste de cette Fin du monde qu’un psychodrame grossier, tapageur, bruyant et éreintant.

Sortie le 21 septembre 2016.

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Mon Roi

316779.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxTony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Filmer la passion amoureuse, soudaine, inattendue, addictive, insidieuse, dévorante, aveuglante, destructrice. Capter les précieux instants de la rencontre où la magie opère, le jeu de la séduction auquel on s’adonne allègrement. Saisir la fascination que l’autre peut exercer inexplicablement. Se focaliser sur cet amour grandissant, excessif, irrationnel, chimérique, auquel il semble qu’on ne peut se soustraire…  Il y a tout cela dans Mon Roi, quatrième long métrage de Maïwenn qui filme une histoire d’amour toxique, entre dépendance et manipulation.

Un scénario tenu (le film est co-écrit par Étienne Comar, scénariste Des Hommes et des Dieux), des dialogues acérés mais surtout, un duo d’acteurs formidable qui incarne à merveille ce couple chaotique. Emmanuelle Bercot, récompensée du prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, incarne avec justesse cette femme combative qui se retrouve désemparée. Face à elle, l’excellent Vincent Cassel, dont le charisme hypnotique nous prend au piège, sans aucune chance d’y échapper.

Soit, le film est imparfait et ne fera peut-être pas l’unanimité. Mais reconnaissons à Maïwenn le talent de savoir filmer l’intimité avec pudeur, de traiter ses sujets sans concessions mais avec une certaine douceur et de signer une fois encore un film bouleversant.

Sortie le 21 octobre 2015.

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Trance ++

20492152.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxCommissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars : Le Vol des sorcières, de Francisco de Goya. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Passionnant, inquiétant, fourbe, violent, sensuel… et bien alambiqué : Trance se veut complexe, réunit plusieurs genres (film noir, de gangsters, thriller psychologique, film d’action) et se plaît à brouiller les pistes en embarquant le spectateur à travers les dédales de l’inconscient sur fond d’enquête d’un autre genre.

Rosario Dawson, hypnotique (au propre comme au figuré), James McAvoy ambivalent à souhait, et Vincent Cassel toujours impeccable dans le rôle du séducteur terrible, forment un trio épatant dans un jeu de chefs d’orchestre où les rôles s’échangent au gré de la partition composée avec minutie par le maître Danny Boyle. Une envoûtante valse à trois temps qui mêle subconscient et réalité où la frontière semble disparaître peu à peu sans que l’on arrive à déterminer qui tire vraiment les ficelles de cette histoire qui aborde des thèmes chers au réalisateur : addiction, jalousie, vengeance, désir, manipulation, convoitise, pouvoir, rapports de force, stratégie diabolique…

Danny Boyle signe une mise en scène froide et nerveuse, et place ses personnages constamment sur le fil du rasoir tandis que le scénario labyrinthique (on reconnaît la patte du talentueux John Hodge, auteur de Trainspotting et Petits meurtres entre amis) multiplie les pistes au risque de perdre le spectateur en cours de route.

Et si la tension éclate dans un final explosif, il subsiste une impression de flou, comme si le soufflé était retombé trop vite. Mais qu’importe : Trance est de ces films qui restent bien en tête et qui pourraient se revoir plusieurs fois avec des niveau de lecture différente. L’occasion d’en comprendre peut-être tous les rouages pervers et retors.

Sortie le 8 mai 2013.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

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