Tu seras mon fils

Paul de Marseul, propriétaire d’un prestigieux vignoble à Saint Emilion, entretient des relations difficiles avec son fils, Martin. Celui-ci se démène pour faire vivre la terre familiale en espérant gagner l’estime de ce père terriblement exigeant et pouvoir ainsi lui succéder quand viendra le temps de la retraite.

Mais les affaires s’annoncent mal lorsque Pierre, meilleur ami de Paul et régisseur du domaine, découvre qu’il est atteint d’un cancer. Les récoltes tout comme le vignoble sont en péril.

C’est alors que Philippe, le « fils prodige » de Pierre, rentre de Los Angeles auprès de son père malade. Véritable esthète à qui Pierre a transmis le goût de la terre et du bon vin, le jeune homme propose à Paul de reprendre les activités de Pierre pour les vendanges.

Peu à peu, Paul voit en Philippe son digne héritier, le fils « parfait » dont il a toujours rêvé (« Ah, c’est pas tous les jours que j’ai un palais dans mon château ! » s’exclame-t-il dans un sourire teinté d’ironie), au grand damne de Martin, relégué à l’intendance et écrasé une fois de plus par ce père castrateur. Mais outrepasser les liens du sang peut s’avérer dangereux…

Pour sa nouvelle réalisation, Gilles Legrand (La jeune fille et les loups, Malabar Princess)  s’intéresse à la filiation à travers deux « couples » au contraste saisissant. Toutefois, si le duo Pierre (Patrick Chesnais)-Philippe (Nicolas Bridet) est attachant, c’est surtout les rapports complexes qu’entretiennent Paul (Niels Arestrup, magistral), sorte de « Saturne dévorant son fils », et Martin (Lorant Deutsch, parfait dans le rôle du fils broyé par un père manipulateur et méprisant) qui nous dérangent et nous fascinent. Car ce père redoutable, qui ne vit que dans l’envie et le dédain, qui « ne tolère pas l’hésitation », incapable d’aimer son fils chétif et bègue, un fils indigne de « sa » terre, un fils qui ne parvient pas à sortir de l’ombre de cette figure paternelle écrasante, suscite un mélange d’antipathie et de compassion.

Et comme dans une tragédie grecque, dont les vignes gorgées de soleil sont ici l’objet du désordre, l’issue ne peut être que fatale.

Autour d’un sujet pourtant maintes fois traité, Gilles Legrand réalise un film fort, servi par des acteurs impeccables et une mise en scène lumineuse jusque dans la froideur. Quant aux dialogues particulièrement savoureux, où les bons mots servent d’armes tandis que le vin « se raconte » et révèle de odeurs de « vraie boîte à bonbons », ils offrent une véritable respiration au milieu d’une tension omniprésente.

Un bon cru aux notes acides et élégantes, dont les saveurs perdurent après dégustation !

Sortie en salle le 24 août 2011.

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Article rédigé par : Laetitia
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